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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-24DA01002

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-24DA01002

mercredi 20 novembre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-24DA01002
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation2e chambre - formation à 3
Avocat requérantLEQUIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Lille d'annuler les deux arrêtés du 3 février 2024 par lesquels le préfet du Nord, d'une part, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an et d'autre part, l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Par un jugement n° 2401163 du 25 avril 2024, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 mai 2024, M. A, représenté par Me Lequien demande à la cour, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet du Nord en date du 3 février 2024 en tant qu'il l'oblige à quitter le territoire français et qu'il fixe le pays de destination ainsi que l'arrêté du préfet du Nord en date du 3 février 2024 portant assignation à résidence, ou, à titre subsidiaire, de surseoir à statuer sur les conclusions de la requête jusqu'à ce que l'autorité judiciaire se soit prononcée sur la question de savoir s'il possède la nationalité française et de transmettre cette question préjudicielle au tribunal judiciaire de Lille ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761- 1 du code de justice administrative.

Il soutient que le préfet a commis une erreur de droit dès lors qu'il détient la nationalité française par filiation en application de l'article 18 du code civil, sa mère s'étant vu reconnaître la nationalité française par un jugement du tribunal de grande instance de Lille du 12 juillet 2019.

La requête et l'ensemble des pièces de la procédure ont été communiqués au préfet du Nord, qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les observations de Me Lequien, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 29 mars 1993 à Tizi-Ouzou (Algérie), est entré en France le 11 janvier 2023 sous couvert d'un visa de court séjour. Il a été interpellé à Lille le 2 février 2024 et a fait l'objet, le 3 février 2024, de deux arrêtés par lesquels le préfet du Nord, d'une part, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an, et, d'autre part, l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. L'intéressé relève appel du jugement de la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Lille du 25 avril 2024 en tant que ce jugement a rejeté sa demande d'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et l'assignant à résidence.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 110-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sont considérées comme étrangers au sens du présent code les personnes qui n'ont pas la nationalité française, soit qu'elles aient une nationalité étrangère, soit qu'elles n'aient pas de nationalité. ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 18 du code civil : " Est français l'enfant dont l'un des parents au moins est français. ". Aux termes de l'article 20 du même code : " L'enfant qui est français en vertu des dispositions du présent chapitre est réputé avoir été français dès sa naissance, même si l'existence des conditions requises par la loi pour l'attribution de la nationalité française n'est établie que postérieurement () ". Il résulte des dispositions de l'article 30 du code civil que la charge de la preuve en matière de nationalité française incombe à celui dont la nationalité est en cause, sauf s'il est titulaire d'un certificat de nationalité française et que l'exception de nationalité ne constitue, en vertu de l'article 29 du code civil, une question préjudicielle que si elle présente une difficulté sérieuse.

4. Si la demande de M. A auprès du tribunal judiciaire de Lille tendant à la délivrance d'un certificat de nationalité française a fait l'objet d'un accusé de réception du 18 juillet 2023, il ressort des pièces du dossier que cette demande est toujours en cours d'instruction et que l'intéressé ne dispose pas d'un tel certificat. Toutefois, l'appelant produit, pour la première fois en appel, un jugement du 12 juillet 2019, devenu définitif, par lequel le tribunal de grande instance de Lille a reconnu la nationalité française de sa mère, Mme . La filiation entre M. A et Mme est en outre établie par une copie d'acte de naissance du 17 mai 2023 produite par l'intéressé. Compte tenu de ces éléments, qui ne sont au demeurant pas contestés par l'autorité préfectorale qui n'a pas produit d'observations dans le cadre de la présente instance, M. A, dont la mère a obtenu la nationalité française, doit être regardé comme bénéficiant également de la nationalité française, sans que cette question ne présente de difficulté sérieuse. Il ne pouvait, dès lors, pas légalement faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Par suite, il y a lieu d'annuler l'obligation de quitter le territoire français, et par voie de conséquence, la décision fixant le pays de destination, contenues dans l'arrêté du préfet du Nord en date du 3 février 2024 ainsi que l'arrêté distinct du 3 février 2024 portant assignation à résidence.

5. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande d'annulation de l'arrêté du préfet du Nord en date du 3 février 2024 en tant qu'il l'oblige à quitter le territoire français et qu'il fixe le pays de destination ainsi que de l'arrêté du préfet du Nord en date du 3 février 2024 portant assignation à résidence.

Sur les frais liés au litige :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : L'arrêté du préfet du Nord en date du 3 février 2024 est annulé en tant qu'il oblige M. A à quitter le territoire français et qu'il fixe son pays de destination.

Article 2 : L'arrêté du préfet du Nord en date du 3 février 2024 portant assignation à résidence est annulé.

Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le jugement n° 2401163 du 25 avril 2024 du tribunal administratif de Lille est réformé en ce qu'il a de contraire au présent arrêt.

Article 5 : Le présent arrêt sera notifié, à M. B A, au préfet du Nord et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience publique du 22 octobre 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Benoît Chevaldonnet, président de chambre,

- M. Laurent Delahaye, président-assesseur,

- M. Guillaume Vandenberghe, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 novembre 2024.

Le rapporteur,

Signé : G. CLe président de chambre

Signé : B. Chevaldonnet

La greffière,

Signé : A-S. Villette

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

par délégation,

La greffière

N°24DA01002

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