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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-22LY01111

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-22LY01111

lundi 27 février 2023

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-22LY01111
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantABOUDAHAB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

M. A B a demandé au tribunal administratif de Grenoble d'annuler les décisions du préfet de l'Isère, du 31 janvier 2022, l'obligeant à quitter le territoire français, lui refusant un délai de départ volontaire, désignant le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office et lui interdisant le retour sur le territoire français durant un an.

Par un jugement n° 2200678 du 10 février 2022, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour

I. Par une requête et un mémoire ampliatif, enregistrés sous le n° 22LY00783 les 13 mars 2022 et 31 mars 2022, M. B, représenté par la SELARL Aboudahab, agissant par Me Aboudahab, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement de la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Grenoble ;

2°) d'annuler les décisions susmentionnées pour excès de pouvoir ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et dans l'attente de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai, en le munissant, dans l'attente, d'un récépissé l'autorisant à travailler, dans les mêmes conditions ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros, au profit de son conseil, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant du jugement attaqué :

- il est entaché d'une erreur de droit ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il est entaché d'une omission à statuer en ce qui concerne l'absence d'examen préalable, réel et sérieux, de sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et préalable de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision refusant un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et préalable de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français:

- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

II. Par une requête, enregistrée sous le n° 22LY01111 le 8 avril 2022, M. B, représenté par la SELARL Aboudahab, agissant par Me Aboudahab, demande à la cour :

1°) de prononcer, sur le fondement de l'article R. 811-17 du code de justice administrative, le sursis à exécution du jugement n° 2200678, rendu le 10 février 2022, par lequel la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande tendant à l'annulation des décisions du 31 janvier 2022, par lesquelles le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a refusé un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français durant un an.

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de statuer à nouveau dans un délai de deux mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de travail d'une durée de validité de 6 mois renouvelable ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros, au profit de son conseil, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- son éloignement du territoire français et l'interdiction qui lui est faite d'y retourner, rendus possibles par le jugement dont il sollicite le sursis à exécution, risquent d'entraîner des conséquences difficilement réparables ;

- les moyens qu'il présente dans le cadre de sa requête enregistrée sous le n° 22LY0783 sont sérieux et de nature à justifier l'annulation du jugement attaqué et des décisions contestées.

Vu les autres pièces des dossiers ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990

- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées sont dirigées contre le même jugement. Il y a lieu de les joindre pour qu'elles fassent l'objet d'une même ordonnance.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent, () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

3. M. B, ressortissant tunisien né le 22 juillet 1989, est entré en France le 12 juin 2018, selon ses déclarations. Il a été convoqué le 31 janvier 2022 par la gendarmerie de Domène pour vérification de son droit au séjour faisant suite à sa mise en cause dans des faits d'abandon de famille et suspicion de mariage blanc. Par arrêté du 31 janvier 2022, le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a refusé un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination vers lequel il serait reconduit et lui a interdit le retour sur le territoire français durant un an. M. B fait appel du jugement par lequel la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces décisions.

Sur la requête enregistrée à la cour sous le n° 22LY00783 :

En ce qui concerne la régularité du jugement :

4. Si M. B soutient que le jugement de la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Grenoble est entaché d'erreur de droit, d'erreur manifeste d'appréciation et méconnait les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ces moyens ne sont pas au nombre de ceux susceptibles d'affecter la régularité de cette décision juridictionnelle. Par suite, ils doivent être écartés.

5. En second lieu, M. B soutient que le jugement attaqué est entaché d'une omission à statuer sur le moyen tiré de l'absence d'examen préalable, réel et sérieux, de sa situation personnelle. Il ressort toutefois du point 4 du jugement attaqué que la première juge a répondu à ce moyen. Dans ces conditions, et alors en tout état de cause que la première juge n'était pas tenue de répondre à l'ensemble des arguments soulevés devant elle, le moyen tiré de l'omission à statuer doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, M. B soutient, que le préfet n'a pas analysé sa situation au regard de sa qualité de parent d'un enfant né et résidant en France. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que, d'une part, le préfet a examiné la situation de M. B en prenant en compte l'ensemble des éléments dont il avait connaissance à la date d'édiction de la décision contestée. D'autre part, le requérant, lors de son audition par la gendarmerie de Domène le 31 janvier 2022, a lui-même reconnu qu'il n'exerçait pas l'autorité parentale sur son enfant à cette date. Par suite, la circonstance que le préfet n'ait pas fait état de la qualité de parent d'un enfant français du requérant n'est pas de nature, à elle seule, à entacher d'illégalité les décisions contestées ou à démontrer que le préfet aurait procédé à un examen incomplet de sa situation personnelle. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen de sa situation particulière. Par suite, ce moyen doit être écarté.

7. En second lieu, aux termes des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

8. Si M. B soutient qu'il est père d'un enfant français et qu'il a entamé des démarches pour le retrouver et établir des liens avec celui-ci, il ressort des pièces du dossier que le requérant, à la date de la décision, ne justifiait pas d'avoir contribué de quelque façon que ce soit à l'éducation ou à l'entretien de son fils. De surcroît, il a reconnu qu'il n'exerçait pas l'autorité parentale sur son enfant au moment de son audition par la gendarmerie de Domène à la suite de sa mise en cause pour des faits d'abandon de famille et de mariage blanc. Enfin, aucun des éléments versés au dossier ne permet d'établir que M. B entretiendrait des liens intenses avec cet enfant. Par suite, l'obligation de quitter le territoire français contestée ne porte pas atteinte à l'intérêt supérieur de cet enfant mineur, au sens des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention des droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale (). ".

10. Il ressort des termes mêmes de la décision contestée que le préfet de l'Isère a visé et s'est fondé, pour refuser un délai de départ volontaire à M. B, sur les 2° et 8° de l'article L. 612-3 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'une part, il n'est pas contesté que l'intéressé s'est maintenu sur le territoire français postérieurement à l'expiration de son visa. D'autre part, le requérant a indiqué lors de son audition par la gendarmerie de Domène, être hébergé à titre gratuit chez un ami, ne justifiant ainsi pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale. Enfin, M. B ne démontre pas l'existence de circonstances particulières justifiant qu'un délai de départ volontaire lui soit accordé. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

11. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient M. B, il ressort des mentions de l'arrêté contesté que le préfet de l'Isère a procédé à un examen préalable de sa situation particulière et a pris en compte l'ensemble des éléments relatifs à cette dernière dont il avait connaissance à la date de sa décision. Par suite, et pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, le moyen tiré d'un défaut d'examen sérieux et préalable de la situation personnelle de M. B doit être écarté.

12. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention des droits de l'enfant. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

13. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention des droits de l'enfant. Par suite, ce moyen doit être écarté.

14. En second lieu, aux termes de l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne dont les droits et libertés reconnus dans la présente Convention ont été violés, a droit à l'octroi d'un recours effectif devant une instance nationale, alors même que la violation aurait été commise par des personnes agissant dans l'exercice de leurs fonctions officielles. "

15. M. B soutient que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français le prive du droit de se défendre lors la procédure de divorce en cours. Néanmoins, la décision contestée n'a pour objet ou pour effet de le priver du droit de se défendre, de communiquer avec son avocat ou de se faire représenter par ce dernier dans la procédure de divorce en cours. En tout état de cause, l'assignation en divorce devant le juge aux affaires familiale produite en appel est postérieure à l'édiction de la décision litigieuse et donc sans incidence sur la légalité de cette dernière. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales relatives au droit à un recours effectif devant une instance nationale doit également être écarté.

16. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction et de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens.

Sur la requête enregistrée à la cour sous le n° 22LY01111 :

17. La présente ordonnance statuant sur la requête en annulation présentée contre le jugement n° 2200678 rendu le 10 février 2022 par la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Grenoble, la requête n° 22LY00783 tendant à ce qu'il soit sursis à l'exécution de ce jugement est devenue sans objet. Il en est de même des conclusions aux fins d'injonction contenues dans cette requête. Enfin, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État quelque somme que ce soit au profit de son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins de sursis à exécution et d'injonction de la requête n° 22LY01111 de M. B.

Article 2 : La requête n° 22LY00783 de M. B et le surplus des conclusions de sa requête n° 22LY01111 sont rejetés.

.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Fait à Lyon, le 27 février 2023.

Le président,

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

Nos 22LY00783 - 22LY01111

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