jeudi 19 décembre 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Douai |
| Section | Cour administrative d'appel de Douai |
| N° Dossier | CAA59-24DA01145 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 4e chambre - formation à 3 |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B D a demandé au tribunal administratif de A d'annuler l'arrêté du 19 janvier 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
Par un jugement n° 2400491 du 21 mai 2024, le tribunal administratif de A a annulé cet arrêté, a enjoint à l'autorité préfectorale de délivrer à M. D une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement et a mis à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Procédures devant la cour :
I. Par une requête, enregistrée le 13 juin 2024, sous le numéro 24DA01145, le préfet de la Seine-Maritime demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) de rejeter la demande présentée par M. D devant le tribunal administratif de A.
Il soutient que :
- c'est à tort que le tribunal administratif a estimé que l'arrêté attaqué portait une atteinte disproportionnée à l'intérêt supérieur de son enfant et que l'intéressé participait à l'entretien et à l'éducation de cet enfant ;
- il s'en rapporte, s'agissant des autres moyens, à ses écritures de première instance.
La requête a été communiquée à M. D qui n'a pas produit de mémoire.
Par une ordonnance du 1er octobre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 octobre 2024.
II. Par une requête, enregistrée le 13 juin 2024, sous le numéro 24DA01146, le préfet de la Seine-Maritime demande à la cour d'ordonner, sur le fondement de l'article R. 811-15 du code de justice administrative, le sursis à exécution de ce jugement.
Il présente le même moyen que dans sa requête n° 24DA011145.
La requête a été communiquée à M. D qui n'a pas produit de mémoire.
Par une ordonnance du 1er octobre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 octobre 2024.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Pin, président-assesseur, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant de la République du Congo, est entré en France le 9 juin 2018. Il a sollicité, en dernier lieu, le 8 novembre 2023 son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 19 janvier 2024, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de faire droit à cette demande, a obligé l'intéressé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par un jugement du 21 mai 2024, le tribunal administratif de A a annulé cet arrêté, a enjoint au préfet de délivrer à M. D un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement et a mis une somme de 1 000 euros à la charge de l'Etat au titre des frais de l'instance. Par deux requêtes distinctes, qu'il y a lieu de joindre, le préfet de la Seine-Maritime relève appel de ce jugement et demande à la cour d'en ordonner le sursis à exécution.
Sur le moyen d'annulation retenu par le tribunal administratif :
2. Aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
3. M. D fait valoir qu'il est le père d'une enfant née le 5 avril 2022 et que la mère de cette enfant, de nationalité arménienne, réside régulièrement en France sous couvert d'une carte de résident de longue durée-UE, valable du 11 octobre 2021 au 10 octobre 2031.
4. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que cette enfant a été confiée, dans l'urgence, sur décision du procureur de la République, aux services de l'aide sociale à l'enfance dès le 18 mai 2022, en raison de troubles psychiatriques dont souffre sa mère. Par un jugement du 1er juin 2022, le tribunal pour enfants de A a confirmé le placement de cette enfant jusqu'au 31 décembre 2022 en relevant que ses parents ne lui avaient pas rendu visite depuis son placement provisoire. Il ressort du jugement de ce même tribunal du 30 novembre 2022, renouvelant le placement de l'enfant pour un an, que M. D, qui a indiqué ne plus avoir de contact avec la mère de sa fille, avait fait part de son souhait de prolonger le placement de son enfant. Par un jugement du 13 novembre 2023, ce tribunal a maintenu le placement de l'enfant auprès de l'aide sociale à l'enfance jusqu'au 30 novembre 2024 et a accordé à M. D un droit de visite en présence partielle d'un tiers. L'attestation établie le 29 mars 2023 par une éducatrice, se bornant à indique que l'intéressé " honore de manière régulière les visites médiatisées avec sa fille ", ne suffit pas à établir que M. D se serait rendu à l'ensemble des rendez-vous bimensuels fixés par le service d'aide sociale à l'enfance. En outre, il n'apporte aucun élément de nature à justifier de visites à sa fille postérieurement à cette attestation. La production de trois factures, établies les 11 mai 2022 et 29 décembre 2023, pour un montant total de 114 euros, ne suffit pas à établir le caractère significatif et continu d'une contribution à l'entretien et à l'éducation de l'enfant.
5. Il résulte de ce qui précède que le préfet de la Seine-Maritime est fondé à soutenir que c'est à tort que le tribunal administratif de A a retenu le moyen tiré de la méconnaissance du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant pour annuler l'arrêté du 19 janvier 2024.
6. Il appartient toutefois à la cour, saisie de l'ensemble du litige par l'effet dévolutif de l'appel, d'examiner les autres moyens soulevés par M. D à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de cet arrêté.
Sur les autres moyens soulevés par M. D :
7. En premier lieu, l'arrêté attaqué énonce les éléments de droit et de fait sur lesquels elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.
8. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. D, entré en France en 2018 à l'âge de vingt-sept ans, est, ainsi qu'il ressort notamment des mentions du jugement du tribunal pour enfants de A du 30 novembre 2022, séparé de la mère de sa fille, dont il a été dit précédemment qu'il ne justifiait pas subvenir à l'entretien ni à l'éducation. M. D n'est pas isolé dans son pays d'origine où il a vécu pour l'essentiel et où vivent notamment son épouse et ses deux enfants mineurs, nés en 2014 et 2016. En outre, l'intimé, qui a au demeurant fait l'objet de trois mesures d'éloignement en 2021, 2022 et 2023, qu'il n'a pas exécutées, ne justifie pas d'une intégration particulière. Eu égard notamment à la durée et aux conditions du séjour de M. D en France, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas, en prenant l'arrêté attaqué, pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Il n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'a pas davantage entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.
9. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux qui ont été exposés précédemment, M. D ne justifie pas de circonstances exceptionnelles ou humanitaires impliquant que lui soit délivré un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
10. Il résulte de tout ce qui précède que le préfet de la Seine-Maritime est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de A a annulé l'arrêté du 19 janvier 2024, lui a enjoint délivrer à M. D une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois et a mis à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros au titre des frais liés au litige.
11. La cour statuant au fond par le présent arrêt sur les conclusions à fin d'annulation du jugement du tribunal administratif de A du 21 mai 2024, les conclusions de la requête n° 24DA01146 tendant à ce qu'il soit sursis à l'exécution du même jugement sont devenues sans objet. Il n'y a dès lors pas lieu d'y statuer.
DECIDE :
Article 1er : Le jugement du tribunal administratif de A du 21 mai 2024 est annulé.
Article 2 : La demande présentée par M. D devant le tribunal administratif de A est rejetée.
Article 3 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin de sursis à exécution de la requête n° 24DA01146.
Article 4 : Le présent arrêt sera notifié au ministre de l'intérieur et à M. B D.
Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 5 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Marc Heinis, président de chambre,
- M. François-Xavier Pin, président-assesseur,
- M. Jean-François Papin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2024.
Le président-rapporteur,
Signé : F.-X. Pin
Le président de chambre,
Signé : M. CLa greffière,
Signé : N. Diyas
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Par délégation,
La greffière,
Elisabeth Héléniak
N°24DA01145, 24DA01146
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026