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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-23DA01939

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-23DA01939

mercredi 13 décembre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-23DA01939
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSELARL MARY & INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A B a demandé au tribunal administratif de Rouen d'annuler l'arrêté du 7 avril 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure.

Par une ordonnance n° 2301777 du 2 juin 2023, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Rouen a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 13 octobre 2023, Mme B, représentée par Me Antoine Mary, demande à la cour :

1°) d'annuler cette ordonnance ;

2°) d'annuler l'arrêté du 7 avril 2023 du préfet de la Seine-Maritime ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de procéder au réexamen de sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à charge pour ce dernier de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

- l'arrêté méconnaît son droit d'être entendue, est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle et d'une erreur de droit ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que le préfet s'est cru en situation de compétence liée par les décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et de la Cour nationale du droit d'asile et a commis une erreur d'appréciation de sa situation dans l'application de cet article ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante nigérienne, née le 9 avril 1995, est entrée en France le 6 juillet 2021. Elle a déposé une demande d'asile qui a été définitivement rejetée par décision de la cour nationale du droit d'asile le 6 décembre 2022. Elle relève appel du jugement du 2 juin 2023 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Rouen a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 7 avril 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

3. Mme B soulève à nouveau les moyens tirés de la méconnaissance du droit d'être entendue de la décision en litige, du défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation et de l'erreur de droit. Toutefois, elle n'apporte pas en appel d'éléments nouveaux de fait ou de droit de nature à remettre en cause l'appréciation portée par le premier juge sur ces moyens. Par suite, il y a lieu, par adoption des motifs retenus à bon droit par le premier juge, de les écarter.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ". Aux termes de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (). ".

5. S'il ressort des pièces du dossier, et en particulier du certificat médical établi le 16 juin 2022 par un psychiatre au sein de l'équipe mobile précarité santé mentale du groupe hospitalier du Havre, que l'état psychologique de la patiente nécessite une prise en charge spécialisée au long cours et la prescription d'un traitement, il n'en ressort pas en revanche que le défaut de prise en charge médicale de ces pathologies serait susceptible d'entraîner pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité ni, même, qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé au Nigéria, elle ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Le préfet de la Seine-Maritime n'a dès lors entaché sa décision ni d'un vice de procédure, ni d'une méconnaissance du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dispose que : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée en France en juillet 2021 accompagnée de sa fille née en Allemagne en 2018. Elle se prévaut de sa relation avec un compatriote nigérien , bénéficiaire du statut de réfugié en France et que de cette relation est née une fille nommée , le 16 décembre 2022 à Montivilliers. Toutefois, l'intéressée ne justifie pas de la réalité ni de la stabilité de la relation de couple dont elle se prévaut. La réalité des liens entre la fille et le père ne peut davantage être regardée comme suffisamment établie ni par les photographies produites, ni par les tickets de caisse retraçant l'achat de denrées alimentaires et de produits pour enfant versés au dossier au cours de l'année 2023, qui ne permettent pas d'établir la contribution de à l'entretien et à l'éducation de sa fille. Par ailleurs, la seule circonstance que sa fille serait placée sous protection de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), du fait du statut de son père, ne suffit pas à elle-seule à établir que l'enfant, né en France, ne pourrait résider avec sa mère, dans le pays d'origine de cette dernière. L'intéressée ne justifie donc pas avoir constitué sa vie familiale en France, ni d'une insertion particulière en France. Enfin, si Mme B se prévaut de la scolarisation sa fille sur le territoire national, elle n'établit pas qu'elle ne pourrait poursuivre sa scolarité au Nigéria. Par suite, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, et notamment de la durée et des conditions d'entrée et de séjour de la requérante en France, la décision attaquée n'a pas portée à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise, ni méconnu les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation.

8. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Rouen a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la décision du 7 avril 2023 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime l'a obligée à quitter le territoire français.

Sur la décision fixant le pays de destination :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus, que le moyen tiré, par voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

10. En deuxième lieu, la décision fixant le pays de destination vise les textes dont elle fait application et comporte les considérations de fait qui en constituent le fondement. Le préfet n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments afférents à la situation personnelle et familiale de Mme B. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

11. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

12. Compte tenu des pièces du dossier, il n'apparaît pas que le préfet de la Seine-Maritime se serait cru en situation de compétence liée au regard des décisions de rejet de l'Office français de la protection des réfugiés et apatrides et de la Cour nationale du droit d'asile. Si Mme B soutient que sa vie ou sa liberté serait menacée en cas d'éloignement à destination de son pays d'origine, elle ne verse, au dossier, aucun élément circonstancié la concernant à titre personnel permettant d'établir qu'elle se trouverait effectivement menacée en cas de retour dans son pays d'origine. Au demeurant, sa demande d'asile auprès de l'OFPRA a été rejetée, ce qui a été confirmé par la Cour nationale du droit d'asile. Par suite, les moyens tirés de la violation de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur d'appréciation ne peuvent qu'être écartés.

13. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences, sur sa situation personnelle, de la décision fixant le pays de destination doivent être écartés.

14. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Rouen a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la décision du 7 avril 2023 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de Mme B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative précité. Il en va de même, par suite, de ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et de celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Antoine Mary.

Fait à Douai le 13 décembre 2023.

Le président de la 2ème chambre,

Signé : T. Sorin

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

par délégation,

La greffière

N°23DA01939

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