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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-22LY00910

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-22LY00910

lundi 4 juillet 2022

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-22LY00910
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantIMBERT MINNI JULIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

M. B A a demandé au tribunal administratif de Dijon d'annuler les décisions du préfet de l'Yonne des 25 et 31 août 2020 lui refusant la délivrance d'une carte de résident et rejetant de son recours gracieux et les décisions contenues dans le courrier du préfet de l'Yonne du 21 juillet 2021 confirmant ce refus de délivrance d'une carte de résident, le rejet opposé le 8 mars 2020 à sa demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse, ainsi que le rappel du refus opposé le 10 novembre 2020 à sa demande de naturalisation.

Par une ordonnance n° 2103309 du 24 mars 2022, le président du tribunal administratif de Dijon a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour

Par une requête et deux mémoires enregistrés les 27 mars, 9 et 20 juin 2022, M. A, représenté par Me Imbert Minni, demande à la cour :

1°) d'annuler l'ordonnance du 24 mars 2022 ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Yonne de lui délivrer une carte de résident valable dix ans, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) d'enjoindre au même préfet de faire droit à sa demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse, dans le délai d'un mois à compter de cette notification, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros, au profit de son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Dans le dernier état de ses écritures, il soutient que :

S'agissant des décisions dans leur ensemble :

- ses conclusions contre ces décisions n'étaient pas irrecevables en raison de leur tardiveté, dès lors que leur notification n'était pas assortie de la mention des voies et délais de recours ;

- elles sont insuffisamment motivées, dès lors qu'elles ne comportent aucune mention relative au caractère incomplet de ses demandes ;

S'agissant du refus de délivrance d'une carte de résidence :

- il méconnaît les stipulations de l'article 11 de l'accord franco-congolais du 13 novembre 1996, en ce qu'il exige une rémunération au moins égale au salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC) ;

S'agissant du refus d'octroi de la nationalité française :

- il est illégal, dès lors que son recours du 22 décembre 2021 aurait dû être transmis à l'autorité judiciaire compétente ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant du refus d'autoriser le regroupement familial :

- il est illégal, en l'absence d'insuffisance de ressources entre août 2019 et juillet 2020.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention franco-congolaise relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Brazzaville le 31 juillet 1993, notamment ses articles 8 et 13 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent, () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. A, ressortissant de la République du Congo né le 30 juin 1967, est entré en France en 1988, selon ses déclarations. Il s'est vu délivrer par le préfet du Loiret des titres de séjour valables du 18 octobre 2004 au 17 septembre 2019 et séjourne sur le territoire français sous couvert d'une carte de séjour pluriannuelle délivrée par le préfet de l'Yonne valable jusqu'au 19 juillet 2022. M. A fait appel de l'ordonnance par laquelle le président du tribunal administratif de Dijon a rejeté sa demande tendant à l'annulation conjointe de décisions administratives portant refus d'octroi d'un certificat de résident de dix ans, refus d'autoriser le regroupement familial au bénéfice de son épouse et refus de lui reconnaître la qualité de ressortissant français.

Sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions refusant l'octroi d'un certificat de résident et la reconnaissance de sa nationalité française :

3. Le premier juge a rejeté, à bon droit, les conclusions présentées par M. A, en se fondant sur la tardiveté de la requête dirigée contre le refus de délivrance d'un certificat de résident, d'une part, et sur l'absence de caractère décisoire ou, à tout le moins, sur le caractère purement confirmatif du courrier du 21 juillet 2021 s'agissant du refus de naturalisation. Par suite, il y a lieu de rejeter ces conclusions irrecevables, par adoption des motifs du jugement attaqué à l'encontre desquels le requérant ne formule aucune critique utile.

Sur la décision refusant le regroupement familial :

4. Aux termes de l'article 8 de la convention franco-congolaise du 31 juillet 1993 : " Les membres de la famille d'un ressortissant de l'un des États contractants peuvent être

autorisés à rejoindre le conjoint régulièrement établi sur le territoire de l'autre État dans le cadre de

la législation en vigueur dans l'État d'accueil en matière de regroupement familial.

() ". Aux termes de l'article L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur : " Le ressortissant étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial, par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans () ". En application de l'article L. 411-5 de ce code : " Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : / 1° Le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. Sont prises en compte toutes les ressources du demandeur et de son conjoint indépendamment des prestations familiales, de l'allocation équivalent retraite et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles, à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale et aux articles L. 5423-1 et L. 5423-2 du code du travail. Les ressources doivent atteindre un montant qui tient compte de la taille de la famille du demandeur. Le décret en Conseil d'Etat prévu à l'article L. 441-1 fixe ce montant qui doit être au moins égal au salaire minimum de croissance mensuel et au plus égal à ce salaire majoré d'un cinquième. Ces dispositions ne sont pas applicables lorsque la personne qui demande le regroupement familial est titulaire de l'allocation aux adultes handicapés mentionnée aux articles L. 821-1 ou L. 821-2 du code de la sécurité sociale ou de l'allocation supplémentaire mentionnée à l'article L. 815-24 du même code ou lorsqu'une personne âgée de plus de soixante-cinq ans et résidant régulièrement en France depuis au moins vingt-cinq ans demande le regroupement familial pour son conjoint et justifie d'une durée de mariage d'au moins dix ans ; 2° Le demandeur ne dispose pas ou ne disposera pas à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; 3° Le demandeur ne se conforme pas aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil ". Aux termes de l'article L. 421-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative statue sur la demande dans un délai de six mois à compter du dépôt par l'étranger du dossier complet de cette demande. () ". Enfin, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

5. En premier lieu, il ressort du dossier qu'à la suite du silence gardé par l'administration durant plus de six mois sur la demande de regroupement familial présentée le 17 août 2020 par M. A, l'expiration de ce délai, génératrice d'une décision implicite de rejet, a été constatée et notifiée le 8 mars 2021 à l'intéressé. Ce dernier n'allègue pas et n'établit pas avoir saisi l'administration, dans le délai de recours, d'une demande de communication des motifs de cette décision en application des dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration, lesquels motifs lui ont été indiqués, au demeurant, dans le courrier du préfet de l'Yonne du 21 juillet 2021. Par suite, le moyen tiré de l'absence de motivation doit être écarté.

6. En second lieu, le requérant soutient que cette décision est illégale, dès lors qu'il disposait de revenus suffisants au cours de la période de référence, d'août 2019 à juillet 2020. Toutefois, si les éléments versés au dossier font état d'un contrat de travail à durée indéterminée signé avec la société Remorques Louault à compter du 2 juin 2020, pour une rémunération mensuelle brute de 1 800 euros, M. A n'a produit aucun justificatif de ses revenus pour la période d'août 2019 à mai 2020 permettant d'établir qu'à la date de la décision en litige, à laquelle s'apprécie sa légalité, il disposait effectivement de revenus, hors prestations sociales, satisfaisant à la condition prévue à l'article L. 411-5 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Yonne aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction et de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur. Copie en sera adressée au préfet de l'Yonne.

Fait à Lyon, le 4 juillet 2022.

Le président,

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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