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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-23DA01892

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-23DA01892

lundi 4 décembre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-23DA01892
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantDEWAELE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Lille d'annuler, pour excès de pouvoir, les décisions du 21 septembre 2020 par lesquelles le préfet du Nord a refusé d'abroger les arrêtés des 2 juin 2015 et 1er mars 2018 et lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour.

Par un jugement n° 2008164 du 4 avril 2023, le tribunal administratif de Lille a rejeté ses demandes.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 6 octobre 2023, M. B, représenté par Me Dewaele, demande à la cour :

1°) de réformer ce jugement ;

2°) d'annuler la décision du 21 septembre 2020 portant refus d'abrogation des arrêtés du préfet du Nord en date des 2 juin 2015 et 1er mars 2018 ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une carte de séjour temporaire et ce, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ; à défaut de procéder dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte à un nouvel examen de sa situation ;

4°) de mettre la somme de 2 000 euros à la charge de l'Etat au titre des dispositions de l'article L. 761 du code de justice administrative.

.

Il soutient que :

- la décision portant refus d'abrogation n'est pas motivée en droit et est insuffisamment motivée en fait ;

- cette décision est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- l'administration aurait dû lui demander le dépôt de pièces complémentaires afin de disposer des éléments lui permettant de procéder à un examen sérieux de sa situation en application de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- cette décision porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit quant à l'application de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents de formation de jugement () des cours peuvent, par ordonnance : () / 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 () ". Aux termes du dernier alinéa du même article : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter (), les requêtes dirigées contre des ordonnances prises en application des 1° à 5° du présent article ainsi que, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. Ils peuvent, de même, annuler une ordonnance prise en application des 1° à 5° et 7° du présent article à condition de régler l'affaire au fond par application de l'une des dispositions des 1° à 7° ".

2. Aux termes de l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration : " () L'administration est tenue d'abroger expressément un acte non réglementaire non créateur de droits devenu illégal ou sans objet en raison de circonstances de droit ou de fait postérieures à son édiction, sauf à ce que l'illégalité ait cessé. ".

3. Lorsqu'elle est saisie d'une demande tendant à l'abrogation d'une décision de refus de titre de séjour, le cas échéant assortie d'une obligation de quitter le territoire français, par un étranger qui fait valoir une modification dans les circonstances de fait ou dans la réglementation applicable, que cette demande d'abrogation soit assortie ou non de conclusions expresses tendant à la délivrance subséquente d'un titre de séjour, l'autorité administrative doit nécessairement examiner le droit au séjour de l'intéressé à la date à laquelle elle statue, dans des conditions qui ne diffèrent pas de l'examen auquel il est normalement procédé dans le cadre d'une demande de titre de séjour.

4. Il ressort de l'examen de la décision attaquée que, pour refuser la demande d'abrogation des arrêtés des 2 juin 2015 et 1er mars 2018, le préfet du Nord a fait valoir que les éléments apportés par M. B tirés de la présence régulière en France d'une compatriote avec laquelle il a eu deux enfants ne suffisaient pas à établir l'existence d'éléments nouveaux justifiant l'abrogation de ces arrêtés dans la mesure où il n'établit pas d'une part, la communauté de vie avec la mère de ses enfants et contribuer à l'entretien et l'éducation de ces derniers et d'autre part, qu'il est père de deux enfants mineurs qui résident en Angola. La demande étant fondée sur un changement de la situation de fait de M. B, et les décisions initiales étaient motivées en droit et en fait, cette motivation doit en l'espèce être regardée comme suffisante. Par suite, le moyen tiré d'un défaut de motivation doit être écarté. Il en est de même pour les mêmes motifs du moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation.

5. Si le requérant reprend en appel le moyen tiré de ce que l'administration aurait dû lui demander le dépôt de pièces complémentaires afin de disposer des éléments lui permettant de procéder à un examen sérieux de sa situation en application de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration, il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus par les premiers juges.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Enfin, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

7. M. B fait valoir que la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et à l'intérêt supérieur de ses deux enfants présents en France comme le démontrent les pièces produites en appel selon lesquelles il contribue à leur éducation et à leur entretien, en précisant que leur mère chez qui ils résident est désormais en situation régulière sur le territoire français. Toutefois il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté que le requérant a deux autres enfants mineurs en Angola de sorte qu'il ne peut sérieusement soutenir qu'en refusant d'abroger les arrêtés contestés, le préfet aurait porté une atteinte grave à sa vie privée et familiale ou aurait méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, par suite, de la rejeter en toutes ses conclusions, y compris celles aux fins d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie sera adressée, pour information, au préfet du Nord.

Fait à Douai, le 4 décembre 2023

La présidente de la 3ème chambre,

Signé : M-P Viard

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière de la 3ème chambre,

N. Roméro

1

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