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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-21LY02599

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-21LY02599

mercredi 13 décembre 2023

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-21LY02599
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre - formation à 3
Avocat requérantCABINET ADDEN AVOCATS MEDITERRANEE (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

La Famille A B, la SARL Tallon Gempp architecture, la SARL Audigier Michel, la SARL Bonnet-Debard, la SAS Ferreira Bâtiment, la SAS Gontier et la SARL Méjean et fils ont demandé au tribunal administratif de Lyon d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 15 octobre 2020 par lequel la préfète de l'Ardèche a mis en demeure la Famille A B de régulariser la situation administrative du projet de construction du site Notre-Dame-des-Neiges à Saint-Pierre-le-Colombier (07450) et ordonné la suspension des travaux, subsidiairement, en tant qu'il met en demeure la Famille A B de régulariser sa situation administrative au titre des travaux des phases 1 et 2 du projet et qu'il suspend la réalisation de cette partie des travaux.

Par un jugement n° 2009118 du 27 mai 2021, le tribunal administratif de Lyon a rejeté cette demande.

Procédure devant la cour

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 28 juillet 2021, 31 mars 2023, 24 avril 2023 et 25 mai 2023, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, la Famille A B et autres, représentées par Adden avocats Méditerranée, agissant par Me Giudicelli, demandent à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Lyon du 27 mai 2021 ;

2°) d'annuler totalement l'arrêté du 15 octobre 2020, ou, subsidiairement, en tant qu'il met en demeure la Famille A B de régulariser sa situation administrative au titre des travaux des phases 1 et 2 du projet et qu'il suspend la réalisation de cette partie des travaux ;

3°) de rejeter les demandes présentées par l'association pour l'avenir de la vallée de la Bourges ;

4°) de mettre une somme de 3 000 euros à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- le litige conserve son objet dans la mesure où l'arrêté du 29 novembre 2022 n'est pas définitif et ne procède qu'à l'abrogation pour l'avenir de l'arrêté attaqué ;

- l'association pour l'avenir de la vallée de la Bourges, dont l'objet statutaire est très large, ne justifie pas d'un intérêt suffisant pour intervenir ;

- l'intervention volontaire de l'association est également entachée d'irrecevabilité en ce qu'elle ne vient pas au soutien des conclusions principales du ministre mais, au contraire, s'oppose à celles-ci ;

- c'est à tort que le tribunal a estimé que la préfète, qui devait porter sur les faits de l'espèce une appréciation in concreto, était en situation de compétence liée pour édicter la mise en demeure en litige, et a écarté comme inopérants ses moyens critiquant la légalité externe de l'arrêté attaqué ;

- l'arrêté du 15 octobre 2020 ne comporte pas la mention du nom et du prénom de son auteur en violation de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration et il est entaché d'incompétence ;

- l'arrêté du 15 octobre 2020 est insuffisamment motivé ;

- l'arrêté du 15 octobre 2020 est entaché d'un vice de procédure substantiel faute pour le préfet d'avoir constaté un manquement préalablement à son édiction dans les conditions prévues aux articles L. 170-1 et suivants du code de l'environnement ;

- préalablement à l'édiction de l'arrêté du 15 octobre 2020, la procédure contradictoire prévue au dernier alinéa de l'article L. 171-7 du code de l'environnement a été mise en œuvre de manière irrégulière ;

- le préfet s'est cru, à tort, tenu d'édicter l'arrêté du 15 octobre 2020 mettant en demeure la Famille A B et suspendant les travaux et n'a donc pas exercé régulièrement son pouvoir d'appréciation sur les faits de l'espèce comme il aurait dû le faire ;

- les dispositions de l'article L. 411-1 du code de l'environnement sont détournées, la mise en demeure servant à déterminer si une autorisation est requise ;

- la mise en demeure attaquée est illégale dès lors qu'une dérogation au titre des espèces protégées n'était pas requise pour le projet ; l'étude Naturalia Environnement du 30 mai 2022 a démontré l'absence de Réséda de Jacquin dans l'emprise de l'église du projet contrairement à ce qu'affirme le jugement ;

- le jugement attaqué est irrégulier en tant qu'il statue sur ses conclusions à fin d'annulation partielle de l'arrêté attaqué ;

- l'arrêté doit être partiellement annulé en tant qu'il concerne la finalisation de la phase 1 et la réalisation de la phase 2 des travaux du site, l'analyse réalisée le 14 octobre 2020 par le bureau d'études environnementales Naturalia Environnement attestant que ces travaux n'impliquaient pas le dépôt d'une demande de dérogation au titre de l'article L. 411-2 du code de l'environnement ;

- les travaux concernant la passerelle et la maison " Saint-Michel " étaient par nature insusceptibles de générer le moindre impact sur des espèces protégées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mars 2023, le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires conclut, à titre principal, au non-lieu à statuer et, à titre subsidiaire, au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le litige a perdu son objet compte tenu de l'édiction par le préfet de l'Ardèche de l'arrêté du 29 novembre 2022, abrogeant l'arrêté attaqué du 15 octobre 2020 ;

- les moyens soulevés sont infondés.

Par un mémoire en intervention et un mémoire complémentaire, enregistrés les 21 février 2022 et 24 avril 2023, l'association pour l'Avenir de la Vallée de la Bourges, représentée par le cabinet Tumerelle, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- son intervention est recevable au regard de ses statuts et de son implication dans le suivi du projet en cause ;

- le porteur de projet ne pouvait ignorer la présence d'espèces protégées sur le site de la construction projetée ; les fausses déclarations de la pétitionnaire lors du dépôt du permis de construire et de la demande d'examen au cas par cas préalable à la réalisation éventuelle d'une évaluation environnementale sont constitutives d'une fraude justifiant la suspension des travaux ;

- les travaux d'implantation des piles de la passerelle ont été réalisés avant toute autorisation et en méconnaissance du dossier de déclaration ;

- il en est de même de la non-conformité de travaux autorisés par le permis de construire et du non-respect par le projet de la charte du parc naturel régional des monts d'Ardèche ;

- une évaluation environnementale s'imposait ;

- le projet méconnaît les articles R. 111-5 et R. 111-25 du code de l'urbanisme.

Par une ordonnance du 25 avril 2023, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 25 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bénédicte Lordonné, première conseillère ;

- les conclusions de M. Samuel Deliancourt, rapporteur public ;

- et les observations de Me Giudicelli pour la Famille A B et autres ainsi que celles de Me Daloz pour l'association pour l'avenir de la vallée de la Bourges.

Considérant ce qui suit :

1. La Famille A B, congrégation religieuse implantée à Saint-Pierre-de-Colombier depuis 1947, poursuit un projet de construction d'un ensemble immobilier sur des parcelles dont elle est propriétaire sur le territoire communal, comportant une chapelle et ses annexes, un bâtiment d'accueil, une aire de dépose d'autocars, ainsi qu'une passerelle piétonne qui enjambe le cours d'eau de La Bourges, destinée à assurer la liaison entre l'aire de dépose des cars et le reste du site. L'autorité environnementale a, par décision du 5 mars 2018, dispensé d'évaluation environnementale le projet de la congrégation. Il n'a pas été fait opposition à sa déclaration, au titre de la loi sur l'eau. La Famille A B a obtenu un permis de construire, par un arrêté du maire de Saint-Pierre-de-Colombier du 12 décembre 2018, pris au nom de l'État, aujourd'hui définitif. En cours d'exécution des travaux de la première phase relative à la passerelle et à l'aire de dépose des pèlerins, les travaux des deux dernières phases, correspondant à la construction du bâtiment Saint Joseph et de ses annexes (phase 2) et à l'édification de l'église, de ses annexes et de son parvis (phase 3), n'ayant pas encore débuté, la préfète de l'Ardèche, par un arrêté du 15 octobre 2020, pris sur le fondement de l'article L. 171-7 du code de l'environnement, a mis en demeure la famille missionnaire de Notre-Dame-Des-Neiges de déposer, conformément à l'article L. 411-2 du code de l'environnement, une demande de dérogation aux interdictions mentionnées aux 1°, 2° et 3° de l'article L. 411-1 du même code, sous dix mois, sauf à démontrer au travers d'une étude environnementale complémentaire, l'absence de tout impact résiduel négatif du projet sur les espèces protégées présentes sur le site et a ordonné la suspension des travaux. La Famille A B et six sociétés intervenant sur le chantier ont demandé au tribunal administratif de Lyon d'annuler cet arrêté. Elles relèvent appel du jugement du 27 mai 2021 par lequel ce tribunal a rejeté leur demande.

Sur l'intervention de l'association pour l'avenir de la vallée de la Bourges :

2. Une intervention ne peut être admise que si son auteur s'associe soit aux conclusions du requérant, soit à celles du défendeur. L'association pour l'avenir de la vallée de la Bourges justifie d'un intérêt suffisant au maintien du jugement attaqué. Cette intervention, tend aux mêmes fins que les conclusions présentées à titre subsidiaire par le ministre. Elle est, par suite, recevable.

Sur l'exception de non-lieu :

3. Il résulte des dispositions de l'article L. 171-11 du code de l'environnement que les décisions prises en application des articles L. 171-7, L. 171-8 et L. 171-10 de ce code, au titre des contrôles administratifs et mesures de police administrative en matière environnementale, sont soumises à un contentieux de pleine juridiction. Il appartient au juge de ce contentieux de pleine juridiction de se prononcer sur l'étendue des obligations mises à la charge des exploitants par l'autorité compétente au regard des circonstances de fait et de droit existant à la date à laquelle il statue. Il en résulte que si l'acte attaqué, pris pour l'application de la législation relative aux installations classées, est rapporté ou remplacé par l'autorité compétente avant que le juge ait statué, il n'y a pas lieu pour celui-ci, que ce retrait ou cette abrogation ait ou non acquis un caractère définitif, de se prononcer sur le mérite de la demande dont il est saisi.

4. Il résulte de l'instruction que le préfet de l'Ardèche, après prise en compte de l'étude réalisée par un bureau d'études spécialisé, dont les conclusions rendues le 21 octobre 2021 et complétées le 30 mai 2022, précisent que le projet n'aura pas d'impact significatif sur les espèces protégées, sous réserve de la mise en œuvre de mesures d'évitement et de réduction qu'elle décrit, a décidé d'abroger son arrêté du 15 octobre 2020. L'intervention de cette décision, quand bien même elle ne revêt pas un caractère définitif, faisant l'objet d'un recours pendant introduit par l'association pour l'Avenir de la Vallée de la Bourges, laquelle conteste l'exécution complète des mesures ou formalités prescrites par cette mise en demeure, prive ainsi d'objet le présent litige relatif à la contestation de l'arrêté préfectoral du 15 octobre 2020. Dans ces conditions et ainsi que le fait valoir en défense le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, il n'y a pas lieu de statuer sur la requête de la Famille A B et autres, tendant à l'annulation de l'arrêté préfectoral du 15 octobre 2020.

Sur les frais liés au litige :

5. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par la Famille A B et autres au titre des frais exposés.

D E C I D E :

Article 1er : L'intervention de l'association pour l'avenir de la vallée de la Bourges est admise.

Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur la requête de la Famille A B et autres.

Article 3 : Les conclusions la Famille A B et autres tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à la Famille A B, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à l'association pour l'Avenir de la Vallée de la Bourges.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2023 à laquelle siégeaient :

M. Jean-Yves Tallec, président,

Mme Emilie Felmy, présidente-assesseure,

Mme Bénédicte Lordonné, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2023.

La rapporteure,

Bénédicte LordonnéLe président,

Jean-Yves Tallec

La greffière,

Sandra Bertrand

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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