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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-22LY00304

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-22LY00304

lundi 30 mai 2022

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-22LY00304
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantCOUTAZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

M. C D et Mme A B, épouse D, ont demandé au tribunal administratif de Grenoble d'annuler les décisions du préfet de l'Isère, du 29 avril 2021, leur refusant la délivrance de titres de séjour, leur ordonnant de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et désignant le pays à destination duquel ils seraient reconduits d'office, à l'expiration de ce délai.

Par un jugement n° 2106210-2106212 du 30 décembre 2021, le tribunal administratif de Grenoble a rejeté leurs demandes.

Procédure devant la cour

Par une requête enregistrée le 28 janvier 2022, les époux D, représentés par Me Coutaz, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du 30 décembre 2021 ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir les décisions susmentionnées ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, de leur délivrer des titres de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer leur situation dans le délai de huit jours et de leur remettre, dans le délai de deux jours suivant la notification de la décision à intervenir, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros, à leur profit, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que

S'agissant des décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et désignation du pays de renvoi :

- elles ont été prises en violation des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation au regard de leurs attaches en France ;

- elles méconnaissent les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent, () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. D et Mme B, ressortissants indiens nés respectivement le 1er août 1973 et le 12 août 1977, déclarent être entrés en France le 10 septembre 2015, munis de visas valables trente jours, accompagnés de leurs premiers enfants, nés en septembre 2004 et octobre 2006. A la suite du rejet de leurs demandes de protection internationale par la Cour nationale du droit d'asile le 27 juillet 2017, le préfet de l'Isère a pris une mesure d'éloignement le 27 octobre 2017, confirmée en dernier lieu le 11 juin 2018 par la présente cour. Les époux D, qui n'ont pas respecté ces décisions, ont sollicité leur admission au séjour en faisant valoir leur vie privée et familiale sur le territoire français le 28 mai 2019. Par deux arrêtés du 29 avril 2021, le préfet de l'Isère leur a opposé un refus, assorti de l'obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, et a désigné le pays de renvoi. Les époux D font appel du jugement par lequel le tribunal administratif de Grenoble a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation de ces décisions.

Sur les décisions refusant la délivrance de titres de séjour et portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, les requérants soutiennent que les décisions contestées portent une atteinte disproportionnée au respect de leur vie privée et familiale, au regard des buts dans lesquels elles ont été prises. Ils font valoir, en particulier, qu'ils vivent en France depuis six ans, où leur plus jeune fille est née, qu'ils y sont bien intégrés, M. D occupant un emploi dans le secteur de la restauration rapide et les enfants étant tous scolarisés. Toutefois, il ressort du dossier que les époux D, entrés en France au bénéfice d'un visa de court séjour valable trente jours, se sont maintenus irrégulièrement dans ce pays au-delà de sa période de validité, qu'ils n'ont sollicité l'asile qu'un an plus tard et qu'après le rejet définitif de leurs demandes, ils n'ont pas exécuté les décisions du 27 octobre 2017 leur ordonnant de quitter le sol français, pourtant confirmées par deux décisions de justice, et qu'en outre, M. D exerce une activité professionnelle sans y être autorisé. Ainsi, contrairement à ce qu'ils soutiennent, les requérants ne manifestent aucune adhésion aux valeurs de la République, dont le respect des lois et des institutions est l'une des composantes. De plus, le temps passé en situation irrégulière sur le territoire ne pouvant être pris en compte comme la preuve d'une intégration particulière au sein de la société française, leur durée de présence, essentiellement due au temps nécessaire à l'instruction de leurs demandes d'asile et de titres de séjour, ne justifie pas, à elle seule, leur admission au séjour. S'ils font également valoir la présence d'un frère du requérant, de nationalité française, aucune pièce du dossier ne permet de considérer que les requérants entretiendraient avec cette personne résidant en Ile-de-France des relations excédant les relations familiales ordinaires, telles qu'elles leur conféreraient un droit au séjour et feraient obstacle à leur éloignement. En revanche, il n'apparaît pas que les époux D seraient isolés en Inde, où ils ont vécu jusqu'à l'âge de trente-huit et quarante-deux ans et conservent des attaches familiales, en la personne de la mère de l'épouse et de leurs fratries respectives, avec lesquels ils n'établissent pas avoir rompu toute relation. Par ailleurs, la production d'un contrat de travail à durée déterminée conclu en mai 2021, pour un poste d'employé polyvalent de restauration, alors que le récépissé de demande de titre de séjour dont il était titulaire ne l'autorisait pas à travailler, ne permet pas de considérer que M. D bénéficie, en France, d'une insertion professionnelle caractérisée par une stabilité, une ancienneté et une intensité particulières, justifiant son admission au séjour. Au surplus, les requérants qui étaient hébergés par un tiers et vivaient selon leurs déclarations de subsides versés par le département, n'établissaient pas, à la date des décisions contestées, posséder des ressources personnelles et légales suffisantes pour subvenir aux besoins de leur foyer sans constituer une charge injustifiée pour les organismes sociaux français. Enfin, rien n'indique que la cellule familiale, dont tous les membres possèdent la nationalité indienne, serait dans l'impossibilité de mener une vie privée et familiale normale dans son pays d'origine et que les enfants, en particulier, ne pourraient y poursuivre leur scolarité. Dès lors, les moyens tirés de la violation des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir général de régularisation.

4. En second lieu, les décisions en litige n'ont ni pour objet ni pour effet de séparer les requérants de leurs enfants, ni de priver ces derniers de la possibilité de poursuivre leur scolarité. En outre, si les requérants font valoir, notamment, les liens tissés par leurs enfants en France, il ressort du dossier qu'à l'âge de neuf et onze ans, les deux aînés ont quitté l'Inde, où résident leur grand-mère maternelle et leurs oncles et tantes, qu'ils ont été scolarisés à Colombes en 2015, à Paris en 2016, puis à Grenoble en 2017. Ainsi, il n'apparaît pas que leurs liens personnels présentent une ancienneté et une stabilité telles qu'ils justifieraient la régularisation de la situation administrative de leurs parents et le maintien de la famille sur le sol français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

Sur les décisions refusant l'admission au séjour :

5. Il ne ressort pas du dossier que les requérants aient sollicité leur admission au séjour à titre exceptionnel, sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur lequel le préfet de l'Isère n'a pas non plus fondé ses décisions de refus. Par suite, le moyen tiré de la violation de ces dispositions est inopérant à l'encontre de ces dernières.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête des époux D est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction et de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. D et de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C D et Mme A B et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Fait à Lyon, le 30 mai 2022.

Le président,

Gilles Hermitte

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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