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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-23DA01540

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-23DA01540

mercredi 10 juillet 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-23DA01540
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantFORTUNATO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. D B a demandé au tribunal administratif de Lille d'annuler l'arrêté du 22 février 2023 par lequel le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Par un jugement n° 2301744 du 30 mai 2023, la magistrate désignée par le tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 28 juillet 2023, M. B, représenté par Me Caroline Fortunato, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 février 2023 du préfet du Nord ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder au réexamen de sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter de la décision à venir sous astreinte journalière de 150 euros ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à charge pour ce dernier de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- l'arrêté du 23 février 2023 est entachée d'un vice de procédure dès lors que le principe général du droit de l'Union européenne relatif au droit d'être entendu préalablement à toute décision défavorable a été méconnu ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une ordonnance de la présidente de la cour du 26 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, ressortissant guinéen, né le 31 août 1994, est entré en France le 12 août 2018. Le 30 septembre 2019, il a sollicité auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le bénéfice d'une protection internationale qui lui a été refusée d'abord par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) par une décision du 31 octobre 2019 puis par un jugement de la Cour nationale du droit d'asile(CNDA) du 18 juin 2020. Le 25 août 2020, le préfet du Nord a pris, à son encontre, un arrêté lui refusant la délivrance d'une carte de résident, l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et lui interdisant le retour sur le territoire pour une durée d'un an. Cet arrêté a cependant été annulé par un jugement du tribunal administratif de Lille du 30 octobre 2020 faute pour le préfet d'avoir examiné la demande de titre de séjour qu'il avait présentée avant l'édiction de cet arrêté et portant sur un autre motif que celui lié à l'obtention d'une protection internationale. Dans l'attente du réexamen de sa situation, le préfet du Nord lui a délivré une autorisation provisoire de séjour renouvelée en dernier lieu jusqu'au 5 janvier 2022. Le 5 janvier 2022, M. B a formulé une demande de titre de séjour. Le préfet du Nord a rejeté cette demande et a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français. Le tribunal administratif de Lille a, par un jugement du 10 octobre 2022, rejeté la requête de M. B tendant à l'annulation de la décision prise par le préfet. Le 22 février 2023, le préfet du Nord a pris un nouvel arrêté à l'encontre de M. B portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. M. B relève appel du jugement du 30 mai 2023 par lequel la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 22 février 2023.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

3. En premier lieu, la procédure des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ne s'applique pas avant un éloignement, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ayant déterminé l'ensemble des règles de procédure y afférentes, ni avant une décision associée fixant le délai de départ volontaire et le pays de renvoi ou interdisant le retour en France que l'intéressé a pu contester par un recours contentieux suspensif en même temps que l'éloignement. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision litigieuse portant obligation de quitter le territoire et celle fixant le pays de destination n'auraient pas été précédées de l'organisation de la procédure contradictoire préalable prévue par les dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté comme étant inopérant. Toutefois, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en exécution de cette obligation et interdisant son retour sur le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne.

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B a été interpellé le 21 février 2023 par la police aux frontières de Lille sans qu'il fût en mesure de justifier de la régularité de son séjour sur le territoire français. Il a été entendu le même jour par les services de police. Il ressort du procès-verbal d'audition, signé par l'intéressé qu'il a été entendu sur les raisons pour lesquelles il avait quitté son pays d'origine, ses conditions d'entrée sur le territoire français, les démarches effectuées en France en vue de régulariser son séjour, sa situation au regard du droit au séjour, sa situation privée et familiale et la perspective d'un retour dans son pays. M. B indique que le procès-verbal ne fait pas état de sa relation de concubinage avec une ressortissante française et de sa relation avec les enfants de celle-ci, mais il ne produit aucun élément de nature à établir que le procès-verbal ne transcrirait pas ses déclarations alors que ce dernier relève que l'intéressé a déclaré être célibataire et ne pas avoir d'enfant à charge. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit à être entendu tel que garanti par le principe général du droit de l'Union européenne doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

6. M. B est entrée en France, selon ses déclarations, en 2018. Il se prévaut de vivre en concubinage avec une ressortissante française, Mme C, depuis plus de dix-huit mois. Toutefois, il n'établit ni la réalité, ni l'ancienneté de cette communauté de vie en se bornant à produire des photographies ainsi que des témoignages non-circonstanciés et il n'établit pas davantage être dépourvu de toutes attaches privées et familiales dans son pays d'origine où vivent encore les membres de sa famille. En outre, les convocations à des entretiens, une attestation de bénévolat, l'obtention d'un certificat d'aptitude professionnelle dans la spécialité " réalisations industrielles en chaudronnerie " en 2020 et d'un autre certificat d'aptitude professionnelle dans la spécialité " électricien " en 2022 sont insuffisantes pour justifier de son insertion dans la société française. Dès lors, compte tenu de l'ancienneté et de la nature de ses liens personnels et familiaux en France à la date de l'arrêté contesté, le préfet du Nord n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la décision du 22 février 2023 par laquelle le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative précité. Il en va de même de ses conclusions à fin d'injonction et de celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Caroline Fortunato.

Copie sera adressée au préfet du Nord.

Fait à Douai le 10 juillet 2024.

La première Vice-Présidente

Présidente de la Cour par intérim

Signé : M-P. Viard

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

par délégation,

La greffière

N°23DA01540

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