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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-21LY03002

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-21LY03002

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-21LY03002
TypeDécision
Recoursplein contentieux
Formation4ème chambre - formation à 3
Avocat requérantCOTTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

M. A B, la société civile immobilière (SCI) Papin et la société à responsabilité limitée (SARL) MB2 ont demandé au tribunal administratif de Grenoble d'annuler la décision du 19 mars 2018 par laquelle le maire de la commune nouvelle de Val-Cenis a rejeté leur demande d'autorisation dérogatoire de circuler en période hivernale sur la route départementale (RD) 100, interdite à tout trafic, afin d'accéder à leur chalet, et de condamner la commune nouvelle de Val-Cenis à verser à la société MB2 une somme de 328 701,35 euros et à la SCI Papin une somme de 48 000 euros en réparation des préjudices subis, assorties des intérêts et de leur capitalisation.

Par jugement n° 1803080 du 8 juillet 2021, le tribunal a rejeté cette demande.

Procédure devant la cour

Par requête et mémoires enregistrés le 7 septembre 2017, 26 août 2022 et 13 octobre 2022, ce dernier non communiqué, M. B, les sociétés Papin et MB2, représentés par le Me Cottin, demandent à la cour dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler ce jugement du 8 juillet 2021 ;

2°) d'annuler la décision du 19 mars 2018 du maire de Val-Cenis ;

3°) de condamner la commune nouvelle de Val-Cenis à verser à la société MB2 une somme de 252 882 euros et à la SCI Papin une somme de 120 000 euros en réparation des préjudices subis, outre intérêts capitalisés.

4°) de mettre à la charge de la commune la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- c'est à tort que le tribunal a considéré que l'accès à leur propriété par la seule navette publique suffisait ; le droit d'accès compris dans les aisances de voirie confère au riverain de la voie publique le droit d'accéder à sa propriété au moyen de son véhicule ;

- la mesure de police du maire de Val-Cenis leur interdisant la circulation sur la RD 100 en période hivernale est illégale car elle n'est ni nécessaire, ni proportionnée ;

- la décision en litige est constitutive d'une rupture de l'égalité de traitement entre des usagers placés dans une situation comparable, dès lors que l'accès des propriétaires de la ferme auberge et du refuge du Suffet ainsi que le fonctionnement de la navette sont maintenus ;

- la décision est entachée d'un détournement de pouvoir ; la circonstance, à la supposer établie, que les prédécesseurs des requérants n'aient pas respecté l'autorisation d'urbanisme n'autorise pas le maire à faire usage de ses pouvoirs de police pour priver une maison existante de son accès à la voie publique et pour interdire l'activité d'hébergement en chambres d'hôtes au chalet ;

- la décision en litige est illégale ; cette illégalité est constitutive d'une faute susceptible d'engager la responsabilité de la commune ;

- le comportement de la commune, qui a assuré que l'accès au chalet serait maintenu lors de la vente et sa réaction tardive avant la saison hivernale de 2017 sont constitutifs de fautes susceptibles d'engager la responsabilité de la commune ;

- les préjudices de la société MB2, exploitante des chambres d'hôtes est chiffré globalement à la somme de 252 882 euros HT ; il résulte de sommes exposées en vain en vue de l'exploitation du chalet, notamment euros 153 557,35 HT d'investissements type saunas, bains norvégiens qu'elle avait installés et qui ne seront pas utilisés dont 12 000 euros HT afférent à l'achat du fonds de commerce, de sommes liées à la perte de bénéfices d'exploitation d'un montant de 71 181,95 euros HT et de frais fixes exposés pour les années 2018 et 2019 d'un montant respectivement de 23 683 et 4 461 euros HT ;

- le préjudice de la société Papin résulte d'une perte de loyers de 120 000 euros sur les cinq dernières années à compter de l'année 2018, à compter de laquelle le locataire a été dispensé du paiement de son loyer.

Par mémoire enregistré le 22 septembre 2022, la commune nouvelle de Val-Cenis, représentée par Me Poncin, conclut au rejet de la requête et à ce que M. B, les sociétés Papin et MB2 lui versent la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- dès lors qu'il est prévu un moyen de transport permettant aux riverains d'accéder à leur propriété, aucune violation du droit d'accès et de desserte ne peut être retenue ; sur la portion de la RD100 allant du village de Bramans au lieu-dit " Le Cernay ", la desserte est effectuée par une navette qui circule jusqu'à dix fois par jour ; la portion de la route du Cernay au chalet n'est empruntée que par les requérants, lesquels peuvent y accéder en raquettes, à pieds ou en skis, la route étant utilisée comme piste de ski ;

- les décisions prises par le maire de Val-Cenis le 12 décembre 2017 et le 19 mars 2018 sont nécessaires et proportionnées ; la portion où la circulation est interdite est étroite et marquée par une exposition aux risques d'avalanche ; le maintien de la desserte libre empêcherait d'assurer la sécurité de circulations aléatoires de particuliers, dès lors que cette route est, sur cette portion, peu empruntée car seuls quelques bâtiments d'estive sont desservis ; l'interdiction est limitée dans l'espace et le temps ;

- aucune atteinte au principe d'égalité n'est caractérisée ; les agents municipaux et les autres riverains autorisés à circuler sur la première portion de la route sont dans une situation différente de celle des requérants ;

- le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi ;

- aucune faute dans l'exercice par le maire de ses pouvoirs de police ne peut être retenue ; il en va de même s'agissant du comportement prétendument fautif de la commune ;

- les préjudices qui pourraient être indemnisés se limitent donc à la période allant du 12 décembre 2017 au 30 avril 2018, date à laquelle le maire a proposé une convention les autorisant à emprunter la RD100 du village de Bramans au lieudit Le Cernay ; aucun des préjudices invoqués ne peut être indemnisés, faute de lien de causalité entre ceux-ci et l'interdiction de l'accès en voiture, les requérants et visiteurs pouvant toujours accéder au chalet par la navette, en marchant, en skiant ou en raquettes et les requérants devant assumer seuls la décision de ne pas ouvrir le chalet à minima pour la période du 1er mai au 31 octobre, où la RD 100 est à nouveau ouverte ; les préjudices de la société MB2 et de la SCI Papin ne sont pas suffisamment étayés.

Par courrier du 28 mai 2023, les parties ont été informées de ce que la cour était susceptible de relever d'office la situation de compétence liée du maire de Val-Cenis pour refuser l'autorisation dérogatoire à la mesure de police édictée par le président du Conseil départemental, seule autorité de police compétente pour réglementer la circulation sur les routes départementales hors agglomération.

M. B a produit des observations à ce moyen d'ordre public, enregistrées le 5 juin 2023 et communiquées.

Il fait valoir qu'en concluant la charte du 19 juillet 2010 le département a entendu permettre aux autorités compétentes de la commune d'accorder des dérogations.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Christine Psilakis, rapporteure,

- les conclusions de M. Bertrand Savouré, rapporteur public,

- les observations de Me Benabdessadok pour M. B, les sociétés Papin et MB2, et celles de Me Martin pour la commune nouvelle de Val-Cenis.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, les sociétés MB2 et Papin relèvent appel du jugement 8 juillet 2021 par lequel le tribunal administratif de Grenoble a rejeté leur demande tendant, d'une part, à l'annulation de la décision du 19 mars 2018 par laquelle le maire de la commune nouvelle de Val-Cenis a refusé de leur délivrer une dérogation à l'interdiction de circuler en période hivernale sur la section de la RD 100 comprise entre Bramans, qui constitue l'un des villages de la commune nouvelle de Val-Cenis et le lieudit Le Cernay, d'autre part, à l'indemnisation de préjudices subis consécutivement à cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 2213-1 du code général des collectivités territoriales : " Le maire exerce la police de la circulation sur () les routes départementales () à l'intérieur des agglomérations () ", tandis que l'article L. 3221-4 du même code, dans sa rédaction applicable au litige, dispose que le président du conseil départemental gère le domaine départemental, et qu'" à ce titre, il exerce les pouvoirs de police afférents à cette gestion, notamment en ce qui concerne la circulation sur ce domaine, sous réserve des attributions dévolues aux maires par le présent code () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que la section de la RD 100 fermée à la circulation du 1er novembre au 30 avril se situe hors des limites de l'agglomération de Bramans. Dès lors, les dispositions citées au point 2 faisaient obstacle à ce que le maire, qui ne détient aucune compétence pour réglementer la circulation sur cette section de route départementale, déroge à l'interdiction générale édictée par arrêté du président du conseil départemental de la Savoie.

4. M. B et autres se prévalent, il est vrai, de la charte signée par le département de la Savoie et la commune nouvelle de Val-Cenis, renouvelée le 19 décembre 2017, ouvrant au maire de ladite commune la faculté d'autoriser individuellement les usagers à emprunter avec un véhicule la RD 100 depuis Bramans jusqu'au Cernay. Toutefois, une autorité de police ne pouvant se défaire par voie contractuelle d'un pouvoir que lui attribue la loi, cette convention, illégale par son objet, est nulle et de nul effet et ne pouvait, en conséquence, fonder une dérogation individuelle.

5. Il en résulte que le maire de la commune nouvelle de Val-Cenis était tenu de refuser à M. B et aux sociétés dont il est le représentant l'autorisation de circuler jusqu'au chalet Lavis-Trafford et que les autres moyens de la requête tirés de la disproportion de la mesure, de la rupture d'égalité entre usagers et du détournement de pouvoir doivent être écartés comme inopérants.

6. Enfin, la commune nouvelle de Val-Cenis ne saurait être tenue de répondre, sur le fondement de la faute, des conséquences dommageables d'une mesure qui n'est pas entachée d'illégalité.

7. Il résulte de ce qui précède que M. B et autres ne sont pas fondés à se plaindre de ce que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Grenoble a rejeté leur demande à fin d'annulation et d'indemnisation. Leur requête tendant aux mêmes fins doit donc rejetée, en toutes ses conclusions. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants la somme demandée au titre des frais du litige par la commune nouvelle de Val-Cenis.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. B et autres est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune nouvelle de Val-Cenis au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. A B, à la société civile immobilière Papin, à la société à responsabilité limitée MB2 et à la commune nouvelle de Val-Cenis.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2023 à laquelle siégeaient :

M. Philippe Arbarétaz, président,

Mme Aline Evrard, présidente-assesseure,

Mme Christine Psilakis, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.

La rapporteure,

Christine Psilakis

Le président,

Philippe Arabrétaz

La greffière,

M-A. Boizot

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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