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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-24DA00734

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-24DA00734

mardi 23 juillet 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-24DA00734
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantAKHZAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif d'Amiens d'annuler pour excès de pouvoir d'une part, l'arrêté du 18 mars 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et d'autre part, l'arrêté du même jour par lequel la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Par un jugement n°2401064 du 27 mars 2024, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif d'Amiens a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 16 avril 2024, M. B, représenté par Me Akhzam, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir ces arrêtés ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français a été signée par une autorité incompétente ;

- l'autorité préfectorale a méconnu le droit d'être entendu garanti par le droit de l'Union européenne imposant le respect d'une procédure contradictoire avant de prendre une décision faisant grief ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision fixant le pays de destination a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste sur l'appréciation de ses garanties de représentation ;

- la décision lui refusant un délai de départ volontaire a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste sur l'appréciation de ses garanties de représentation ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français a été signée par une autorité incompétence ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- la décision portant assignation à résidence a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est privée de base légale dès lors qu'elle se fonde sur une décision lui refusant un délai de départ volontaire illégale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles, complété par un protocole, deux échanges de lettres et une annexe, modifié, signé à Alger le 27 décembre 1968 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours peuvent (), par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. B, de nationalité algérienne, déclare être entré sur le territoire français en mai 2022 sous couvert d'un visa de court séjour expirant le 24 novembre 2022. Par deux arrêtés du 18 mars 2024 dont il demande l'annulation, la préfète de l'Oise, d'une part, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé l'Algérie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, et, d'autre part, l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. M. B relève appel du jugement du 27 mars 2024 par lequel le tribunal administratif d'Amiens a rejeté ses demandes tendant à l'annulation de ces arrêtés.

3. En premier lieu, par un arrêté du 30 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, la préfète de l'Oise a donné délégation à M. Frédéric Bovet, secrétaire général de la préfecture de l'Oise, sous-préfet de Beauvais, à l'effet de signer en toutes matières, tous actes, arrêtés, correspondances, décisions, requêtes et circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Oise à l'exclusion de certaines mesures limitativement énumérées au nombre desquelles ne figure pas l'arrêté attaqué. Il est notamment précisé que cette délégation comprend la signature de toutes les décisions et tous les actes de procédure prévus par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence du signataire des décisions contestées doivent être écartés.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en exécution de cette obligation, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne.

5 Il ressort des pièces du dossier que M. B a été entendu par les services de police le 18 mars 2024 à la suite de son interpellation, notamment sur l'irrégularité de son séjour en France ainsi que sur les observations qu'il avait à formuler en cas de décision d'éloignement, éventuellement assortie d'une assignation à résidence, d'une interdiction de retour en France ou d'un placement en centre de rétention administrative. Dans ces conditions, et alors que l'intéressé n'allègue pas avoir sollicité en vain un entretien auprès des services préfectoraux, ni même avoir été empêché de présenter des observations ou des documents avant que ne soit prise la décision d'éloignement à son encontre, les moyens tirés de la méconnaissance de son droit à être entendu préalablement à l'édiction des décisions contestées doivent être écartés.

6. En troisième lieu, l'arrêté en cause vise les textes dont il fait application et comporte les considérations de fait qui en constituent le fondement. Il n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments afférents à la situation personnelle et familiale de M. B, mais en mentionne les éléments pertinents. Il comporte des considérations de fait suffisamment détaillées pour mettre l'intéressé à même de comprendre les motifs des décisions qui lui sont opposées. La décision portant obligation de quitter le territoire français, celle refusant un délai de départ volontaire et celle fixant le pays de destination sont suffisamment motivées au regard de l'ensemble des éléments figurant dans l'arrêté. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. B déclare être entré en France en 2022 sous couvert d'un visa de court séjour expirant le 24 novembre 2022, sans toutefois avoir demandé de titre de séjour depuis cette date alors qu'il justifie de la perception de salaires en qualité d'intérimaire entre les mois de mai 2023 et mars 2024. S'il soutient par ailleurs que son père réside en Espagne et que ses frères résident en France, il ne saurait être dépourvu de toute attache en Algérie où il a vécu jusqu'à ses 33 ans. En outre, son épouse de même nationalité est également en situation irrégulière sur le territoire français et la situation des enfants est indissociable de celle de leurs parents et la cellule familiale pourra se reconstituer dans le pays d'origine où les enfants pourront poursuivre leur scolarité. Dans ces conditions, la préfète de l'Oise a pu, sans méconnaître le droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale, et sans porter une atteinte disproportionnée à l'intérêt supérieur des enfants, prendre les décisions contestées. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées doivent être écartés.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / () ". Aux termes de l'article L. 612-2 de ce même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Et, en vertu de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () ".

10. M. B ne saurait utilement se prévaloir d'une erreur d'appréciation de ses garanties de représentation à l'encontre de la décision fixant le pays de destination. A supposer que ce moyen soit soulevé à l'encontre de la décision portant refus de délai de départ volontaire, par l'application combinée des articles précités, alors que M. B est entré en France en 2022 sous couvert d'un visa de court séjour expirant le 24 novembre 2022, sans toutefois avoir demandé de titre de séjour depuis cette date et qu'il n'a pas de document de voyage, la préfète de l'Oise était fondée à prononcer un refus de délai de départ volontaire sur le fondement de l'article L. 612-3. Par suite, le moyen tiré d'une erreur quant à ses garanties de représentation doit être écarté.

11. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français " et selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

12. Il ressort des pièces du dossier que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an à compter de la date d'exécution de la mesure d'éloignement vise l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne que l'intéressé ne justifie d'aucune circonstance humanitaire de nature à s'opposer à la décision contestée et comporte la date d'entrée de l'appelant sur le territoire français, la nature de ses attaches en France, le fait qu'il n'a jamais fait l'objet de mesure d'éloignement et que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.

13. En dernier lieu, eu égard à ce qui a été précédemment indiqué, alors que ni l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, ni celle de la décision refusant un délai de départ volontaire ne sont établies, M. B n'est pas fondé à exciper de leur illégalité par voie d'exception à l'encontre des décisions contestées.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, par suite, de la rejeter en toutes ses conclusions, y compris celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Akhzam.

Copie en sera transmise, pour information, à la préfète de l'Oise.

Fait à Douai, le 23 juillet 2024.

La présidente de la 1ère chambre,

Signé : G. Borot

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Par délégation,

La greffière,

Nathalie Romero

N°24DA00734

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