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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-23DA01926

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-23DA01926

jeudi 21 décembre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-23DA01926
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantEDEN AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Rouen d'annuler les arrêtés du 30 mai 2023 par lesquels le préfet de la Seine-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois mois et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Par un jugement n° 2302119 du 5 juin 2023, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Rouen a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 12 octobre 2023, M. B, représenté par Me Solenn Leprince, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler les arrêtés du 30 mai 2023 du préfet de la Seine-Maritime ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de 15 jours, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 8 jours ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat, au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, une somme de 1 500 euros au profit de la Selarl " Eden avocats ", sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, ou, à titre subsidiaire, une somme de 1 500 euros à verser à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

-les arrêtés sont insuffisamment motivés et sont entachés d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, celles de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant refus de délai de départ volontaire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et est disproportionnée.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant géorgien, né le 29 juin 1991, est entré en France le 7 juin 2018. Il relève appel du jugement du 5 juin 2023 par lequel la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Rouen a rejeté sa demande tendant à l'annulation des arrêtés du 30 mai 2023 par lesquels le préfet de la Seine-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois mois et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

3. En vertu des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les décisions individuelles défavorables doivent comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent leur fondement. L'arrêté attaqué indique les dispositions sur lesquelles il est fondé ainsi que les considérations de fait tenant notamment aux conditions d'entrée et de séjour sur le territoire français du requérant. Ainsi, l'arrêté attaqué répond aux exigences de motivation posées par l'article L. 211-5 ci-dessus visé. En outre, et compte tenu notamment de ce qui précède, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment pas des termes de l'arrêté attaqué, que le préfet de la Seine-Maritime n'aurait pas procédé à un examen sérieux et circonstancié de la situation de M. B. Ces deux moyens doivent donc être écartés.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Et selon les termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

5. Si M. B se prévaut de son arrivée sur le territoire français en 2018 et de la présence de son épouse et de ses trois enfants, il ressort des pièces du dossier que le couple est en situation irrégulière et a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement à laquelle ils n'ont pas déféré en 2020. Par ailleurs, malgré la production de nombreuses attestations de soutien d'habitants de sa commune et d'une promesse d'embauche, le requérant ne justifie pas d'une insertion sociale et professionnelle d'une particulière intensité sur le territoire français. En outre, l'intéressé ne démontre pas que la cellule familiale ne pourrait se reconstituer en Géorgie, où résident sa sœur et ses parents, ni que ses enfants, qui ont vocation à le suivre, ne pourraient y poursuivre leur scolarité. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne peuvent qu'être écartés. Pour les mêmes motifs le préfet de la Seine-Maritime n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de M. B.

Sur la décision portant refus d'octroi de délai de départ volontaire :

6. Il résulte de ce qui a été exposé au point 5 de la présente ordonnance que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, qui n'est au demeurant assorti d'aucune précision et alors que la décision est notamment fondée sur le non-respect d'une précédente mesure d'éloignement et l'absence de présentation de document l'autorisant à rester en France, ne peut qu'être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

7. Compte tenu des développements qui précèdent, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

8. Il résulte de ce qui a été exposé précédemment que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur la situation de M. B, qui n'est au demeurant assorti d'aucune précision, ne peut qu'être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

9. Eu égard notamment au caractère particulièrement limité de la durée de la mesure, en l'occurrence trois mois, et à ce qui a été dit au point 5, le requérant, qui n'assortit d'ailleurs ce moyen d'aucun élément circonstancié, n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, qui n'est pas disproportionnée, serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative précité. Il en va de même, par suite, de ses conclusions à fin d'injonction et de celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Solenn Leprince.

Fait à Douai le 21 décembre 2023.

La présidente de la cour

Signé : N. Massias

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

par délégation,

La greffière

Anne-Sophie Villette

N°23DA01926

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