mardi 20 décembre 2022
| Juridiction | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| Section | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| N° Dossier | CAA69-21LY02456 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 7ème chambre - formation à 3 |
| Avocat requérant | VEDESI - SCP SCHMIDT VERGNON PELISSIER THIERRY EARD-AMINTHAS & TISSOT |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure
M. D B a demandé au tribunal administratif de Lyon d'annuler la décision, lui ayant été notifiée le 16 septembre 2019, par laquelle le directeur départemental de la sécurité publique du Rhône lui a infligé la sanction disciplinaire du blâme.
Par un jugement n° 1908492 du 17 mai 2021, la magistrate désignée par la présidente du tribunal a rejeté cette demande.
Procédure devant la cour
Par une requête et un mémoires enregistrés les 16 juillet 2021 et 13 mai 2022, M. B, représenté par Me Vergnon, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler la décision notifiée le 16 septembre 2019 ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- à titre principal, le jugement attaqué est irrégulier ; le premier juge a retenu un moyen, qui n'était pas d'ordre public et qui n'avait pas été soulevé par le préfet de la zone de défense et de sécurité du sud-est, tiré de ce qu'il avait été négligent dans la comptabilisation de ses congés pour caractériser une faute de nature à justifier une sanction ; le premier juge a également méconnu les dispositions de l'article R. 612-6 du code de justice administrative faute d'avoir regardé le préfet comme ayant acquiescé ; le premier juge a méconnu l'autorité de la chose jugée qui s'attache au jugement du tribunal administratif de Lyon du 16 décembre 2020 n° 1907962 qui portait sur les mêmes faits ;
- à titre subsidiaire, la sanction contestée est insuffisamment motivée au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et l'article 11 du décret n° 97-487 du 12 mai 1997, faute de précision suffisante des deux griefs lui étant faits ;
- cette sanction est entachée de vices de procédure, au regard du principe du contradictoire et des droits de la défense ; l'enquête administrative et par voie de conséquence la procédure disciplinaire ont été menées de manière partiale et à charge en l'absence de mise en œuvre de confrontations entre lui-même et d'autres agents, malgré des demandes en ce sens ; le déroulement de l'enquête administrative a été précisé par des directives du ministre de l'intérieur, soit la note PNCAB-11-004619-D du 27 juin 2011 et la note PN/CAB/N°2012-6367-D du 22 octobre 2012 ;
- la sanction contestée est fondée sur des faits matériellement inexacts, dès lors que la preuve de la réalité des faits reprochés n'est pas apportée ;
- cette sanction en ce qu'elle est fondée sur le premier grief lui étant reproché, méconnait l'autorité de la chose jugée qui s'attache au jugement du tribunal administratif de Lyon du 16 décembre 2020 n° 1907962 qui portait sur les mêmes faits ;
- le grief relatif à la non-déclaration de jours de congés afin d'alimenter son compte épargne temps n'est pas de nature à justifier une sanction, en l'absence de démonstration d'une faute ;
- la sanction en litige est disproportionnée, compte tenu de ses états de service.
Par un mémoire enregistré le 25 mars 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 14 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 octobre 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- la loi n° 84-961 du 25 octobre 1984 ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Chassagne, premier conseiller ;
- les conclusions de M. Rivière, rapporteur public ;
- et les observations de Me Vergnon, pour M. B ;
Considérant ce qui suit :
1.M. B, titulaire du grade de brigadier-chef de police, était affecté en qualité de formateur aux techniques de la sécurité en intervention (FTSI) au sein du centre départemental des stages et de la formation (CDSF) de la direction départementale de la sécurité publique (DDSP) du Rhône. A la suite d'une procédure disciplinaire, le directeur départemental de la sécurité publique (DDSP) du Rhône lui a infligé la sanction du blâme par une décision notifiée le 16 septembre 2019. M. B relève appel du jugement par lequel la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande d'annulation de cette décision.
Sur la régularité du jugement attaqué
2.Pour écarter, au point 5 du jugement attaqué, le moyen tiré de ce que M. B n'avait pas commis la faute qui lui était reprochée tenant à une alimentation indue de son compte épargne temps, le premier juge s'est borné, au regard des motifs de la décision contestée et en fonction des seuls éléments dont il disposait au dossier et qui, en dépit de l'absence de défense de l'administration, ont été soumis au débat contradictoire, à vérifier que ce grief était matériellement exact et de nature à justifier une sanction. Aucune irrégularité ne saurait donc être retenue à ce titre.
3.Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant. ". Un tel acquiescement n'est susceptible d'avoir d'incidence que sur l'appréciation du bien-fondé de la demande de première instance. Il suit de là que le moyen tiré de ce que le tribunal en aurait fait ici une application erronée, qui est sans effet utile sur la régularité elle-même du jugement attaqué, doit être écarté.
4.En dernier lieu, si M. B soutient que le premier juge a méconnu l'autorité de la chose jugée qui s'attache au jugement du tribunal administratif de Lyon du 16 décembre 2020 n° 1907962 qui portait sur des faits comparables, mais concernait un autre agent, un tel moyen relève seulement de la critique du bien-fondé de son jugement et non de sa régularité. Le moyen doit donc être écarté.
Sur le bien-fondé du jugement attaqué
5.En premier lieu, aux termes de l'article 19 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 dans leur rédaction alors en vigueur : " () / () la décision prononçant une sanction disciplinaire doivent être motivés. " Ces dispositions imposent à l'autorité qui prononce la sanction de préciser elle-même, dans sa décision, les griefs qu'elle entend retenir à l'encontre de l'agent concerné, de telle sorte que ce dernier puisse, à la seule lecture de cette décision, connaître les motifs de la sanction qui le frappe.
6.Il résulte de ses termes mêmes que la sanction disciplinaire contestée, qui mentionne les considérations de fait et les éléments de droit lui servant de fondement est motivée. Le moyen doit donc être écarté.
7.En deuxième lieu, ni les dispositions de la loi du 13 juillet 1983 ni celles du décret du 25 octobre 1984 relatif à la procédure disciplinaire concernant les fonctionnaires de l'État, en vigueur à la date de la décision contestée, ne prévoient les modalités selon lesquelles une enquête administrative préalable à une sanction disciplinaire doit être conduite. La note PN/CAB/N°2012-6367-D du 22 octobre 2012 ne prévoit aucune modalité d'investigation particulière et l'intéressé ne précise pas, dans la note PNCAB-11-004619-D du 27 juin 2011, celles de ses dispositions qu'il entendrait invoquer. Il ne ressort pas plus des pièces du dossier que l'enquête administrative conduite préalablement à la décision contestée serait entachée de partialité. Rien à cet égard n'imposait aux enquêteurs d'entendre toutes les personnes susceptibles de témoigner en sa faveur ou en sa défaveur ou de procéder à des confrontations, leur absence étant à elle seule insusceptible de caractériser une telle partialité. Le moyen tiré d'une méconnaissance du principe du contradictoire et des droits de la défense ne peut donc être admis.
8.En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que, par un jugement du 16 décembre 2020, le tribunal administratif de Lyon a prononcé l'annulation de la décision notifiée le 16 août 2019 par laquelle le DDSP du Rhône a infligé un blâme a un autre agent affecté au sein de l'unité " Techniques de sécurité en intervention " du CDSF. Toutefois, quand bien même cette décision a été prise dans le cadre de faits semblables à ceux ici en litige, elle n'a pas le même objet que la décision dont M. B a fait l'objet. Il est en conséquence sans autorité de chose jugée à l'égard de la sanction en litige. Le moyen ne saurait donc être retenu.
9.En quatrième lieu, et tout d'abord, la sanction infligée à M. B a été prise pour négligence professionnelle tenant à ce que, au cours de la période du 1er janvier 2016 au 17 août 2018, il a placé sur son compte épargne temps dix jours de congés sur les seize qu'il avait effectivement pris et mentionnés dans le logiciel dit " A " mais qu'il n'avait pas décomptés dans le logiciel dit " C ", et que, sciemment, il n'a pas contrôlé la cohérence entre ces deux logiciels. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des auditions réalisées dans le cadre de l'enquête administrative ainsi que de la note de service du 15 mai 2018 du DDSP du Rhône relative à la gestion du temps du temps de travail au sein de ces services que si l'intéressé ne pouvait et n'avait pas à vérifier la cohérence entre les mentions présentes dans les logiciels dits " A " et " C ", il apparaît que, pour prendre effectivement ses congés, il devait justifier d'un titre à cet effet, et non pas seulement mentionner des absences pour congés dans le logiciel dit " A ". Il ne conteste pas avoir placé en 2016 sur son compte épargne temps dix jours de congés qu'il avait par ailleurs pris et il ne pouvait ignorer que, n'ayant pas été préalablement décomptés du volume de jours de congés dont il bénéficiait, il n'y avait pas droit. Ce premier grief doit, dans ces conditions, être regardé comme établi.
10.Ensuite, et en ce qui concerne le manquement au devoir de loyauté qui lui est également reproché, il résulte d'un courriel du 13 août 2018 adressé au commandant du CDSF que le commandant divisionnaire, chef de la Bac a indiqué que l'un de ses agents l'avait informé que M. B prétendait que " les formateurs du SOSP vont avoir du boulot pour renforcer ton unité en septembre, car ceux-ci comptaient se mettre en position d'indisponibilité pour cause de maladie ", et il apparaît également qu'aux mois de septembre et d'octobre 2018, huit agents FTSI ont été en arrêt de travail pour maladie, et qu'un des agents avait d'ailleurs exprimé leur mécontentement s'agissant de l'absence de prise en compte des séances de tir par le SOPS à compter du 1er octobre. Eu égard à la combinaison de ces éléments, non sérieusement remis en cause par M. B, qui invoque essentiellement les déclarations d'autres agents FTSI durant l'enquête administrative, dont certains, tout comme lui-même, se sont également trouvés en arrêt de travail durant la même période, ce second grief doit être regardé comme établi.
11Ainsi, M. B n'est pas fondé à soutenir que la matérialité des faits retenus à son encontre ne serait pas établie.
12.En cinquième lieu, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
13.Les faits relevés plus haut, qui correspondent à une négligence professionnelle et à un manquement au devoir de loyauté, caractérisent une faute de nature à justifier une sanction. En dépit des états de service de l'intéressé, la sanction de blâme prise à l'encontre de l'intéressé n'apparait pas disproportionnée. Contrairement à ce que soutient M. B, la sanction dont il a fait l'objet n'est donc ni injustifiée ni disproportionnée.
14.Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à se plaindre de ce que, par le jugement attaqué, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la sanction disciplinaire du blâme lui ayant été notifiée le 16 septembre 2019. Sa requête doit donc, dans l'ensemble de ses conclusions, être rejetée.
DÉCIDE :
Article 1er :La requête de M. B est rejetée.
Article 2 :Le présent arrêt sera notifié à M. D B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022 à laquelle siégeaient :
M. Picard, président de chambre ;
M. Seillet, président assesseur ;
M. Chassagne, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.
Le rapporteur,
J. Chassagne
Le président,
V.-M. Picard La greffière,
A. Le Colleter
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
al
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00580
La Cour administrative d’appel de Marseille a examiné le recours de M. A..., ressortissant marocain, contre le refus de renouvellement de sa carte de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet du Var. La cour a rejeté la requête, confirmant le jugement du tribunal administratif de Toulon. Elle a estimé que le jugement attaqué était suffisamment motivé et que les moyens soulevés, notamment l’incompétence de l’auteur de l’acte, le vice de procédure lié à l’avis de la commission du titre de séjour, l’absence de trouble à l’ordre public, et la méconnaissance des articles 8 de la Convention européenne des droits de l’homme et 3 de la Convention internationale des droits de l’enfant, n’étaient pas fondés. La solution retenue s’appuie sur les dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00661
La Cour administrative d’appel de Marseille a rejeté la requête de Mme A..., agent contractuel de l’État, qui contestait son licenciement pour inaptitude physique et demandait réparation des préjudices moral et financier subis. La cour a estimé que l’administration avait respecté son obligation de reclassement et que la durée entre le placement en congé sans traitement et le licenciement n’était pas excessive. Elle a confirmé le jugement du tribunal administratif de Marseille en adoptant ses motifs, sans engager la responsabilité de l’État. Les textes appliqués sont le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 et le code de justice administrative.
04/05/2026