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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-23DA01896

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-23DA01896

jeudi 30 novembre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-23DA01896
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantLEQUIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A B a demandé au tribunal administratif de Lille d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 14 novembre 2022 par lequel le préfet du Nord lui a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination.

Par un jugement n° 2209795 du 13 juin 2023, le tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 6 octobre 2023, Mme B, représentée par Me Lequien, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler cet arrêté ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une carte de séjour temporaire, et ce sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, ou à défaut, d'enjoindre au préfet du Nord de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 400 euros à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- cette décision viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle viole les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision qui la fonde ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision fixant le pays de destination :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents de formation de jugement () des cours peuvent, par ordonnance : () / 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 () ". Aux termes du dernier alinéa du même article : " () les présidents des formations de jugement des cours peuvent (), par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. Mme B est une ressortissante égyptienne née le 1er septembre 1977 au Caire. Elle est entrée de façon régulière sur le territoire français le 24 aout 2016, munie d'un visa D " étudiant ". En septembre 2017, ses trois enfants l'ont rejointe sur le territoire. Le 11 octobre 2021, elle sollicite du préfet du Nord un changement de statut en vue d'obtenir un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 14 novembre 2022, le préfet du Nord a rejeté sa demande, a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. Mme B relève appel du jugement du 13 juin 2023 par lequel le tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

En ce qui concerne la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2°. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

4. Mme B soutient que c'est à tort que le préfet lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Elle se prévaut à cet égard de la scolarisation en France de deux de ses enfants mineurs, également de deux promesses d'embauche et de son engagement au sein de la vie associative de la commune où elle réside. Il ressort des pièces du dossier que la requérante, pour des raisons non explicitées, n'est pas allée au terme du projet académique pour lequel un visa " étudiant " lui avait été délivré. Compte tenu de la situation particulière de Mme B, notamment de ses conditions d'entrée et de séjour en France, de la présence en Egypte de sa fille aînée, sa mère, ses trois frères et sœurs, de l'absence d'une insertion professionnelle stable et ancienne sur le territoire français, les seules circonstances de la scolarisation de ses enfants mineurs et son activité bénévole ne sont pas de nature à démontrer une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. En outre, Mme B qui ne justifie pas de l'intensité et de l'ancienneté de ses liens sur le territoire français au regard des liens qu'elle a conservés en Egypte, ne démontre pas non plus l'existence d'obstacle à son insertion professionnelle ou à la scolarisation de ses enfants mineurs dans ce pays, où elle a elle-même vécu jusqu'à ses trente-neuf ans. Dans ces conditions, le préfet du Nord a pu légalement prendre l'arrêté litigieux sans méconnaître les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen tiré de la violation de cet article doit être écarté.

En ce qui concerne la violation de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation :

5. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : ".1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

6. Mme B fait grief à l'arrêté attaqué de " briser " le parcours scolaire et universitaire de ses enfants scolarisés en France depuis six ans. Toutefois, la décision du préfet, qui n'a pas par elle-même pour effet de dissoudre la cellule familiale, ne fait pas obstacle à ce que la famille quitte ensemble le territoire pour s'établir à nouveau dans le pays d'origine, et ne prive pas non plus le fils de l'intéressée, M. C, étudiant à l'université de Lille, de la possibilité d'y poursuivre ses études sous couvert le cas échéant d'un titre d'étudiant. Par ailleurs, il n'est pas établi, s'agissant des enfants mineurs, que ceux-ci ne pourraient suivre une scolarité normale en Egypte, où ils l'ont d'ailleurs commencé et où réside également leur père. Ainsi, le préfet du Nord en refusant de délivrer un titre de séjour à Mme B, n'a ni méconnu l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'elle emporte sur la situation des enfants de l'intéressée. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

7. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 4 et 6, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour doit être écarté.

8. Il résulte des points 4, 6 et 7 que le préfet du Nord, en obligeant la requérante à quitter le territoire français, n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni commis une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de sa décision sur la situation particulière de l'intéressée. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

Sur la décision fixant le pays de destination :

9. Ainsi qu'il a été indiqué au point 8, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, invoqué à l'encontre de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, par suite, de la rejeter en toutes ses conclusions, y compris celles aux fins d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Lequien.

Copie en sera transmise, pour information, au préfet du Nord.

Fait à Douai le 30 novembre 2023

La présidente de la 3ème chambre,

Signé : M.P Viard

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Nathalie Roméro

N°23DA01896

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