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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-20LY03432

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-20LY03432

mercredi 15 mars 2023

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-20LY03432
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre - formation à 3
Avocat requérantSELARL ITINERAIRES AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

Mme C A B a demandé au tribunal administratif de Lyon : 1°) d'annuler l'arrêté du 26 novembre 2018 par lequel le président du conseil départemental de l'Ain l'a admise à la retraite pour invalidité à compter du 1er septembre 2018, ensemble la décision rejetant son recours gracieux ; 2°) d'enjoindre au président du conseil départemental de l'Ain de la réintégrer dans les effectifs de la collectivité jusqu'à son admission à la retraite et de régulariser sa situation administrative et financière entre le 1er septembre 2018 et le 1er janvier 2021 ; 3°) de mettre à la charge du département de l'Ain une somme de 2 720 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens.

Par un jugement n° 1903097 du 30 septembre 2020, le tribunal administratif de Lyon a annulé les décisions litigieuses, a enjoint au président du conseil départemental de l'Ain de réintégrer Mme A B et de régulariser sa situation, dans un délai de deux mois, a mis à la charge du département de l'Ain les frais d'expertise et le versement à Mme A B d'une somme de 1 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Procédure devant la cour

Par une requête, enregistrée le 25 novembre 2020, le département de l'Ain représenté par la SELARL Itinéraires avocats, agissant par Me Verne, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Lyon du 30 septembre 2020 ;

2°) de rejeter les demandes présentées par Mme A B devant ce tribunal ;

3°) de mettre à la charge de Mme A B les frais d'expertise ainsi qu'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le tribunal administratif ne pouvait se fonder sur des certificats établis postérieurement à la décision de mise à la retraite pour invalidité et qui se prononcent sur l'état de santé de Mme A B à la date à laquelle ils ont été établis ;

- en tout état de cause, ces éléments médicaux ne pouvaient, sans erreur d'appréciation, remettre en cause le constat d'inaptitude définitive de Mme A B à ses fonctions ;

- la décision litigieuse a été prise à l'issue d'une procédure régulière, et la commission de réforme était régulièrement constituée.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 5 octobre 2021 et 30 mars 2022, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, Mme A B, représentée par la Selarl ISEE, agissant par Me Delay, conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 1 000 euros soit mise à la charge du département de l'Ain en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés sont infondés.

Par ordonnance du 28 février 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 31 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des comités médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux ;

- le décret n° 2003-1306 du 26 décembre 2003 relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales ;

- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;'

- le code de justice administrative ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bénédicte Lordonné, première conseillère ;

- les conclusions de M. Samuel Deliancourt, rapporteur public ;

- et les observations de Me Auger pour le département de l'Ain ainsi que celles de Me Lumbreras pour Mme A B.

Et après avoir pris connaissance de la note en délibéré présentée pour le département de l'Ain, enregistrée le 1er mars 2023 ;

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A B, adjointe technique territoriale principale de 2ème classe, a contesté la décision du 26 novembre 2018 par laquelle le président du conseil départemental de l'Ain a prononcé son admission à la retraite pour invalidité, ainsi que la décision du 20 février 2019 rejetant son recours gracieux. Le département de l'Ain relève appel du jugement du 30 septembre 2020 par lequel le tribunal administratif de Lyon a annulé ces décisions et lui a enjoint de réintégrer l'intéressée.

Sur le bien-fondé du jugement :

2. Aux termes de l'article 30 du décret du 26 décembre 2003 visé ci-dessus : " Le fonctionnaire qui se trouve dans l'impossibilité définitive et absolue de continuer ses fonctions par suite de maladie, blessure ou infirmité grave dûment établie peut être admis à la retraite () d'office () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme A B, exerçant les fonctions d'agent d'entretien affecté au sein du collège Louis Dumont à Bellegarde, a souffert d'un traumatisme crânien et d'une lésion du cuir chevelu après avoir heurté une fenêtre. Mme A B a présenté, dans les suites de cet accident de service survenu le 29 juin 2006, des épisodes itératifs de céphalées. En exécution du jugement définitif du tribunal administratif de Lyon du 7 février 2018, qui a retenu l'existence d'un lien direct entre cette affection et l'accident de service, la rectrice de l'académie de Lyon a décidé que les arrêts de travail du 12 mai 2015 au 13 juillet 2015 devaient être pris en charge au titre de la législation sur les accidents de travail. Mme A B a également rencontré à compter du mois de décembre 2009, des douleurs à l'épaule droite, imputables au service. Les examens médicaux ont permis de diagnostiquer une rupture de la coiffe des rotateurs, d'abord traitée par anti-inflammatoires, puis ayant justifié deux chirurgies les 15 novembre 2010 et 16 avril 2012. Malgré une bonne récupération fonctionnelle de l'épaule au niveau des amplitudes articulaires, Mme A B, dont le membre supérieur droit restait invalidant et douloureux, n'a pu reprendre son activité professionnelle qu'à temps partiel thérapeutique à 50 % pour une durée de trois mois à compter du 23 septembre 2013 et au bénéfice d'un changement d'affectation sur le poste d'accueil au collège Louis Vuitton, à Saint-Trivier-de-Courtes. Mme A B, qui se serait retrouvée isolée sur ce nouveau poste, a souffert d'un syndrome anxio-dépressif en 2015. Elle a également subi une aggravation de la symptomatologie de l'épaule droite en juin 2016. Une IRM réalisée le 7 septembre 2016 a mis en évidence une rupture itérative partielle de l'infra-épineux, mais sans indication chirurgicale, ce qui a motivé un nouvel arrêt de travail à compter du 15 mai 2015. A l'expiration de ses droits à congé maladie, elle a été placée en disponibilité d'office à compter du 12 mai 2016, position maintenue jusqu'au 1er septembre 2018, date de sa mise à la retraite pour invalidité définitive.

4. Pour prononcer la mise à la retraite pour invalidité de Mme A B, après avis favorable de la commission de réforme du 8 février 2018, la rectrice de l'académie de Lyon s'est fondée sur les conclusions des rapports des 18 septembre 2017 et 9 octobre 2017. Le psychiatre agréé mandaté a conclu dans son expertise que " la notion de souffrance physique induite par sa pathologie scapulaire et de souffrance psychique induite par ce travail statique qui lui avait été proposé tend à la rendre inapte à ses fonctions et à toutes fonctions ". Le rhumatologue a estimé le 9 octobre 2017 que " l'intéressée est inapte à ses fonctions et à toute fonction. Une retraite pour invalidité est à envisager. ". Son rapport indique que l'intéressée évoque des douleurs permanentes au niveau de son épaule droite, y compris la nuit, qu'elle doit prendre de façon quotidienne des antalgiques et qu'il existe un retentissement fonctionnel sur tous les gestes de la vie quotidienne.

5. Pour annuler la décision en litige, les premiers juges se sont fondés sur des certificats médicaux produits par Mme A B au soutien de sa contestation, postérieurs à son admission à la retraite pour invalidité, envisageant sa reprise d'activité, ainsi que l'expertise médicale du 4 avril 2020, laquelle mentionne que " du fait de la pathologie de l'épaule droite, elle est inapte au port répété de charges lourdes et aux travaux avec les membres supérieurs en hauteur. Néanmoins, elle n'est pas inapte à tout travail et pourrait tout à fait satisfaire à un emploi sans efforts importants et répétés avec les membres supérieurs " et reflète l'état de santé de l'intéressée à la date à laquelle elle a été établie, plus d'une année après la mise à la retraite pour invalidité de Mme A B. A supposer que le certificat du 14 mars 2019 par lequel la chirurgienne qui suit Mme A B depuis 2011 mentionne qu'elle " pense que l'épaule droite de Mme A B est fonctionnelle " et l'attestation du 9 juillet 2019 établie par son médecin généraliste qui mentionne que " l'état de santé de Mme A B pourrait être compatible avec une reprise du travail avec néanmoins une nécessité probable de restriction de type de poste ou de type de gestes à évaluer par expertise ou médecin du travail " permettent d'apprécier l'état de santé de Mme A B à la date de la décision attaquée, eu égard notamment aux termes dans lesquels ils sont rédigés, ils ne permettent pas de contester sérieusement le constat de l'invalidité à titre définitif de Mme A B. Il en est de même de l'expertise précitée, qui ne suffit pas à elle seule à contredire les conclusions des rapports précités, lesquels ont, de façon concordante, conclu à son inaptitude définitive et absolue à toutes fonctions, avis partagé par le comité médical de l'Ain, la commission de réforme et la CNRACL dans leurs avis respectifs. Ainsi c'est à tort que le tribunal s'est fondé sur ce motif pour annuler la décision du 26 novembre 2018 et la décision rejetant le recours gracieux formé à l'encontre de cette décision.

6. Il appartient à la cour, saisie de l'ensemble du litige par l'effet dévolutif de l'appel, d'examiner les autres moyens soulevés par les parties tant devant le tribunal administratif de Lyon que devant la cour.

7. Aux termes de l'article 19 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986, relatif à l'organisation des comités médicaux départementaux et des commissions de réforme dispose en son alinéa 6 : " Le fonctionnaire est invité à prendre connaissance, personnellement ou par l'intermédiaire de son représentant, de la partie administrative de son dossier. Un délai minimum de huit jours doit séparer la date à laquelle cette consultation est possible de la date de la réunion de la commission de réforme ; il peut présenter des observations écrites et fournir des certificats médicaux ". Aux termes de l'article 14 de l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière : " Le secrétariat de la commission de réforme convoque les membres titulaires et l'agent concerné au moins 15 jours avant la date de la réunion. La convocation mentionne la liste des dossiers à examiner, les références de la collectivité ou de l'établissement employeur, l'objet de la demande d'avis. Chaque dossier à examiner fait l'objet, au moment de la convocation à la réunion, d'une note de présentation, dans le respect du secret médical ". Aux termes de son article 16 : " () 10 jours au moins avant la réunion de la commission, le fonctionnaire est invité à prendre connaissance, personnellement ou par l'intermédiaire de son représentant, de son dossier dont la partie médicale peut lui être communiquée, sur sa demande, par l'intermédiaire d'un médecin: il peut présenter des observations écrites et fournir des certificats médicaux () ".

8. D'une part, il ne ressort d'aucune pièce du dossier, en l'absence d'accusé de réception de ce courrier, que Mme A B aurait reçu le courrier de convocation daté du 25 janvier 2018, à la réunion de la commission de réforme, qui s'est tenue le 8 février 2018, dans le respect des délais minimums de huit et de dix jours prescrits par l'article 19 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 précité, alors même que l'intéressée indique dans ses écritures de première instance qu'elle n'en a pris connaissance que début février. D'autre part, Mme A B n'a pas été convoquée au moins quinze jours avant le début de la réunion de la commission de réforme en méconnaissance de l'article 14 de l'arrêté du 4 août 2004. Dès lors, la consultation de la commission de réforme doit être regardée comme ayant été irrégulièrement menée. Au demeurant l'intéressée n'a pas comparu lors de la séance de la commission de réforme ainsi qu'il résulte du procès-verbal produit dans l'instance. Une telle irrégularité a été de nature à priver Mme A B d'une garantie substantielle.

9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de première instance, que le département de l'Ain n'est pas fondé à se plaindre de ce que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Lyon a annulé l'arrêté du 26 novembre 2018 et la décision rejetant le recours gracieux de Mme A B.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que Mme A B soit condamnée à verser la somme que le département de l'Ain réclame au titre des frais d'instance. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par Mme A B et de mettre à la charge du département de l'Ain le versement à Mme A B d'une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête du département de l'Ain est rejetée.

Article 2 : Le département de l'Ain versera à Mme A B une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié au département de l'Ain et à Mme C B.

Délibéré après l'audience du 28 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gilles Fédi, président-assesseur, assurant la présidence de la formation de jugement en application de l'article R. 222-26 du code de justice administrative,

Mme Bénédicte Lordonné, première conseillère,

Mme Sophie Corvellec, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mars 2023.

La rapporteure,

Bénédicte LordonnéLe président,

Gilles Fédi

La greffière,

Sandra Bertrand

La République mande et ordonne au préfet de l'Ain en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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