jeudi 21 décembre 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Douai |
| Section | Cour administrative d'appel de Douai |
| N° Dossier | CAA59-23DA00948 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | CLEMENT |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B A a demandé au tribunal administratif de Lille d'annuler l'arrêté du 20 octobre 2022 par lequel le préfet du Pas-de-Calais lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant trois ans.
Par un jugement no 2208042-2300094 du 11 janvier 2023, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 24 mai 2023, M. A, représenté par Me Norbert Clément, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler l'arrêté du 20 octobre 2022 du préfet du Pas-de-Calais ;
3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention : " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer pour la durée de cet examen une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 à verser à son conseil, à charge pour ce dernier de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
- l'obligation de quitter le territoire français est illégale car elle est fondée sur des faits inexacts ;
- elle est entachée d'un défaut de base légale dès lors que l'arrêté a fait application à tort du 1 de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations des deuxième et troisième alinéas de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- la décision refusant le délai de départ volontaire, la décision fixant le pays de destination et l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans sont illégales en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 avril 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant algérien né 1996 en Algérie, est entré en France, selon ses déclarations, en 2012. Il fait appel du jugement no 2208042-2300094 du 11 janvier 2023 par lequel la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 20 octobre 2022 par lequel le préfet du Pas-de-Calais lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant trois ans.
2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
3. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet du Pas-de-Calais s'est notamment appuyé sur la circonstance que M. A n'avait pas engagé de démarches en vue de la régularisation de son séjour en France. Or, il est constant que l'intéressé se maintient irrégulièrement sur le territoire français depuis l'expiration de son certificat de résidence le 14 juin 2016. Par suite, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français serait fondée sur une telle inexactitude manque en fait et doit être écarté.
4. Il ressort également des pièces du dossier que pour indiquer dans sa décision que M. A ne souhaitait pas " donner sa véritable identité ", le préfet du Pas-de-Calais s'est fondé sur les déclarations de l'intéressé lors de son audition par les services de police le 2 août 2022, sur lesquelles M. A est toutefois revenu en confirmant son identité lors de l'audience du 11 janvier 2023 devant le tribunal administratif. Cependant, dès lors que les autres éléments relatifs à la situation personnelle pris en considération par l'autorité administrative, notamment ses précédentes condamnations pénales, ne sont pas contestés par l'intéressé, la circonstance que l'arrêté en litige aurait mis en doute l'identité de M. A n'a pas eu d'incidence sur l'appréciation portée par le préfet du Pas-de-Calais sur sa situation. Le moyen tiré de cette erreur de fait doit donc être écarté.
5. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :/1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; /() / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; / ( ) ".
6. Il ressort des termes de la décision litigieuse que celle-ci est fondée tant sur les dispositions du 1° que sur celles du 5° de L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si M. A soutient qu'entré en France en tant que mineur en 2012, il ne saurait lui être reproché une entrée irrégulière sur le territoire français, il résulte de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que tout étranger, dès lors qu'il ne justifie pas d'une exemption, quel que soit son âge, doit être muni d'un visa pour entrer en France. Dès lors que M. A ne justifie pas d'une telle exemption et qu'il a déclaré lors de son audition par les services de police le 2 août 2022 être entré en France en 2012 " clandestinement ", son entrée en France doit être regardée comme irrégulière, peu important à cet égard que les mineurs ne soient pas soumis, en application de l'article L. 411-1 du même code, à l'obligation de justifier d'un titre de séjour. En outre, si M. A a bénéficié d'un titre de séjour valable du 15 juin 2015 au 14 juin 2016, cette circonstance n'a pas pour effet de faire obstacle à l'application du 1 de l'article L. 611-1 du même code, dès lors que l'intéressé s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français à l'expiration de ce titre de séjour. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le préfet du Pas-de-Calais se serait fondé à tort sur ces dispositions doit être écarté.
7. Aux termes des stipulations des deuxième et troisième alinéas de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant ". La circonstance qu'un ressortissant algérien justifie satisfaire aux conditions fixées par ces stipulations fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français. Il en va toutefois autrement lorsque l'autorité administrative fonde sa décision sur la circonstance que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.
8. Dès lors qu'il s'est fondé sur la circonstance que M. A représente une menace pour l'ordre public, le préfet du Pas-de-Calais n'a pas entaché sa décision d'illégalité au seul motif que l'intéressé pouvait bénéficier de la délivrance de plein droit d'un certificat de résidence en application des stipulations citées au point précédent. Au surplus, M. A n'établit pas avoir résidé en France depuis plus de dix ans. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.
9. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français du 20 octobre 2022.
Sur les décisions refusant le délai de départ volontaire et fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :
10. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
11. Il résulte également de ce qui précède que le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
12. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné par le tribunal correctionnel de Boulogne-sur-Mer, par un jugement du 24 janvier 2018, à une peine d'emprisonnement de huit mois avec sursis pour des faits de violence avec usage ou menace d'une arme ayant entrainé une interruption temporaire de travail commis en 2017, puis par un jugement du 2 juin 2020 à une peine de deux mois d'emprisonnement pour des faits de vol avec dégradation ou destruction ainsi que, par un jugement du 17 mars 2021, à une peine de six mois d'emprisonnement pour des faits de vol avec effraction, destruction de bien et recel. En outre, si M. A justifie avoir obtenu en 2014 un certificat d'aptitude professionnelle en réparation de carrosseries et avoir travaillé comme apprenti du 4 août 2014 au 16 septembre 2016 et être hébergé par un ami, selon l'attestation de ce dernier, ces éléments ne permettent pas à eux seuls d'établir des liens d'une particulière intensité avec la France, alors que l'intéressé, selon ses déclarations lors de son audition par les services de police le 2 août 2022, n'est pas dépourvu d'attaches familiales en Algérie où résident ses parents, frères et sœurs. Compte tenu de la gravité et du caractère récent et réitéré des infractions commises par M. A et en l'absence de toute autre élément caractérisant la situation personnelle de l'intéressé, témoignant notamment de son insertion dans la société française, susceptible de modifier l'appréciation portée sur le comportement du requérant, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative citées au point 2. Il en va de même, par suite, des conclusions à fin d'injonction sous astreinte et de celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Norbert Clément.
Fait à Douai le 21 décembre 2023.
La présidente de la cour
Signé : N. Massias
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
par délégation,
La greffière
Anne-Sophie Villette
N°23DA00948
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026