mercredi 30 avril 2025
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Douai |
| Section | Cour administrative d'appel de Douai |
| N° Dossier | CAA59-24DA01563 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1re chambre - formation à 3 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er août 2024, la société par actions simplifiée (SAS) Licourt Energies, représentée par Me Elfassi, demande à la cour :
1°) d'annuler la décision implicite du 21 avril 2024 par laquelle le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer l'autorisation environnementale présentée le 22 juin 2021 ;
2°) de lui délivrer l'autorisation environnementale sollicitée ;
3°) d'enjoindre, au préfet de la Somme de procéder aux formalités de publicité de l'arrêt à intervenir selon les modalités prévues à l'article R. 181-44 du code de l'environnement, dans un délai de 15 jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir ;
4°) subsidiairement, d'enjoindre au préfet de la Somme de délivrer l'autorisation sollicitée dans un délai de 15 jours à compter de l'arrêt à intervenir ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est recevable ;
- la décision de refus est entachée d'un défaut de motivation, dans la mesure où le préfet n'a pas déféré à sa demande de communication des motifs, en méconnaissance de l'article L.232-4 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est fondée à obtenir l'autorisation sollicitée, dès lors que l'instruction de sa demande est suffisante.
La requête a été communiquée le 29 août 2024 au préfet de la Somme, qui n'a pas présenté de mémoire.
Par une ordonnance du 27 janvier 2025, la clôture de l'instruction a été prononcée au 27 février 2025 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Vérisson, rapporteur,
- les conclusions de M. Eustache, rapporteur public,
- et les observations de Me Kabra, représentant la société Licourt Energies.
Considérant ce qui suit :
1. Par une demande déposée le 22 juin 2021 complétée les 4 octobre 2021 et 15 mai 2023, la société Licourt Energies a sollicité une autorisation environnementale en vue d'exploiter trois aérogénérateurs et un poste de livraison sur les communes de Licourt et de Morchain. Par arrêté du 19 février 2024, le délai d'instruction de la demande de la société pétitionnaire a été prolongé jusqu'au 20 avril 2024. Par un courriel du 24 avril 2024, le service instructeur chargé de l'instruction de la demande a fait savoir à la société que sa demande a été implicitement rejetée le 21 avril 2024. La société Licourt Energies demande à la cour d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande d'autorisation.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'intervention de la décision implicite de rejet de la demande :
2. Aux termes de l'article R. 181-41 du code de l'environnement : " Le préfet statue sur la demande d'autorisation environnementale dans les deux mois à compter du jour de l'envoi par le préfet du rapport et des conclusions du commissaire enquêteur au pétitionnaire en application de l'article R. 123-21, sous réserve des dispositions de l'article R. 214-95, ou dans le délai prévu par le calendrier du certificat de projet lorsqu'un tel certificat a été délivré et que l'administration et le pétitionnaire se sont engagés à le respecter. / Ce délai est toutefois prolongé d'un mois lorsque l'avis de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites ou celui du conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques est sollicité sur le fondement de l'article R. 181-39. / Ces délais peuvent être prorogés par arrêté motivé du préfet dans la limite de deux mois, ou pour une durée supérieure si le pétitionnaire donne son accord. () ". Aux termes de l'article R. 181-42 du même code : " Le silence gardé par le préfet à l'issue des délais prévus par l'article R. 181-41 pour statuer sur la demande d'autorisation environnementale vaut décision implicite de rejet. ".
3. Il n'est pas contesté que, par courrier du 20 décembre 2023, le préfet de la Somme a transmis le rapport et les conclusions du commissaire-enquêteur à la société Licourt Energies le jour-même. Le délai de trois mois au terme duquel devait naître une décision implicite de rejet a donc commencé à courir à compter de cette date.
4. Le préfet a, par arrêté du 19 février 2024, prolongé le délai d'instruction jusqu'au 20 avril 2024. En l'absence d'élément contraire, cette prolongation du délai d'instruction doit être regardée comme ayant reçu l'accord de la société pétitionnaire.
5. Il résulte de ce qui précède qu'un refus tacite de l'autorisation est bien né le 21 avril 2024.
En ce qui concerne la motivation de la décision implicite de rejet de la demande :
6. D'une part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 7° Refusent une autorisation () ".
7. Il résulte de cette disposition qu'une décision refusant une autorisation environnementale unique doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.
8. D'autre part, aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".
9. Il résulte de l'instruction que la société Licourt Energies a demandé au préfet de la Somme les motifs du rejet de sa demande d'autorisation, par un courrier du 6 mai 2024, notifié le 13 mai 2024 et resté sans réponse.
10. Dès lors, en l'absence de communication des motifs dans le délai d'un mois, la décision implicite de refus d'autorisation se trouve entachée d'un défaut de motivation et doit être annulée.
11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'autre moyen de la requête, que la société Licourt Energies est fondée à demander l'annulation de la décision implicite du 21 avril 2024 par laquelle le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer l'autorisation environnementale sollicitée.
Sur les conclusions tendant à la délivrance de l'autorisation sollicitée et à titre subsidiaire à fin d'injonction :
12. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent arrêt implique seulement que la demande d'autorisation soit réexaminée. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet de la Somme de procéder à ce réexamen, dans un délai qu'il y a lieu de fixer à quatre mois à compter de la notification du présent arrêt. Les conclusions de la société Licourt Energies tendant à ce que la cour délivre cette autorisation ou enjoigne au préfet de la lui délivrer doivent, en conséquence, être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante à l'instance, la somme de 2 000 euros à verser à la société Licourt Energies sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1er : La décision implicite née le 21 avril 2024 par laquelle le préfet de la Somme a refusé de délivrer à la société Licourt Energies l'autorisation d'exploiter trois éoliennes et un poste de livraison sur le territoire des communes de Licourt et Morchain est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Somme de procéder au réexamen de la demande de la société Licourt Energies dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent arrêt.
Article 3 : L'Etat versera à la société Licourt Energies une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de la société Licourt Energies est rejeté.
Article 5 : Le présent arrêt sera notifié à la SAS Licourt Energies, au préfet de la Somme et au ministre de la transition écologique, de la biodiversité, de la forêt, de la mer et de la pêche et au préfet de la Somme.
Délibéré après l'audience publique du 10 avril 2025 à laquelle siégeaient :
- Mme Borot, présidente de chambre,
- Mme Legrand, présidente-assesseure,
- M. Vérisson, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2025.
Le rapporteur,
Signé : D. VérissonLa présidente de la 1ère chambre,
Signé : G. Borot
La greffière,
Signé : N. Roméro
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique, de la biodiversité, de la forêt, de la mer et de la pêche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
Par délégation,
La greffière,
Nathalie Roméro
N°24DA01563
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026