vendredi 21 juin 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Douai |
| Section | Cour administrative d'appel de Douai |
| N° Dossier | CAA59-23DA02342 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1re chambre - formation à 3 |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. C D se disant M. A C a demandé au tribunal administratif de Lille d'annuler l'arrêté en date du 10 octobre 2023 par lequel le préfet du Pas-de-Calais lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration du délai de quinze jours suivant la notification de la décision à intervenir et de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour lui de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Par un jugement n°2308955 du 20 octobre 2023, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Lille a annulé la décision du préfet du Pas-de-Calais du 10 octobre 2023 et rejeté le surplus de la requête de l'intéressé.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 20 décembre 2023, le préfet du Pas-de-Calais demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement en tant qu'il annule son arrêté ;
2°) de rejeter la requête de M. D se disant M. C.
Il soutient que :
- M. D se disant M. C ne justifie ni de sa nationalité, ni qu'il serait originaire d'une région en proie à une situation de violence aveugle ;
- l'intéressé n'a pas demandé l'asile durant son audition ;
- le tribunal a, à tort, généralisé une situation de violence aveugle au Soudan.
La requête a été communiquée à M. D se disant M. C qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Borot, présidente de chambre ;
- et les observations de M. B, représentant le préfet du Pas-de-Calais.
Considérant ce qui suit :
1. M. D se disant M. C, ressortissant soudanais, a fait l'objet d'un contrôle d'identité le 10 octobre 2023. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'audition de M. D se disant M. C, réalisée le 10 octobre 2023 par les services de police, que l'intéressé a déclaré avoir quitté son pays à cause de la guerre, être arrivé en France depuis 13 jours et souhaiter y rester. Par un arrêté du 10 octobre 2023, le préfet du Pas-de-Calais lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Le préfet du Pas-de-Calais relève appel du jugement du 20 octobre 2023 en tant que la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Lille a annulé cet arrêté.
Sur le motif d'annulation retenu par la juge de première instance :
2. Il ressort des pièces du dossier que lors de son audition par les services de police le 10 octobre 2023, M. D se disant M. C a indiqué avoir fui le Soudan en mai 2023 à cause de la guerre. Il déclare avoir traversé l'Italie avant d'arriver treize jours auparavant en France. Il souligne ne pas vouloir retourner au Soudan mais préférer rester en France. Il est constant qu'il ne fait état d'aucune tentative de demande d'asile ni en Italie, ni en France et n'a formulé aucune demande de protection. Dés lors il ne peut être regardé comme ayant sollicité l'asile lors de son audition. Dans ces conditions, le préfet du Pas-de-Calais est fondé à soutenir que c'est à tort que la juge de première instance a annulé pour ce motif son arrêté du 10 octobre 2023.
Sur les autres moyens soulevés par M. D se disant M. C :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français sans délai et la fixation du pays de destination :
3. En premier lieu, l'arrêté en cause vise les textes dont il fait application et comporte les considérations de fait qui en constituent le fondement. Il n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments afférents à la situation personnelle et familiale de M. D se disant M. C, mais en mentionne les éléments pertinents. La décision portant obligation de quitter le territoire français, celle refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire et celle fixant le pays de destination sont suffisamment motivées en fait et en droit au regard de l'ensemble des éléments figurant dans l'arrêté. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté. Il ne ressort pas des pièces du dossier, ni des motifs de l'arrêté en litige que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux et complet de la situation de M. D se disant M. C avant de prendre les décisions en cause. Ce moyen doit également être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente qui enregistre sa demande () ". En outre, aux termes de l'article L. 521-4 du même code : " L'enregistrement a lieu au plus tard trois jours ouvrés après la présentation de la demande d'asile à l'autorité administrative compétente () ". Comme indiqué au point 2, il ne ressort pas du procès-verbal d'audition de M. D se disant M. C, ni d'aucune autre pièce versée au dossier que ce dernier ait demandé l'asile avant que le préfet ne prenne l'arrêté en cause. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L .611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : 1° L'étranger mineur de dix-huit ans ". () ". M. D se disant M. C soutient être né le 1er janvier 2007 et qu'il était mineur à la date de l'arrêté en cause. Toutefois, il ne verse aucune pièce à l'appui de ses allégations alors qu'il a lui-même déclaré lors de son audition par les services de police qu'il était né le 1er janvier 2005 et se nommait D C. Il doit donc être regardé comme âgé de plus de dix-huit à la date de l'arrêté. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
6. En quatrième lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
7. M. D se disant M. C souligne qu'en cas de retour au Soudan il arrivera à Khartoum la capitale du pays en proie à une situation de grande violence. Il résulte notamment de la décision de la Cour nationale du droit d'asile du 21 juillet 2023, n°23009590 à laquelle se réfère l'intéressé dans ses écritures de première instance, qui concerne toutefois un autre ressortissant soudanais, que depuis le 15 avril 2023, 65 % des incidents de sécurité survenus au Soudan ont lieu dans la région de Khartoum, les explosions, principalement liées à des frappes aériennes, étant à leur plus haut point depuis six ans. Sur une période de référence du 15 avril au 14 juillet 2023, 801 incidents de sécurité sont recensés, ayant causé la mort de 1 331 personnes dans l'Etat de Khartoum, civils et belligérants confondus, cette région n'ayant auparavant connu aucune conséquence d'un conflit armé. La situation de conflit armé interne dans l'Etat de Khartoum engendre, pour tout civil devant y retourner ou y transiter, une menace grave et individuelle contre sa vie ou sa personne en raison d'une violence qui peut s'étendre à des personnes sans considération de leur situation personnelle au sens des dispositions du 3° de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. D est donc fondé à soutenir qu'en fixant le Soudan comme pays de destination de la mesure d'éloignement, le préfet de la Seine-Maritime a méconnu l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :
8. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " (). / Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " . Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "
9. La décision du 10 octobre 2023 du préfet du Pas-de-Calais qui a fait obligation à M. D se disant M. C de quitter le territoire français sans délai n'est pas annulée par le présent arrêt. La décision portant interdiction de retour sur le territoire français n'est donc pas dépourvue de base légale. Par ailleurs, la circonstance que le pays de destination de la mesure d'éloignement ne puisse, à la date de la décision, être le Soudan eu égard à ce qui a été précédemment exposé, ne constitue pas, à elle seule, une circonstance humanitaire s'opposant à ce que le préfet édicte une interdiction de retour sur le territoire français. M. D se disant M. C est arrivé très récemment en France où il ne fait état d'aucune attache et sa situation, telle qu'elle ressort des pièces du dossier, ne révèle pas une particulière vulnérabilité. Dans ces conditions, l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an prononcée à son encontre n'est pas entachée d'erreur d'appréciation. Le préfet est dès lors fondé à soutenir que la magistrate désignée du tribunal administratif de Lille ne pouvait annuler sa décision du 10 octobre 2023 portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
10. Il résulte de tout ce qui précède que le préfet du Pas-de-Calais est seulement fondé à soutenir que c'est à tort que, par les articles 1er et 2 du jugement attaqué, la magistrate désignée du tribunal administratif de Lille a annulé ses décisions du 10 octobre 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai et portant interdiction de retour sur le territoire français et lui a enjoint de procéder au réexamen de la demande de M. D se disant M. C. En revanche, le surplus de la requête dirigé contre l'annulation de la décision fixant le pays de destination doit être rejeté.
DÉCIDE :
Article 1er : Les articles 1 et 2 du jugement n° 2308955 du 20 octobre 2023 de la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Lille sont annulés en ce qu'ils annulent les décisions du 10 octobre 2023 du préfet du Pas-de-Calais portant obligation de quitter le territoire français sans délai et portant interdiction de retour sur le territoire français et enjoignant au préfet de procéder au réexamen de la demande de M. D se disant M. C.
Article 2 : La demande présentée par M. D se disant M. C devant le tribunal administratif de Lille tendant à l'annulation de ces décisions est rejetée.
Article 3 : Le surplus de la requête du préfet du Pas-de-Calais est rejeté.
Article 4 : Le présent arrêt sera notifié au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à M. C D se disant M. C.
Copie en sera transmise pour information au préfet du Pas-de-Calais.
Délibéré après l'audience publique du 6 juin 2024 à laquelle siégeaient :
- Mme Ghislaine Borot, présidente de chambre,
- Mme Isabelle Legrand, présidente-assesseure,
- M. Denis Perrin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juin 2024.
La présidente-assesseure,
Signé : I. LegrandLa présidente de chambre,
Présidente-rapporteure
Signé : G. Borot
La greffière,
Signé : N. Roméro
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
Par délégation,
La greffière,
Nathalie Roméro
1
N°23DA00234
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026