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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-21LY03314

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-21LY03314

jeudi 9 mars 2023

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-21LY03314
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre - formation à 3
Avocat requérantSELARL BS2A - BESCOU & SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

M. A C et Mme D E épouse C, chacun en ce qui le concerne, ont demandé au tribunal administratif de Lyon d'annuler les arrêtés du 8 avril 2021 par lesquels la préfète de l'Ain a refusé de les admettre au séjour, les a obligés à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Par un jugement nos 2103206 et 2103207 du 24 septembre 2021, le tribunal administratif de Lyon a rejeté leurs demandes.

Procédure devant la cour

Par une requête, enregistrée le 12 octobre 2021, M. et Mme C, représentés par la SELARL BS2A Bescou et Sabatier Avocats Associés, demandent à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler les arrêtés de la préfète de l'Ain du 8 avril 2021 ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de leur délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou de réexaminer leur situation dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêt sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

Sur la légalité des refus de délivrance d'un titre de séjour :

- les décisions méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elles méconnaissent l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la légalité des obligations de quitter le territoire français :

- ces décisions sont illégales en raison des illégalités affectant les décisions refusant la délivrance d'un titre de séjour ;

- elles méconnaissent l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la légalité des décisions fixant le délai de départ volontaire :

- ces décisions sont illégales en raison de l'illégalité affectant les obligations de quitter le territoire français ;

- elles méconnaissent l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elles méconnaissent le droit à l'éducation prévu aux articles 28 et 29 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et à l'article L. 111-1 du code de l'éducation.

En application de l'article R. 611-8 du code de justice administrative, la requête a été dispensée d'instruction.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'éducation ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement ayant dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Le rapport de Mme B ayant été entendu au cours de l'audience publique ;

Considérant ce qui suit :

1. M. A C et Mme D E épouse C, ressortissants albanais nés respectivement le 17 août 1980 et le 3 juillet 1984, sont entrés en France le 31 octobre 2016 accompagnés de leurs trois enfants. Le 29 décembre 2016, ils ont sollicité le bénéfice de l'asile. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté leurs demandes le 21 mars 2017, décisions confirmées par la Cour nationale du droit d'asile le 21 septembre 2017. Par des arrêtés du 24 novembre 2017, le préfet de l'Ain a refusé de les admettre au séjour et a prononcé à leur encontre une mesure d'éloignement. Le 15 juin 2020, ils ont sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 et de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par des arrêtés du 8 avril 2021, la préfète de l'Ain a refusé de les admettre au séjour, les a obligés à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. et Mme C relèvent appel du jugement du 24 septembre 2021 par lequel le tribunal administratif de Lyon a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation de ces arrêtés.

Sur la légalité des refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes du 7° de l'article 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : [] 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

3. M. et Mme C se prévalent de la durée de leur séjour et de leur intégration en France. Toutefois, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne garantit pas à l'étranger le droit de choisir le lieu le plus approprié pour développer sa vie privée et familiale. Il ressort des pièces du dossier que M. et Mme C sont entrés en France le 31 octobre 2016 à l'âge respectivement de trente-six et trente-deux ans et se sont maintenus irrégulièrement en France malgré les obligations de quitter le territoire prises en leur encontre le 24 novembre 2017. La circonstance que M. et Mme C bénéficient tous deux d'une promesse d'embauche n'est pas de nature à leur conférer un droit au séjour. Rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue en Albanie dont tous les membres ont la nationalité, et alors que M. et Mme C n'établissent pas être dépourvus d'attaches privées et familiales dans leur pays d'origine, ni à ce que leurs enfants poursuivent leur scolarité dans ce pays. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, les décisions de refus de délivrance de titre de séjour ne portent pas au droit de M. et Mme C au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises. Dès lors, elles n'ont méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

5. Les décisions contestées n'ont pas pour effet de séparer M. et Mme C de leurs trois enfants. Il résulte par ailleurs de ce qui a été dit au point 4 du présent arrêt qu'il n'est pas justifié par les intéressés de l'impossibilité de reconstituer la cellule familiale en Albanie, où les enfants pourront poursuivre leur scolarité. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées doit être écarté.

6. Compte tenu de ce qui a été dit au point 4, la situation de M. et Mme C ne laisse apparaître aucune circonstance exceptionnelle ni aucune considération humanitaire de nature à justifier leur admission exceptionnelle au séjour. La préfète de l'Ain n'a ainsi pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant leur régularisation sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur.

Sur la légalité des obligations de quitter le territoire français :

7. Les moyens invoqués à l'encontre des refus de délivrance d'un titre de séjour ayant été écartés, M. et Mme C ne sont pas fondés à soutenir que les décisions portant obligation de quitter le territoire français seraient illégales en conséquence de l'illégalité des décisions de refus de délivrance d'un titre de séjour.

8. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 3 et 5, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

Sur la légalité des décisions fixant le délai de départ volontaire :

9. Les moyens invoqués à l'encontre des obligations de quitter le territoire français ayant été écartés, M. et Mme C ne sont pas fondés à soutenir que les décisions fixant le délai de départ volontaire seraient illégales en conséquence de l'illégalité des obligations de quitter le territoire français.

10. M. et Mme C reprennent en appel, dans les mêmes termes, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 3-1, 28 et 29 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'article L. 111-1 du code de l'éducation. Il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par le tribunal administratif de Lyon.

11. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme C ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Lyon a rejeté leurs demandes. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction, sous astreinte, ainsi que celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. A C et Mme D E épouse C. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à la préfète de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 16 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pruvost, président de chambre,

Mme Courbon, présidente-assesseure,

Mme Caraës, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mars 2023.

La rapporteure,

R. B

Le président,

D. PruvostLa greffière,

N. Lecouey

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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