mardi 3 octobre 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Douai |
| Section | Cour administrative d'appel de Douai |
| N° Dossier | CAA59-23DA01398 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | CLEMENT |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B A a demandé au tribunal administratif de Lille, d'une part, d'annuler l'arrêté du 9 mars 2023 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire durant deux années et, d'autre part, d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard.
Par un jugement n° 2302200 du 23 mars 2023, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 13 juillet 2023, M. A, représenté par Me Norbert Clément, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler les décisions contenues dans l'arrêté du 9 mars 2023 par lesquelles le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire durant deux années ;
3°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de lui communiquer la procédure de première instance ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à charge pour ce dernier de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire est entachée d'illégalité en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné est entachée d'illégalité en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français et de la décision lui refusant un délai de départ volontaire ;
- la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans est entachée d'illégalité en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, de la décision lui refusant le délai de départ volontaire et de celle fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement, d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 juin 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant algérien né le 23 juillet 1997, est entré en France le 4 octobre 2021, selon ses déclarations, et de manière irrégulière. Interpellé le 7 mars 2023 pour des faits de violences conjugales, menaces de mort réitérées et placé en garde à vue, M. A a ensuite été placé en rétention administrative le 9 mars 2023. Par un arrêté du même jour, le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire durant deux années. M. A fait appel du jugement n° 2302200 du 23 mars 2023 par lequel la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.
2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
Sur la demande de communication de la procédure de première instance :
3. Les conclusions de M. A tendant à ce que la procédure de première instance lui soit communiquée, alors au demeurant qu'il en a nécessairement eu connaissance et qu'elle lui a été mise à disposition dans le cadre de l'instance contentieuse qu'il a lui-même initiée, ne constituent ni des conclusions tendant à l'annulation ou à la réformation du jugement attaqué ni des conclusions accessoires à de telles conclusions et sont par suite irrecevables.
Sur le bien-fondé du jugement attaqué :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. Il ressort des pièces du dossier que M. A n'est entré en France, selon ses déclarations, que le 4 octobre 2021, et de manière irrégulière. Tout d'abord, la durée de la vie commune dont M. A fait état avec , présentée comme sa concubine, a fait l'objet de déclarations contradictoires puisque, si l'attestation d'hébergement rédigée par précise que l'intéressé vit à son domicile depuis le 4 octobre 2021, elle a cependant déclaré, lors de son audition par les services de police le 8 mars 2023, qu'elle n'avait rencontré M. A qu'à noël 2021 et qu'il n'avait vécu avec elle qu'à partir du 4 octobre 2022. En outre, il ressort des pièces du dossier que a déposé une main courante à l'encontre de M. A le 18 janvier 2023 pour le vol de sa carte bancaire puis a déposé une plainte à son encontre pour des faits de violences conjugales et de menaces de mort et a déclaré à cette occasion, lors de son audition par les services de police le 8 mars 2023, avoir fait l'objet de la part de M. A de menaces de mort et de violences physiques à plusieurs reprises et d'insultes " du matin au soir ", faits ayant selon ses déclarations de graves répercussions psychologiques, notamment des pensées suicidaires. Si M. A produit, pour la première fois en appel, une lettre du 27 mars 2023 de adressée au procureur de la République tendant au retrait de la plainte qu'elle a déposée à son encontre et soutient qu'un mariage est en préparation, outre que ces éléments sont postérieurs à la décision attaquée et manifestement établis pour les besoins de la cause, les déclarations de aux services de police, corroborées par plusieurs témoignages, attestent en toute hypothèse que la relation, récente, que les intéressés entretiennent présente une forte instabilité. Enfin, il ressort des pièces du dossier que M. A est sans enfant, n'a aucune activité professionnelle et ne justifie pas d'une insertion particulière en France alors que, selon ses propres déclarations aux services de police le 8 mars 2023, il n'est pas dépourvu d'attaches familiales en Algérie. Dans ces conditions, le préfet du Nord, en obligeant M. A à quitter le territoire, n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle. Ces moyens doivent par suite être écartés.
6. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la décision du 9 mars 2023 par laquelle le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français.
En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :
7. En premier lieu, il résulte de ce qui vient d'être exposé que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.
8. En deuxième lieu, il résulte des termes mêmes de la décision en litige que le préfet a pris en considération la situation personnelle de M. A, notamment ses conditions d'entrée et de séjour ainsi que ses déclarations aux services de police et celles de , avec qui il indique être en concubinage. Le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation personnelle ne peut donc qu'être écarté.
9. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () / 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5".
10. Contrairement à ce que soutient M. A, le refus par le préfet de lui accorder un délai de départ volontaire est fondé non pas sur la menace à l'ordre public qu'il est susceptible de représenter mais sur le risque de fuite, lequel est, conformément à l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, établi dès lors que M. A ne justifie ni être entré régulièrement sur le territoire français ni avoir sollicité un titre de séjour et que , chez qui il soutient être domicilié, a déclaré aux services de police avoir cessé de l'héberger du fait de son comportement violent, de telle sorte qu'il ne pouvait être regardé comme disposant d'une résidence effective et permanente. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
11. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la décision du 9 mars 2023 par laquelle le préfet du Nord a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :
12. Il résulte de ce qui a été précédemment exposé que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refusant un délai de départ volontaire ne peut qu'être écarté.
13. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la décision du 9 mars 2023 par laquelle le préfet du Nord a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :
14. Il résulte de ce qui vient d'être exposé que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refusant le délai de départ volontaire et fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement ne peut qu'être écarté.
15. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
16. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la décision du 9 mars 2023 par laquelle le préfet du Nord l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
17. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et de celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Norbert Clément.
Fait à Douai le 3 octobre 2023.
Le président de la 2ème chambre
Signé : T. Sorin
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière
Anne-Sophie Villette
N°23DA01398
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026