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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-23DA01325

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-23DA01325

jeudi 21 décembre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-23DA01325
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantBERRADIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. C D A a demandé au tribunal administratif de Rouen d'annuler l'arrêté du 25 avril 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Par un jugement n° 2301688 du 6 juin 2023, le magistrat désigné du tribunal administratif de Rouen a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 7 juillet 2023, M. A, représenté par Me Berradia et Me Kalfon, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 25 avril 2023 du préfet de la Seine-Maritime ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Il soutient que :

- le jugement se fonde sur une condamnation infondée ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors que le requérant ne représente pas une menace à l'ordre public.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C D A, ressortissant malien, né le 23 octobre 1991, est entré en France en octobre 2010 selon ses déclarations. Il relève appel du jugement du 6 juin 2023 par lequel le magistrat désigné du tribunal administratif de Rouen a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 25 avril 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

Sur la régularité du jugement attaqué :

3. Hormis le cas où le juge de première instance a méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s'imposaient à lui et a ainsi entaché son jugement d'une irrégularité, il appartient au juge d'appel, non d'apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s'est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis, mais de se prononcer directement sur les moyens dirigés contre la décision administrative contestée dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel. Les requérants ne peuvent donc utilement se prévaloir d'une erreur de droit, d'une erreur de fait, de la dénaturation des faits ou encore d'une " erreur manifeste d'appréciation " qu'auraient commises les premiers juges pour demander l'annulation du jugement attaqué.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, l'arrêté contesté vise les considérations de droit sur lesquelles il se fonde et énonce les considérations de faits spécifiques à M. A, qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

6. Le requérant se prévaut de sa présence sur le territoire français depuis 2010 et de la présence en France de sa compagne et de ses deux enfants nés en 2013 et 2018. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé ne démontre pas la réalité de sa présence continue sur le territoire français depuis 2010. Par ailleurs, il a fait l'objet d'une mesure judiciaire d'éloignement motivée par des faits de violences sur sa compagne en février 2020 et a été condamné pour des faits similaires, commis le 24 avril 2023, par un jugement du tribunal correctionnel de Rouen du 26 avril 2023. Dès lors, la seule production d'une attestation de contrat de fourniture d'électricité, dont la date de début n'est pas indiquée, au nom du requérant et de Mme B et d'une attestation de cette dernière, ne sont pas de nature à démontrer la réalité et l'intensité des attaches familiales du requérant à la date de la décision attaquée. Le requérant ne démontre pas non plus l'existence d'une relation avec ses enfants, et il n'est pas contesté qu'il aurait déclaré lors de l'audience publique du jugement attaqué ne pas avoir eu de visite de leur part et ne pas parvenir à communiquer avec eux. En outre, M. A s'est soustrait à deux précédentes mesures d'éloignement, et malgré la durée de séjour dont il se prévaut sur le territoire français, il ne fait état d'aucune insertion professionnelle ou sociale particulière. Il ne démontre pas non plus être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où résident, selon ses propres déclarations, sa mère, un frère et une sœur. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise ni porté une insuffisante considération à l'intérêt supérieur de son enfant. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

7. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le magistrat désigné du tribunal administratif de Rouen a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la décision du 25 avril 2023 par laquelle le préfet du la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français.

Sur la décision portant refus d'octroi de délai de départ volontaire :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui vient d'être exposé que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

9. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

10. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le magistrat désigné du tribunal administratif de Rouen a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la décision du 25 avril 2023 par laquelle le préfet du la Seine-Maritime a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui vient d'être exposé que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

12. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

13. En dernier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / (). ".

14. Compte tenu de la situation personnelle de M. A telle qu'elle a été exposée au point 5, de sa soustraction à deux précédentes mesures d'éloignement, et compte tenu de la menace pour l'ordre public que représente la présence de l'intéressé sur le territoire français en raison de ses antécédents judiciaires, le préfet de la Seine-Maritime, en lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, n'a nullement entaché cette décision d'une erreur de droit ou d'une erreur d'appréciation, tant dans son principe que dans sa durée, au regard des dispositions précitées des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ce moyen doit donc être écarté.

15. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le magistrat désigné du tribunal administratif de Rouen a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la décision du 25 avril 2023 par laquelle le préfet du la Seine-Maritime l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative précité. Il en va de même, par suite, de ses conclusions à fin d'injonction.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C D A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Douai le 21 décembre 2023.

La présidente de la cour

Signé : N. Massias

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

par délégation,

La greffière

Anne-Sophie Villette

N°23DA01325

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