mercredi 20 décembre 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Douai |
| Section | Cour administrative d'appel de Douai |
| N° Dossier | CAA59-23DA01181 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | TAGNE |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme B E a demandé au tribunal administratif d'Amiens d'annuler
l'arrêté du 28 février 2023 par lequel la préfète de l'Oise lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure.
Par un jugement n° 2300974 du 8 juin 2023, le tribunal administratif d'Amiens a rejeté
sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 23 juin 2023, Mme E, représentée par Me Francis Tagne, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler l'arrêté du 28 février 2023 de la préfète de l'Oise ;
3°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ou un titre permettant de travailler sur le territoire ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement de la somme de 1 500 euros à verser à
son profit en application de l'article 75-1 de la loi du 30 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour méconnaît l'article L. 4237 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle est mère d'un enfant français et qu'elle participe à son entretien ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que d'une part elle est mère d'un enfant français, d'autre part, qu'elle entretient une relation avec l'enfant de son compagnon ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B E, ressortissante camerounaise, née le 9 mai 1988, est entrée en France le 22 mars 2019 selon ses déclarations. Elle relève appel du jugement du 8 juin 2023 par lequel le tribunal administratif d'Amiens a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 28 février 2023 par lequel la préfète de l'Oise lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure.
2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
Sur la décision portant refus de délivrance du titre de séjour :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an () ". Aux termes de l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ".
4. Si un acte de droit privé opposable aux tiers est en principe opposable dans les mêmes conditions à l'administration tant qu'il n'a pas été déclaré nul par le juge judiciaire, il appartient cependant à l'administration, lorsque se révèle une fraude commise en vue d'obtenir l'application de dispositions de droit public, d'y faire échec, même dans le cas où cette fraude revêt la forme d'un acte de droit privé. Ce principe peut conduire l'administration, qui doit exercer ses compétences sans pouvoir renvoyer une question préjudicielle à l'autorité judiciaire, à ne pas tenir compte, dans l'exercice de ses compétences, d'actes de droit privé opposables aux tiers. Tel est le cas pour la mise en œuvre des dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui n'ont pas entendu écarter l'application de ces principes. Par conséquent, si la reconnaissance d'un enfant est opposable aux tiers, en tant qu'elle établit un lien de filiation et, le cas échéant, en tant qu'elle permet l'acquisition par l'enfant de la nationalité française, dès lors que cette reconnaissance a été effectuée conformément aux conditions prévues par le code civil, et s'impose donc en principe à l'administration tant qu'une action en contestation de filiation n'a pas abouti, il appartient néanmoins au préfet, s'il est établi, lors de l'examen d'une demande de titre de séjour présentée sur le fondement des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la reconnaissance de paternité a été souscrite dans le but de faciliter l'obtention de la nationalité française ou d'un titre de séjour, de faire échec à cette fraude et de refuser, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, tant que la prescription prévue par les articles 321 et 335 du code civil n'est pas acquise, la délivrance de la carte de séjour temporaire sollicitée par la personne se présentant comme père ou mère d'un enfant français.
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme E a eu un enfant né le 24 juin 2019 qui a été reconnu le 1er juin 2019 par M. D, ressortissant français. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à la requérante, la préfète de l'Oise s'est fondée sur le caractère frauduleux de la reconnaissance de paternité en relevant notamment que M. D habitait au Portugal et en Espagne et ne semblait pas entretenir de relation avec son enfant avant son décès le 30 novembre 2019, son orientation sexuelle telle qu'elle ressort de ses réseaux sociaux, le fait que Mme E et M. D logeaient chez M. C A, connaissance de M. D, qui est devenu par la suite le compagnon de Mme E et dont l'enfant porte le nom. La requérante conteste le caractère frauduleux de la reconnaissance de paternité et soutient qu'elle entretenait une relation amicale avec M. D après leur rencontre en Allemagne, que ce dernier souhaitait un enfant malgré son orientation sexuelle et qu'elle a accepté de le porter avant de le rejoindre définitivement en France en mars 2019. Toutefois, à l'appui de ces déclarations, Mme E ne produit qu'une photo en présence de M. D qui n'est pas de nature à démontrer l'existence d'une quelconque relation entre eux alors même que ce dernier résidait au Portugal et en Espagne. Par ailleurs, elle ne démontre pas que M. D aurait vécu en Allemagne, lieu où ils se seraient rencontrés. Cette absence de lien est aussi corroborée par l'absence de M. D au rendezvous du 7 octobre 2019 à la préfecture de l'Oise afin de produire des éléments complémentaires concernant la participation du père à l'éducation et à l'entretien de l'enfant qu'il a reconnu. Dans ces circonstances, la préfète de l'Oise, qui justifie d'un faisceau d'indices concordants, doit être regardée comme établissant que la reconnaissance de paternité souscrite par M. D à l'égard de l'enfant avait un caractère frauduleux. Par suite, la préfète de l'Oise, à qui il appartenait de faire échec à cette fraude, a pu légalement refuser, pour ce motif, la délivrance du titre de séjour sollicité par Mme E.
6. En deuxième lieu, Mme E ne peut utilement se prévaloir de sa contribution effective à l'entretien et l'éducation de son enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, dès lors que la décision portant refus de délivrance du titre de séjour n'est pas fondée sur l'absence d'une telle contribution mais sur le caractère frauduleux de la reconnaissance de paternité.
7. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Il ressort des pièces du dossier, que si Mme E se prévaut de sa relation avec un compatriote titulaire d'un titre de séjour, elle ne démontre ni la réalité ni l'ancienneté de cette relation. Par ailleurs, elle ne démontre pas, par la seule production d'un diplôme de développeur Web Mobile et la création d'une microentreprise individuelle, son intégration dans la société française. En outre, compte tenu de ce qui a été dit au point 5 de la présente ordonnance, et les circonstances liées à la nationalité française de l'enfant de la requérante, alors qu'il ressort des déclarations de la requérante qu'une partie de sa famille vit encore au Cameroun, la préfète de l'Oise n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. Il résulte de ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif d'Amiens a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la décision du 28 février 2023 par laquelle la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
10. En premier lieu, Mme E soutient que l'obligation de quitter le territoire français est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que d'une part elle est mère d'un enfant français, et d'autre part, qu'elle entretient une relation avec l'enfant de son compagnon. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit au point 5 que le caractère frauduleux de la reconnaissance de paternité est établi. Par ailleurs, si la requérante se prévaut de sa relation avec un compatriote titulaire d'un titre de séjour, toutefois la seule production d'une attestation de contrat d'énergie à leur nom ne suffit pas à démontrer la réalité de leur relation, qui présente au surplus, un caractère très récent à la date de l'arrêté attaqué. En outre, Mme E ne démontre pas qu'elle entretiendrait des relations avec le fils de son compagnon. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
11. En second lieu, aux termes de l'article de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 selon lesquelles " dans toutes les décisions qui concernent les enfants l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
12. Mme E soutient que la mesure d'éloignement privera son enfant de la présence de son compagnon, et qu'elle privera l'enfant de son compagnon de sa présence. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que son compagnon entretiendrait une relation particulière avec l'enfant de la requérante, ni qu'elle entretiendrait une relation particulière avec l'enfant de son compagnon. Par suite, alors que la décision d'obligation de quitter le territoire français n'a pas pour effet de séparer la requérante de son enfant, la décision attaquée n'a pas méconnu les stipulations précitées de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
13. Il résulte de ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué le tribunal administratif d'Amiens a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la décision du 28 février 2023 par laquelle la préfète de l'Oise l'a obligée à quitter le territoire français
14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de Mme E est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative précité. Il en va de même, par suite, de ses conclusions à fin d'injonction et de celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B E et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Fait à Douai le 20 décembre 2023.
Le président de la 2ème chambre
Signé : T. Sorin
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef, par délégation, La greffière
Anne-Sophie VILLETTE
N°23DA01181N°23DA01181
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026