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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-23DA02046

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-23DA02046

mercredi 6 décembre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-23DA02046
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantNAVY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme D a demandé au tribunal administratif de Lille d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 10 octobre 2022 par lequel le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pour une durée d'un an.

Par un jugement n° 2208592 du 24 juillet 2023, le tribunal administratif de Lille a annulé l'arrêté en tant qu'il lui fait interdiction de retour sur le territoire français et a rejeté le surplus de sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 26 octobre 2023, Mme D, représentée par Me Navy, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement en ce qu'il rejette la demande d'annulation des décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire et fixant le pays de destination ;

2°) d'annuler cet arrêté ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de sept jours à compter de la notification de la décision à intervenir, ou, à défaut, d'enjoindre au préfet du Nord de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de sept jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est illégale du fait de la décision qui la fonde ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 septembre 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Douai.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement () des cours peuvent, par ordonnance : / () / 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 () ". Aux termes du dernier alinéa du même article : " () les présidents des formations de jugement des cours peuvent (), par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. Mme D, ressortissante congolaise née le 2 avril 1980, déclare être entrée en France le 27 janvier 2015. Elle relève appel du jugement du 24 juillet 2023 par lequel le tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande d'annulation de l'arrêté du 10 octobre 2022 du préfet du Nord lui ayant refusé la délivrance d'un titre de séjour, portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.

S'agissant du moyen commun aux décisions refusant le titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français :

3. L'arrêté en cause vise les textes dont il fait application et comporte les considérations de fait qui en constituent le fondement. Il n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments afférents à la situation personnelle et familiale de Mme D, mais en mentionne les éléments pertinents et indique notamment qu'elle a présenté trois demandes d'asile, que la cour nationale du droit d'asile a refusé sa demande d'asile par une décision du 29 janvier 2021, qu'elle a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement prise par le préfet du Val-d'Oise le 17 octobre 2018, qu'elle a deux enfants qui ne résident pas sur le territoire français, qu'elle n'établit pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine, y être isolée et être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention de sauvegarde des droits et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

S'agissant de la décision refusant le titre de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au litige : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention () " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme D est entrée en France en février 2009 à l'âge de vingt-huit ans, elle a obtenu un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et s'est vue refuser le renouvellement de ce titre de séjour. Elle a fait l'objet d'une mesure d'éloignement par un arrêté du 23 octobre 2013 du préfet de la Côte d'Or. Elle a été reconduite à la frontière le 11 mai 2014, puis elle est revenue irrégulièrement en France le 27 janvier 2015. Elle souligne les motifs exceptionnels qui justifieraient son admission au séjour tenant à son temps de présence en France de 2009 à 2014 et de 2015 à aujourd'hui, à son titre de séjour renouvelé de 2010 à 2013, à ses attaches personnelles et familiales, notamment du fait de la présence de membres de sa famille, français ou en situation régulière, comme son père et ses oncles et tantes, à son insertion professionnelle comme auxiliaire de vie jusqu'en 2013, à ses diplômes et à ses activités bénévoles. Elle mentionne des problèmes de santé en raison d'une hépatite chronique virale B. Toutefois, la présence de l'appelante n'a pas été continue durant ces sept ans dont quatre ans en situation irrégulière. Mme D n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où ses deux enfants résident toujours. Les diplômes qu'elle a acquis et son expérience professionnelle de 2010 à 2013 ne suffisent pas à démontrer une intégration professionnelle particulière et actuelle alors qu'elle est prise en charge par la banque alimentaire. Si elle produit un certificat médical attestant d'une hépatite B depuis 2009, qui indique que l'absence d'un suivi régulier serait susceptible d'entraîner " un cancer du foie et une cirrhose ", ce certificat mentionne également qu'elle ne prend pas de traitement mais ne fait l'objet que d'une surveillance. Elle présenterait également une apnée du sommeil. Mais outre qu'elle n'a pas demandé de titre de séjour à raison de son état de santé, les éléments produits ne permettent de considérer ni que son état de santé nécessiterait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité ni que des soins appropriés ne seraient pas disponibles dans son pays d'origine. Enfin, elle ne produit aucun élément corroborant ses allégations d'emprisonnement et des violences sexuelles qu'elle aurait subis dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la situation de Mme D ne répond pas à des considérations humanitaires ni à des motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de cet article. Dès lors, les moyens tirés de sa méconnaissance et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

6. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Pour les motifs indiqués au point 5, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de l'appelante doivent être écartés.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. / () ".

9. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Il en va de même du moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

10. En premier lieu, compte-tenu de ce qui a été précédemment exposé, Mme D n'est pas fondée à se prévaloir de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français au soutien des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

11. En deuxième lieu, par arrêté du 1er décembre 2022, publié le 2 décembre au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Seine-Maritime a donné délégation de signature à Mme B A, sous-préfète d'Avesnes-sur-Helpe, pour signer chacune des décisions comprises dans l'arrêté en litige. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces décisions doit donc être écarté.

12. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et de sauvegarde des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

13. Mme D évoque de façon très générale des risques en cas de retour dans son pays d'origine, sans apporter de précisions ni le moindre élément au soutien de ses allégations. Au demeurant ses trois demandes d'asile ont été rejetées par l'office français de protection des réfugiés et des apatrides puis par la cour nationale du droit d'asile, qui retient que l'appelante ne présente aucun élément pertinent sur ce point. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme D est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, par suite, de la rejeter en toutes ses conclusions, y compris celles aux fins d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C D, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Navy.

Copie en sera transmise, pour information, au préfet du Nord.

Fait à Douai le 6 décembre 2023.

La présidente de la 1ère chambre,

Signé : G. Borot

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Par délégation,

La greffière,

Christine Sire

N°23DA02046

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