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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-23DA01976

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-23DA01976

jeudi 21 décembre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-23DA01976
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Rouen d'annuler l'arrêté du 19 avril 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Par un jugement n° 2301902 du 22 septembre 2023, le tribunal administratif de Rouen a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 et 23 octobre 2023, M. B, représenté par Me Fayçal Megherbi, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 avril 2023 du préfet de la Seine-Maritime ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer sa situation afin de lui délivrer un certificat de résidence algérien " visiteur ", ou à défaut, un certificat de résidence " commerçant ", dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir sous astreinte journalière de 200 euros.

4°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 2 400 euros, à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le refus de délivrance du certificat de résidence mention " visiteur " ne peut être fondé sur la circonstance qu'il a, avec son épouse, " sciemment détourné l'objet de leur visa délivré en qualité de visiteur ", alors qu'ils ont sollicité un visa " professionnel " en novembre 2021 et que ne leur a été accordé qu'un visa portant la mention " visiteur " ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 5 et 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien, né le 18 mars 1988, est entré en France le 22 mars 2022. Il relève appel du jugement du 22 septembre 2023 par lequel le tribunal administratif de Rouen a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 19 avril 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

3. Aux termes de l'article 5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens s'établissant en France pour exercer une activité professionnelle autre que salariée reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur justification, selon le cas, qu'ils sont inscrits au registre du commerce ou au registre des métiers ou à un ordre professionnel, un certificat de résidence dans les conditions fixées aux articles 7 et 7 bis. " Et selon les termes de l'article 7 de cet accord : " Les dispositions du présent article et celles de l'article 7 bis fixent les conditions de délivrance du certificat de résidence aux ressortissants algériens autres que ceux visés à l'article 6 nouveau, ainsi qu'à ceux qui s'établissent en France après la signature du premier avenant à l'Accord : / a) Les ressortissants algériens qui justifient de moyens d'existence suffisants et qui prennent l'engagement de n'exercer, en France, aucune activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent " après le contrôle médical d'usage " un certificat de résidence valable un an renouvelable et portant la mention " visiteur " ; / () / c) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent, s'ils justifient l'avoir obtenue, un certificat de résidence valable un an renouvelable et portant la mention de cette activité ; / () ".

4. En premier lieu, M. B réitère en appel le moyen tiré du fait que la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le refus de délivrance du certificat de résidence mention " visiteur " ne peut être fondé sur la circonstance qu'il a, " sciemment détourné l'objet de leur visa délivré en qualité de visiteur ". Toutefois, comme il a été dit au point 3 du jugement attaqué, le refus d'admission au séjour que le préfet de la Seine-Maritime lui a opposé ne repose pas sur ce motif, mais sur le fait qu'il ne remplit pas les conditions de délivrance du certificat de résidence portant la mention " visiteur " prévues par l'article 7 a) de l'accord franco-algérien. Ce moyen doit donc être écarté, comme l'avaient fait à bon droit les premiers juges.

5. En deuxième lieu, M. B soutient que le préfet de la Seine-Maritime a commis une erreur manifeste d'appréciation en considérant qu'il ne remplissait pas les conditions prévues à l'article 7 c) de l'accord franco-algérien pour se voir délivrer un certificat de résidence algérien mention " commerçant ". Néanmoins, il ressort des pièces du dossier et notamment des termes de l'arrêté attaqué que M. B a formé sa demande sur le fondement de l'article 7 a) de l'accord franco-algérien. Par suite, M. B ne saurait utilement se prévaloir contre la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour des stipulations des articles 5 et 7 c) de l'accord franco-algérien sur le fondement desquelles il n'a pas formé sa demande de certificat de résidence.

6. En troisième lieu, l'article 7 a) de l'accord franco algérien prévoit la délivrance d'un certificat de résidence mention " visiteurs " aux ressortissants algériens qui justifient de moyens d'existence suffisants et qui s'engagent à n'exercer en France aucune activité professionnelle soumise à autorisation. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que les ressources financières de M. B proviennent de son activité professionnelle qu'il ne pourra poursuivre dès lors qu'il a présenté une demande d'admission au séjour sur le fondement des stipulations précitées de l'article 7 a) de l'accord franco-algérien. Dès lors, le préfet de la Seine-Maritime a pu légalement refuser de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " visiteur " sur le fondement de cet article. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme. et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

8. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France le 22 mars 2022 accompagné de son épouse et de leurs deux premiers enfants âgés de cinq et six ans. Le couple a donné naissance à un troisième enfant né le 29 mars 2022 sur le territoire national. Son épouse fait également l'objet d'une mesure d'éloignement, si bien que rien ne s'oppose à ce qu'ils reconstituent leur cellule familiale en Algérie, pays dont tous les membres de la famille ont la nationalité et où ils ont vécu plus de trente ans. De plus, si M. B se prévaut de la scolarisation de ses enfants, il n'établit pas que ses enfants ne pourraient poursuivre leur scolarité dans leur pays d'origine. Enfin, il ne justifie d'aucune insertion sociale particulière. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels l'arrêté attaqué a été pris, ni porté une insuffisante considération à l'intérêt supérieur de ses enfants. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

10. Dans les conditions de l'espèce, comme il a été dit au point 8, rien ne s'oppose à ce que l'enfant du couple né en France en 2022 suive ses parents en Algérie ni que les autres enfants mineurs du couple y poursuivent leur scolarité. La circonstance, à la supposer établie, qu'aucun des enfants ne parle l'arabe n'est pas de nature à caractériser une méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Ce moyen doit par suite être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Rouen a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la décision du 19 avril 2023 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a refusé la délivrance du titre de séjour sollicité.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. Il résulte de ce qui précède que le moyen excipant de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ne peut qu'être écarté à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative précité. Il en va de même, par suite, de ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et de celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Douai le 21 décembre 2023.

La présidente de la cour

Signé : N. Massias La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

par délégation,

La greffière

Anne-Sophie Villette

N°23DA01976

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