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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-23DA02038

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-23DA02038

lundi 22 janvier 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-23DA02038
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantLEQUIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A a demandé au tribunal administratif de Lille d'annuler l'arrêté du 18 mars 2021 par lequel le sous-préfet de Dunkerque a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le Cameroun comme pays de destination de cette mesure d'éloignement et d'enjoindre au sous-préfet de Dunkerque de lui délivrer, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, une carte de séjour ou, à défaut, de procéder, sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte, à un nouvel examen de sa situation.

Par un jugement n° 2109151 du 24 mai 2023, le tribunal administratif de Lille a rejeté ses demandes.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 25 octobre 2023, M. A, représenté par Me Lequien, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler cet arrêté ;

3°) d'enjoindre à l'autorité administrative de lui délivrer, dans un délai de 15 jours à compter de la décision à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, une carte de séjour ou, à défaut, de procéder, sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte, à un nouvel examen de sa situation ;

4°) de mettre la somme de 2 400 euros à la charge de l'Etat au bénéfice de son conseil en application des dispositions de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve d'une renonciation à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'acte méconnaît les articles L. 114-5 et L. 114-6 du code des relations entre le public et l'administration ;

- l'acte de naissance n'est pas frauduleux ;

- il remplit les conditions de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-14-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'acte est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'appréciation de sa situation personnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire et la décision fixant le pays de destination seront annulées du fait de l'illégalité des décisions qui les fondent.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement () des cours peuvent, par ordonnance : / () / 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 () ". Aux termes du dernier alinéa du même article : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter (), les requêtes dirigées contre des ordonnances prises en application des 1° à 5° du présent article ainsi que, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. Ils peuvent, de même, annuler une ordonnance prise en application des 1° à 5°et 7° du présent article à condition de régler l'affaire au fond par application de l'une des dispositions des 1° à 7° ".

2. M. A, ressortissant camerounais né le 24 avril 1980, déclare être entré en France le 8 juillet 2013. Il relève appel du jugement du 24 mai 2023 par lequel le tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande d'annulation de l'arrêté du 18 mars 2021 par lequel le sous-préfet de Dunkerque a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le Cameroun comme pays de destination.

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations. / () ". Aux termes de l'article L. 114-6 du même code : " Lorsqu'une demande adressée à une administration est affectée par un vice de forme ou de procédure faisant obstacle à son examen et que ce vice est susceptible d'être couvert dans les délais légaux, l'administration invite l'auteur de la demande à la régulariser en lui indiquant le délai imparti pour cette régularisation, les formalités ou les procédures à respecter ainsi que les dispositions légales et réglementaires qui les prévoient. / () ".

4. Le refus de délivrance d'un titre de séjour est motivé par le caractère contrefait de l'acte de naissance produit. Le sous-préfet de Dunkerque ne s'est pas fondé sur un vice de forme ou de procédure affectant la demande de M. A qui aurait fait obstacle à son examen, en sorte que ce dernier ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions susmentionnées des articles L. 114-5 et L. 114-6 du code des relations entre le public et l'administration et ce moyen doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes des dispositions applicables de l'article L. 313-14-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace à l'ordre public et à condition qu'il ne vive pas en état de polygamie, la carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2, à l'étranger accueilli par les organismes mentionnés au premier alinéa de l'article L. 265-1 du code de l'action sociale et des familles qui justifie de trois années d'activité ininterrompue au sein de ce dernier, du caractère réel et sérieux de cette activité et de ses perspectives d'intégration, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'article R. 311-2-2 du même code alors en vigueur : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente les documents justifiant de son état civil et de sa nationalité et, le cas échéant, de ceux de son conjoint, de ses enfants et de ses ascendants. / () ".

6. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger justifie de trois années d'activité ininterrompue dans un organisme de travail solidaire, qu'un rapport soit établi par le responsable de l'organisme d'accueil, qu'il ne vive pas en état de polygamie et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux de cette activité et de ses perspectives d'intégration. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.

7. D'une part, il ressort des pièces du dossier de première instance qu'après vérification auprès des autorités consulaires françaises à Douala, l'acte de naissance produit correspond à une autre personne de sexe féminin. Si l'intéressé produit devant le juge un nouvel acte de naissance ainsi qu'un jugement d'un tribunal de première instance camerounaise, il n'en reste pas moins que le document adressé aux services préfectoraux était falsifié et que le juge de l'excès de pouvoir ne saurait prendre en compte des documents ultérieurs dont au demeurant il n'est même pas allégué qu'ils auraient donné lieu à une nouvelle demande auprès de l'administration. D'autre part, à la date de la décision contestée, M. A ne justifie pas de ses réelles perspectives d'intégration, en l'absence notamment de contrat de travail ou de promesse d'embauche même s'il a participé à de courtes formations sur le marché de l'emploi et qu'il gère un stock d'articles pour la communauté Emmaüs. Dans ces conditions, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation et le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 313-14-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. En troisième lieu, M. A a vécu jusqu'à l'âge de 36 ans dans son pays d'origine. Il ne fait état d'aucune attache familiale en France alors que ses deux enfants mineurs résident au Cameroun ainsi que ses parents et sa sœur. Il est hébergé dans une structure solidaire. Dans ces conditions, le moyen tiré d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle doit être écarté.

9. En quatrième lieu, compte-tenu de ce qui a été précédemment exposé, M. A n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de la décision de refus de séjour au soutien des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français. Il n'est pas plus fondé à se prévaloir de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français au soutien des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, par suite, de la rejeter en toutes ses conclusions, y compris celles aux fins d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Lequien.

Copie en sera transmise, pour information, au préfet du Nord.

Fait à Douai le 22 janvier 2024.

La présidente de la 1ère chambre,

Signé : G. Borot

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Par délégation,

La greffière,

Christine Sire

1

N°23DA02038

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