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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-23DA02021

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-23DA02021

mercredi 6 décembre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-23DA02021
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantDEWAELE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B A a demandé au tribunal administratif de Lille, d'une part, d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 11 janvier 2023 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer une carte de séjour mention " étudiant ", lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement, et, d'autre part, d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une carte de séjour ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard.

Par un jugement n° 2302513 du 24 juillet 2023, le tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 24 octobre 2023 et des pièces complémentaires enregistrées le 23 novembre 2023, Mme A, représentée par Me Dewaele, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler cet arrêté ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa demande, en toute hypothèse dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à charge pour son conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- cet arrêté est entaché d'une insuffisance de motivation ;

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle méconnaît les stipulations de l'article III du protocole annexe du 22 décembre 1985 modifié à l'accord franco-algérien dès lors qu'elle aurait dû se voir délivrer une carte de résident portant la mention " étudiant " ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- cette décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents de formation de jugement () des cours peuvent, par ordonnance : () / 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 () ". Aux termes du dernier alinéa du même article : " () les présidents des formations de jugement des cours peuvent (), par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. Mme B A, ressortissante algérienne, née le 17 octobre 2002 à El Biar (Algérie) est entrée en France le 4 octobre 2019 sous couvert d'un visa court séjour délivré par les autorités espagnoles, valables du 25 septembre 2019 au 24 décembre 2019. Elle s'est vu délivrer un certificat de résidence algérien mention " étudiant " valable du 29 janvier 2021 au 28 décembre 2021 régulièrement renouvelé jusqu'au 28 décembre 2022. Mme A relève appel du jugement du jugement du 24 juillet 2023 par lequel le tribunal administratif de Lille a rejeté ses demandes tendant à l'annulation des décisions du 11 janvier 2023 par lequel le préfet du Nord a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée.

Sur le moyen commun à l'ensemble des décisions contestées :

3. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté, qui refuse de délivrer à Mme A un titre de séjour, lui fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixe le pays de renvoi, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles les mesures ainsi édictées par le préfet du Nord se fondent, et satisfait ainsi à l'exigence de motivation posée par les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, et alors que le préfet n'avait pas à reprendre expressément et de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle, familiale ou professionnelle de l'intéressée, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté est entaché d'une insuffisance de motivation manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

Sur la décision de refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté que le préfet du Nord, qui n'était pas tenu de faire mention de tous les éléments caractérisant la situation de Mme A, s'est livré à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressée au regard du droit au séjour. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation de Mme A doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 110-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le présent code régit, sous réserve du droit de l'Union européenne et des conventions internationales, l'entrée, le séjour et l'éloignement des étrangers en France ainsi que l'exercice du droit d'asile. ". Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / () ". Aux termes du premier alinéa du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourses ou autres ressources) reçoivent, sur présentation, soit d'une attestation de pré-inscription ou d'inscription dans un établissement d'enseignement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention "étudiant" ou "stagiaire" ".

6. D'une part, la situation de Mme A, qui est de nationalité algérienne, ressort, ainsi que l'ont relevé à bon droit les premiers juges, du champ d'application des stipulations précitées du premier alinéa du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. C'est donc à tort que, pour refuser de renouveler le titre de séjour qui avait été délivré à l'intéressée en qualité d'étudiante, le préfet du Nord s'est fondé sur les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Or, la décision de refus de renouvellement du titre de séjour " étudiant " de la requérante trouve son fondement légal dans les stipulations du premier alinéa du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 qui peuvent être substituées aux dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, visées par la décision contestée, dès lors, en premier lieu, que les stipulations précitées du premier alinéa du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien et les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont équivalentes au regard des garanties qu'elles prévoient, en deuxième lieu, que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation sur la réalité et le sérieux des études poursuivies par l'intéressée pour appliquer l'un ou l'autre de ces deux textes, et, en troisième lieu, que cette dernière a été en mesure de produire ses observations sur ce point. Dans ces conditions, il y a lieu de substituer ces stipulations à la base légale retenue par le préfet.

8. D'autre part, pour l'application des stipulations du premier alinéa du titre III du protocole annexé à l'accord franco algérien du 27 décembre 1968, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour portant la mention " étudiant " d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies en tenant compte de l'assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi.

9. Il ressort des pièces du dossier qu'après avoir obtenu son baccalauréat série " économique et sociale " mention assez bien au terme de l'année 2019-2020, Mme A s'est inscrite en première année de licence de mathématique au titre de l'année universitaire 2020-2021 à l'université de Lille. Il est constant qu'elle n'a pas validé son année, s'est réorientée et s'est inscrite, au titre de l'année universitaire 2021-2022, en licence " gestion " auprès de l'université polytechnique des Hauts-de-France. Toutefois, l'intéressée, qui ne produit, au demeurant, aucun relevé de note s'agissant de ses deux années universitaires, a de nouveau échoué à valider sa première année de licence et s'est inscrite, pour la période 2022-2023, en première année de BTS " gestion de la PME " au sein du Lycée du Pays de Condé. Pour justifier son absence de progression, elle fait valoir que ses échecs successifs résulteraient tant des mauvaises recommandations de ses professeurs sur son orientation que dans les problèmes de santé de sa grand-mère résidant en Algérie, sans toutefois en justifier par les éléments versés au dossier. Par ailleurs, si elle démontre avoir obtenu une moyenne supérieure à la moyenne générale lors de son premier semestre de BTS, cette circonstance ne saurait suffire à justifier une progression dans ses études. Enfin, la requérante ne saurait utilement se prévaloir de la circulaire du 7 octobre 2008 des ministres chargés de l'immigration, de l'intégration, de 1'identité nationale et du développement solidaire ainsi que de 1'enseignement supérieur et de la recherche dès lors que cette circulaire, qui n'évoque que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non les stipulations de l'accord franco-algérien, se borne en tout état de cause à fournir de simples indications générales aux préfets sans poser d'interprétation du droit positif au sens de ces dispositions. Ainsi, en estimant que, compte tenu de ses deux échecs successifs en licence 1, Mme A ne justifiait pas, à cette date, d'une progression dans ses études, le préfet du Nord n'a pas commis d'erreur dans l'appréciation de la progression, de la réalité et du sérieux des études poursuivies. Il s'en infère que le moyen soulevé à ce titre et celui tiré de la méconnaissance du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 doivent être écartés.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

11. Le moyen tiré d'une atteinte au droit au respect de la vie privée et familiale, garanti par les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, est inopérant pour contester une décision de refus de délivrance ou de renouvellement d'un titre de séjour en qualité d'étudiant, qui procède exclusivement d'une appréciation par l'autorité préfectorale, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de la réalité et du sérieux des études poursuivies par l'intéressé. Par suite, Mme A ne peut, en tout état de cause, utilement soutenir que la décision de refus de renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant méconnaît le droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 11 que Mme A, à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, n'est pas fondée à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision refusant de renouveler son titre de séjour.

13. En deuxième lieu, Mme A soutient que cette décision méconnaît son droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme A, qui est entrée en France en octobre 2019, soit moins de quatre ans avant la date de l'arrêté contesté, est célibataire et sans enfant à charge et ne démontre pas avoir tissé des liens personnels et sociaux forts en France. En outre, ainsi qu'il a été dit au point 9, elle n'établit pas y poursuivre sérieusement des études. A cet égard, si l'intéressée se prévaut de son souhait de poursuivre son cursus en France, elle ne démontre pas qu'elle ne pourrait poursuivre ses études dans son pays d'origine. Si Mme A se prévaut de la présence sur le territoire français de ses trois sœurs, dont deux mineures âgées de seize ans, et de ses parents, il ressort des pièces du dossier qu'ils font également l'objet d'une mesure d'éloignement. Dans ces conditions, le préfet du Nord, en l'obligeant à quitter le territoire français, ne peut être regardé comme ayant porté au droit de Mme A au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis par cette mesure. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, soulevé à l'appui des conclusions à fin d'annulation de la décision faisant obligation à Mme A de quitter le territoire français, doit être écarté.

Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :

14. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que Mme A, à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le délai de départ volontaire, n'est pas fondée à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

15. Il résulte de ce qui a été dit plus haut que Mme A, à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi, n'est pas fondée à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, par suite, de la rejeter en toutes ses conclusions, y compris celles aux fins d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Dewaele.

Copie en sera transmise, pour information, au préfet du Nord.

Fait à Douai le 6 décembre 2023.

La présidente de la 3ème chambre,

Signé : M.P Viard

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Nathalie Roméro

N°23DA02021

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