vendredi 6 janvier 2023
| Juridiction | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| Section | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| N° Dossier | CAA69-22LY00111 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre - formation à 3 |
| Avocat requérant | COUTAZ |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B A a demandé au tribunal administratif de Grenoble l'annulation des décisions du 24 décembre 2019 par lesquelles le préfet de la Drôme lui a refusé le renouvellement d'un certificat de résidence valable dix ans et a procédé au retrait de son certificat de résidence valable dix ans.
Par un jugement n° 2001165 du 14 décembre 2021, le tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 10 janvier 2022, M. B A, représenté par Me Coutaz, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement n° 2001165 du 14 décembre 2021 du tribunal administratif de Grenoble ;
2°) d'annuler pour excès de pouvoir les décisions du 24 décembre 2019 par lesquelles le préfet de la Drôme lui a refusé le renouvellement d'un certificat de résidence valable dix ans et a procédé au retrait de son certificat de résidence valable dix ans ;
3°) d'enjoindre à la préfète de la Drôme de lui délivrer un certificat de résidence valable dix ans dans un délai de trente jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
* les décisions méconnaissent l'article 7 bis de l'accord franco-algérien ainsi que l'article L. 314-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne permettent pas de fonder légalement un refus de renouvellement ni un retrait ;
* elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation compte tenu de l'ancienneté et de la nature des faits invoqués ;
* elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 novembre 2022, la préfète de la Drôme conclut au rejet de la requête en s'en rapportant à ses écritures de première instance.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
* la Constitution et la décision du Conseil constitutionnel n° 97-389 DC du 22 avril 1997 ;
* la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, modifiée, conclue à Rome le 4 novembre 1950 ;
* l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles, complété par un protocole, deux échanges de lettres et une annexe, modifié, signé à Alger le 27 décembre 1968 ;
* le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
* le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
* le rapport de M. Stillmunkes, président assesseur ;
* et les conclusions de Mme Cottier, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, de nationalité algérienne, a demandé au tribunal administratif de Grenoble l'annulation des décisions du 24 décembre 2019 par lesquelles le préfet de la Drôme lui a refusé le renouvellement d'un certificat de résidence valable dix ans et a procédé au retrait de son certificat de résidence valable dix ans, en se bornant à lui délivrer un certificat de résidence valable un an. Par un jugement du 14 décembre 2021, le tribunal a rejeté sa demande.
Sur le retrait du certificat de résidence :
2. L'article L. 314-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu l'article L. 432-1, aux termes duquel : " La carte de résident peut être refusée à tout étranger dont la présence constitue une menace pour l'ordre public ", ne régit pas le retrait des cartes de résident, mais uniquement leur délivrance. Cette disposition n'est au surplus pas applicable aux ressortissants algériens. Aucune stipulation de l'accord franco-algérien, ni aucune disposition applicable dans son silence, pas davantage qu'aucun principe, ne permettent de retirer un certificat de résidence de dix ans pour motif simple d'ordre public. Le requérant est dès lors fondé à soutenir que c'est par erreur de droit que le préfet de la Drôme a cru pouvoir procéder au retrait de son certificat de résidence valable dix ans en se bornant à invoquer, sur le fondement de l'article L. 314-3, un motif d'ordre public.
Sur le refus de renouvellement du certificat de résidence :
3. Aux termes de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien : " () / Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit () : / () / e) Au ressortissant algérien qui justifie résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de dix ans ". Si cet engagement international ne fait pas obstacle à l'application de la réglementation générale autorisant qu'il soit procédé à l'expulsion d'un étranger pour motif grave d'ordre public, il résulte en revanche de ces stipulations qu'aucune restriction n'est prévue au renouvellement de ce certificat tenant à l'existence d'une menace à l'ordre public, alors en outre qu'ainsi que l'a dit pour droit le Conseil constitutionnel dans sa décision n° 97-389 DC du 22 avril 1997, la Constitution fait obstacle à ce que le renouvellement d'une carte de résident valable dix ans puisse être refusé pour un motif d'ordre public. Le requérant est dès lors fondé à soutenir que c'est par erreur de droit que le préfet de la Drôme lui a refusé le renouvellement d'un tel certificat de résidence pour un motif d'ordre public.
4. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Grenoble a rejeté les conclusions de sa demande à fin d'annulation. Les décisions du 24 décembre 2019 par lesquelles le préfet de la Drôme a refusé à M. A le renouvellement d'un certificat de résidence valable dix ans et a procédé au retrait de son certificat de résidence valable dix ans, doivent dès lors être annulées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. L'annulation de la décision de refus de renouvellement prononcée par le présent arrêt implique nécessairement, eu égard au motif sur lequel elle se fonde, et alors que la condition posée par l'article 7 bis, e) n'est pas contestée, qu'il soit enjoint à la préfète de la Drôme de renouveler le certificat de résidence de dix ans de M. A, si elle ne l'a déjà fait. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre à la préfète de la Drôme d'y procéder dans un délai de trois mois, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais de l'instance :
6. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées pour M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Le jugement n° 2001165 du 14 décembre 2021 du tribunal administratif de Grenoble est annulé.
Article 2 : Les décisions du 24 décembre 2019 par lesquelles le préfet de la Drôme a refusé à M. A le renouvellement d'un certificat de résidence valable dix ans et a procédé au retrait de son certificat de résidence valable dix ans sont annulées.
Article 3 : Il est enjoint à la préfète de la Drôme de renouveler le certificat de résidence de dix ans de M. A, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent arrêt si elle ne l'a pas déjà fait.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent arrêt sera notifié à M. B A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à la préfète de la Drôme.
Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Pourny, président,
M. Stillmunkes, président assesseur,
Mme Bentéjac, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 janvier 2023.
Le rapporteur,
H. StillmunkesLe président,
F. Pourny
La greffière,
F. Abdillah
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
N° 2200111
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026