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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-23DA01131

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-23DA01131

mercredi 27 septembre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-23DA01131
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantLAPORTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Lille d'annuler les arrêtés du 4 avril 2023 par lesquels le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a assigné à résidence.

Par un jugement n° 2303104 du 10 mai 2023, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Lille a annulé la décision portant interdiction de retour sur le territoire français et a rejeté le surplus de ses conclusions.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 16 juin 2023, M. B, représenté par Me Laporte, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement en tant qu'il rejette ses conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixation du pays de destination ;

2°) d'annuler l'arrêté du 4 avril 2023 du préfet du Nord ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder au réexamen de sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat, au titre des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, le paiement d'une somme de 1 200 euros au profit de Me Laporte, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant gabonais, né le 22 février 1992, est entré en France le 6 septembre 2022, muni d'un visa de court séjour valable jusqu'au 18 septembre 2022. Il relève appel du jugement du 10 mai 2023 du tribunal administratif de Lille en tant qu'il a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 4 avril 2023 par lequel le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination de cette mesure.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

3. Les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. En outre, il ressort des termes mêmes de ces décisions que le préfet du Nord a procédé à un examen sérieux et personnalisé de la situation de M. B. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation, laquelle ne se confond pas avec le bien-fondé des motifs, et d'absence d'examen sérieux et particulier de sa situation doivent être écartés.

Sur les autres moyens soulevés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré sur le territoire français le 6 septembre 2022, dans le cadre d'un visa de court séjour qui expirait le 18 septembre courant et s'est donc maintenu depuis lors en situation irrégulière. Si l'intéressé se prévaut de sa relation avec une ressortissante française " depuis 2017 " et d'une communauté de vie depuis son arrivée en France, outre qu'il n'établit pas l'ancienneté alléguée de cette relation, il a mentionné lors de son audition par les services de police, le 4 avril 2023, qu'il résidait chez sa sœur à Armentières depuis son entrée en France. Par ailleurs, les pièces produites au dossier mentionnent des dates non concordantes de début de vie commune, soit le 12 octobre 2022 selon un justificatif d'abonnement énergie soit à compter du 15 novembre 2022 selon une déclaration de communauté de vie établie postérieurement à l'arrêté attaqué. Ainsi, à la supposer établie, la communauté de vie présente un caractère récent à la date de l'arrêté attaqué. De surcroît, s'il est établi que la compagne du requérant était enceinte à la date de l'arrêté attaqué et que l'intéressé produit pour la première fois en appel une reconnaissance de paternité, leur relation est toutefois très récente alors que l'intéressé n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu l'essentiel de sa vie et où résident notamment sa mère et un frère. Dès lors, compte tenu de l'ensemble de ces circonstances, la décision attaquée ne saurait être regardée comme portant à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation ne peuvent qu'être écartés.

Sur l'autre moyen soulevé contre la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

6. Il résulte de ce qui vient d'être dit que le moyen excipant de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

Sur les autres moyens soulevés contre la décision portant fixation du pays de destination :

7. Compte tenu de ce qui a été exposé aux points précédents de la présente ordonnance, les moyens soulevés à l'encontre de la décision fixant le pays de destination et tirés, d'une part, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, d'autre part de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de troisième part de l'erreur manifeste d'appréciation ne peuvent qu'être écartés, pour les mêmes motifs que ceux précédemment développés.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, les conclusions qu'il présente à fin d'annulation doivent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative précité. Il en va de même, par suite, de ses conclusions à fin d'injonction et de celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Sylvie Laporte.

Fait à Douai le 27 septembre 2023.

Le président de la 2ème chambre

Signé : T. Sorin

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière

Anne-Sophie Villette

N°23DA01131

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