vendredi 14 février 2025
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Douai |
| Section | Cour administrative d'appel de Douai |
| N° Dossier | CAA59-24DA00669 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2e chambre - formation à 3 |
| Avocat requérant | COURATIER-BOUIS |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A B, assisté de sa curatrice, Mme C B, a demandé au tribunal administratif de Rouen de déclarer que la responsabilité de l'État est engagée à raison de la faute commise par le lycée Louis Modeste Leroy à Evreux (Eure) le 6 mars 2017 et qui est à l'origine d'une perte de chance d'éviter sa tentative de suicide ou à tout le moins l'aggravation des séquelles en résultant, d'ordonner avant dire doit une expertise à fin d'évaluer l'ensemble de ses préjudices et de condamner l'État à lui verser, à titre provisionnel, une somme de 50 000 euros à valoir sur l'indemnisation de son entier préjudice.
Par un jugement n° 2201313 du 22 février 2024, le tribunal administratif de Rouen a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 3 avril 2024, M. B, assisté de sa curatrice, Mme B, représenté par Me Couratier-Bouis, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) de déclarer que la responsabilité de l'État est engagée à raison de la faute commise par le lycée Louis Modeste Leroy à Evreux, le 6 mars 2017, faute qui est à l'origine d'une perte de chance d'éviter sa tentative de suicide ou à tout le moins l'aggravation des séquelles en résultant ;
3°) d'ordonner avant dire doit une expertise à fin d'évaluer l'ensemble de ses préjudices ;
4°) de condamner l'État à lui verser, à titre provisionnel, une somme de 50 000 euros à valoir sur l'indemnisation de son entier préjudice ;
5°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.
Il soutient que :
- la responsabilité de l'État est engagée à raison de la faute imputable au personnel de l'établissement qui, en méconnaissance de l'article R. 131-5 du code de l'éducation et de son protocole de lutte contre l'absentéisme, n'a pas averti ses représentants légaux de son absence le 6 mars 2017 ; cette faute révèle également une faute dans l'organisation du service ;
- les fautes commises par l'établissement sont à l'origine d'une perte de chance dès lors que, s'ils avaient été informés de son absence au lycée, ses parents seraient immédiatement partis à sa recherche, ce qui aurait permis d'empêcher son passage à l'acte ou à tout le moins de bénéficier d'une prise en charge plus rapide et d'éviter l'aggravation de ses traumatismes ;
- une expertise est nécessaire afin de déterminer l'étendue de ses préjudices ;
- il est fondé à solliciter le versement, à titre provisionnel, d'une somme de 50 000 euros à valoir sur l'indemnisation des préjudices subis.
Par une lettre du 25 avril 2024, la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse a indiqué à la cour que le recteur de l'académie de Normandie était seul compétent pour présenter des observations en défense au nom de l'État, en application des dispositions de l'article D. 222-35 du code de l'éducation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2024, la rectrice de l'académie de Normandie conclut au rejet de la requête d'appel de M. B.
Elle fait valoir qu'il n'existe aucun lien de causalité direct et certain entre, d'une part, le défaut de signalement de l'absence de M. B et, d'autre part, sa tentative de suicide et les séquelles qu'il en a conservées.
La requête et l'ensemble des pièces de la procédure ont été communiqués à la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de l'Eure qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Toutias, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Regnier, rapporteure publique,
- et les observations de Me Couratier-Bouis, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, né le 23 octobre 1999, est entré en septembre 2016 en classe de première scientifique au lycée Louis Modeste Leroy à Evreux. Le 6 mars 2017, il ne s'est pas rendu dans l'établissement et a tenté de mettre fin à ses jours au domicile de ses parents avec l'usage d'une arme à feu. Malgré sa prise en charge par le centre hospitalier universitaire de Rouen jusqu'au 19 avril 2017, il a conservé de lourdes séquelles neurologiques. Par un courrier daté du 14 décembre 2021, réceptionné le 16 décembre suivant par les services du rectorat de l'académie de Normandie, il a sollicité le versement, à titre provisionnel, d'une somme de 50 000 euros à valoir sur l'indemnisation de ses préjudices qu'il estime pour partie imputable à l'État à raison des fautes commises par son établissement qui sont à l'origine d'une perte de chance d'éviter son geste suicidaire ou à tout le moins l'aggravation des séquelles qu'il en a conservées. Aucune suite n'a été réservée à cette demande. M. B relève appel du jugement du 22 février 2024 par lequel le tribunal administratif de Rouen a rejeté sa requête tendant à l'engagement de la responsabilité de l'État, à ce qu'une expertise soit ordonnée avant dire droit à fin d'évaluer l'ensemble de ses préjudices et à la condamnation de l'État à lui verser la somme de 50 000 euros à titre provisionnel.
Sur le bien-fondé du jugement attaqué :
2. Aux termes de l'article L. 131-8 du code de l'éducation : " Lorsqu'un enfant manque momentanément la classe, les personnes responsables doivent, sans délai, faire connaître au directeur ou à la directrice de l'établissement d'enseignement les motifs de cette absence () ". Pour l'application de ces dispositions, l'article R. 131-5 du même code dispose que : " Il est tenu, dans chaque école et établissement scolaire public ou privé, un registre d'appel sur lequel sont mentionnées, pour chaque classe, les absences des élèves inscrits. () / Toute absence est immédiatement signalée aux personnes responsables de l'enfant qui doivent sans délai en faire connaître les motifs au directeur de l'école ou au chef de l'établissement, conformément à l'article L. 131-8 () ".
3. Il résulte de l'instruction que, le 6 mars 2017, M. B ne s'est pas rendu à son lycée et a tenté de mettre fin à ses jours au domicile de ses parents en usant d'une arme à feu. Il est constant que l'établissement n'a pas signalé à ses parents qu'il ne s'était pas présenté en cours. En s'abstenant de signaler l'absence de M. B à ses parents conformément aux dispositions de l'article R. 131-5 du code de l'éducation, le lycée Louis Modeste Leroy à Evreux a commis une faute. Toutefois, alors que le geste de M. B était prémédité et qu'il n'a été précédé d'aucun signe particulier qui se serait manifesté dans le cadre scolaire ou dont l'établissement aurait été informé par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que, même informés de l'absence de leur en fils en cours, les parents de M. B auraient pu intervenir utilement avant son passage à l'acte, dont l'heure est inconnue, compte tenu en particulier de leurs temps de trajet depuis leurs lieux de travail ainsi que du temps nécessaire pour le retrouver. Également, ni le rapport d'expertise médicale produit par M. B ni les documents médicaux que celui-ci cite n'établissent que sa prise en charge aurait été différente s'il avait été hospitalisé plus tôt ou que ses séquelles auraient été d'une moindre gravité. Il s'ensuit que la faute commise par l'établissement scolaire ne constitue pas la cause déterminante de la tentative de suicide du requérant et qu'elle ne peut être regardée comme étant à l'origine directe et certaine de son dommage non plus que d'une perte de chance d'éviter son passage à l'acte ou l'aggravation des séquelles en résultant. Il s'ensuit que la responsabilité de l'État ne peut pas être engagée de ce fait.
4. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Rouen a rejeté ses conclusions tendant à l'engagement de la responsabilité de l'État, à ce qu'une expertise soit ordonnée avant dire droit à fin d'évaluer l'ensemble de ses préjudices et à la condamnation de l'État à lui verser une somme de 50 000 euros à titre provisionnel.
Sur les frais liés au litige :
5. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la présente instance ait été à l'origine de dépens, de sorte que les conclusions de M. B tendant à ce que les dépens soient mis à la charge de l'État doivent être rejetées.
6. En second lieu, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. A B, à Mme C B, à la ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche et à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Eure.
Copie en sera adressée à la rectrice de l'académie de Normandie.
Délibéré après l'audience publique du 21 janvier 2025 à laquelle siégeaient :
- M. Benoît Chevaldonnet, président de chambre,
- M. Laurent Delahaye, président-assesseur,
- M. Guillaume Toutias, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2025.
Le rapporteur,
Signé : G. ToutiasLe président de chambre,
Signé : B. Chevaldonnet
La greffière,
Signé : A-S. Villette
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
par délégation,
La greffière
N°24DA00669
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026