jeudi 30 janvier 2025
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Douai |
| Section | Cour administrative d'appel de Douai |
| N° Dossier | CAA59-23DA02165 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Formation | 4e chambre - formation à 3 |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS FIDAL |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. et Mme C et A ont demandé au tribunal administratif de Lille de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2016 et des cotisations primitives de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2017, ainsi que des pénalités correspondantes.
Par un jugement n° 2100532 du 25 septembre 2023, le tribunal administratif de Lille a rejeté cette demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 23 novembre 2023 et un mémoire, enregistré le 9 juillet 2024, M. et Mme A, représentés par Me Leblond-Lenaers, demandent à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) de prononcer la décharge de ces impositions et des pénalités correspondantes ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ils ont été privés de la garantie offerte par l'article L. 57 du livre des procédures fiscales en ce que la proposition de rectification du 19 mars 2019 est insuffisamment motivée et en ce qu'elle n'était pas accompagnée d'une copie de la proposition de rectification du 31 janvier 2019 adressée à la société Gadmo Sols ;
- au titre de l'année 2016, ils font l'objet d'une double imposition dans la mesure où les revenus distribués par la société Gadmo Sols sont, pour partie, identiques à ceux qui leur ont été notifiés à l'issu de la vérification de comptabilité de la société Gadmo Bâti.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mai 2024, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. et Mme A ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 16 octobre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 novembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pin, président-assesseur,
- les conclusions de M. Arruebo-Mannier, rapporteur public,
- et les observations de Me Cardon, représentant M. et Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. La société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) Gadmo Sols, dont M. A est le président et l'associé unique, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité à l'issue de laquelle l'administration a réintégré dans ses résultats des exercices clos en 2016 et 2017 des recettes omises et des charges correspondant à des factures de sous-traitance qualifiées de fictives. Ces sommes ont été regardées comme des revenus distribués imposables, sur le fondement du 1° et du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, entre les mains de M. A. Par un jugement du 25 septembre 2023, le tribunal administratif de Lille a rejeté la demande de M. et Mme A tendant à la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis en conséquence de ces rectifications ainsi que des pénalités correspondantes. M. et Mme A relèvent appel de ce jugement.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
2. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. () En cas d'application des dispositions de l'article L. 47 A, l'administration précise au contribuable la nature des traitements effectués ".
3. Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les redressements envisagés, de façon à permettre au contribuable de formuler ses observations de façon entièrement utile. S'agissant de revenus distribués, cette motivation peut résulter, soit de la reproduction de la teneur de la proposition de rectification adressée à la société distributrice, soit de la jonction de cette proposition de rectification en annexe du document adressé au bénéficiaire des distributions, dès lors du moins que le document concernant la société est lui-même suffisamment motivé.
4. La proposition de rectification du 19 mars 2019 adressée à M. et Mme A indique qu'elle porte, en matière d'impôt sur le revenu, au titre des années 2016 et 2017, sur des revenus de capitaux mobiliers résultant de revenus regardés comme ayant été distribués à M. A par la SASU Gadmo Sols et précise qu'à la suite de la vérification de comptabilité de cette société, des omissions de recettes avaient été décelées à hauteur de 101 946 euros et de 8 967 euros au titre des exercices clos en 2016 et 2017 et que des charges fictives avaient été comptabilisées en 2017 à hauteur de 29 902 euros. Cette même proposition de rectification fait mention des articles 109-1-1°, 109-1-2° et 110 du code général des impôts, comporte les motifs pour lesquels l'administration a regardé M. A, à raison de sa qualité de président et unique associé de la SASU Gadmo Sols, comme le seul maître de l'affaire, indique le montant des rehaussements relatifs à ces omissions de recettes et charges non admises en déduction ainsi que leurs conséquences financières pour les requérants. En outre, cette proposition de rectification renvoie, pour le détail de ces sommes, à la proposition de rectification du 31 janvier 2019 adressée à la société Gadmo Sols, dont il résulte de l'instruction qu'elle était, elle-même, suffisamment motivée, et dont il est indiqué, dans la lettre d'accompagnement puis à deux autres reprises, qu'elle est jointe en annexe à l'envoi adressé à M. et Mme A. A supposer même que, comme le soutiennent les requérants, la proposition de rectification destinée à la société ait en réalité fait défaut, ils n'établissent pas avoir fait les diligences nécessaires pour en obtenir communication ni même signalé au service cette prétendue erreur, qui aurait pourtant été manifeste compte tenu des mentions concordantes indiquant qu'elle était jointe à l'envoi. Par suite, l'administration doit être regardée comme ayant satisfait aux obligations de motivation qui lui incombaient.
Sur le bien-fondé des impositions :
5. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ; () ". Aux termes de l'article 110 du même code : " Pour l'application de l'article 109-1-1°, les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés ".
6. En cas de refus des propositions de rectifications par le contribuable qu'elle entend imposer comme bénéficiaire de sommes regardées comme distribuées, il incombe à l'administration d'apporter la preuve que celui-ci en a effectivement disposé. Toutefois, le contribuable qui, disposant seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, est en mesure d'user sans contrôle de ses biens comme de biens qui lui sont propres et doit ainsi être regardé comme le seul maître de l'affaire, est présumé avoir appréhendé les distributions effectuées par la société qu'il contrôle.
7. Il est constant que M. et Mme A n'ont pas fait parvenir d'observations au service dans le délai de trente jours imparti par l'article R. 57-1 du livre des procédures fiscales en réponse à la proposition de rectification du 19 mars 2019, qui leur a été régulièrement notifiée. Dès lors, ils doivent être regardés comme ayant accepté ces redressements et supportent, en conséquence, la charge de la preuve de leur caractère exagéré.
8. Il résulte de l'instruction qu'après avoir procédé à la réintégration dans le bénéfice imposable de la société Gadmo Sols au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2016, de recettes omises à concurrence de la somme de 101 946 euros, correspondant à des prestations facturées aux sociétés Prestation Sol Service et Indigo, l'administration a regardé cette somme comme des revenus distribués au sens du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts.
9. M. et Mme A font valoir que ces recettes, qui ont été omises dans la comptabilité de la société Gadmo Sols, ont été encaissées par la société Gadmo Bati, dont Mme A est la gérante, et ont déjà été imposées entre leur mains, à la suite de la vérification de comptabilité de cette dernière société au titre de l'exercice clos en 2016 et ayant donné lieu à une proposition de rectification du 4 juillet 2018.
10. Toutefois, il résulte de l'instruction, en particulier de la proposition de rectification du 4 juillet 2018, que les revenus regardés par l'administration comme distribués à Mme A en sa qualité de gérante de la société Gadmo Bâti au titre de l'année 2016, correspondent à des chèques établis par cette société et encaissés sur le compte bancaire personnel des requérants pour un total de 5 885,76 euros, à un retrait d'espèces de 29 111 euros ainsi qu'à des achats personnels effectués par les intéressés pour 6 806,37 euros. Dès lors, ainsi que le relève le ministre, ces distributions sont sans lien avec celles objet du présent litige et qui trouvent leur origine dans la réintégration, au résultat imposable de la société Gadmo Sols, de factures non comptabilisées. Il suit de là que M. et Mme A n'établissent pas la double imposition qu'ils allèguent.
11. Il résulte de ce qui précède que l'administration doit être regardée comme rapportant la preuve, qui lui incombe, de l'existence et du montant des recettes non comptabilisées par la société Gadmo Sols, lesquelles, n'ayant été ni mises en réserve ni incorporées au capital, ne sont pas demeurées investies dans la société et sont ainsi constitutives de distributions consenties par cette dernière, imposables sur le fondement du 1° de l'article 109-1 entre les mains de M. A, en sa qualité de maître de l'affaire qu'il ne conteste pas.
12. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme A ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Lille a rejeté leur demande. Par voie de conséquence, leurs conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. et Mme C A et à la ministre chargée des comptes publics.
Copie en sera transmise à l'administratrice de l'Etat chargée de la direction spécialisée de contrôle fiscal Nord.
Délibéré après l'audience du 16 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
- M. Marc Heinis, président de chambre,
- M. François-Xavier Pin, président-assesseur,
- Mme Alice Minet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2025.
Le président-rapporteur,
Signé : F.-X. Pin
Le président de chambre,
Signé : M. BLa greffière,
Signé : E. Héléniak
La République mande et ordonne à la ministre chargée des comptes publics, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Par délégation,
La greffière,
Elisabeth Héléniak
N°23DA02165
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026