lundi 10 juin 2024
| Juridiction | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| Section | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| N° Dossier | CAA69-22LY01565 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Avocat requérant | GOMA MACKOUNDI |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure
Mme A C a demandé au tribunal administratif de Lyon d'annuler les décisions du préfet du Rhône du 17 janvier 2022, lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de quatre-vingt-dix jours et désignant le pays à destination duquel elle serait reconduite d'office à l'expiration de ce délai.
Par un jugement n° 2200811 du 19 avril 2022, le tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour
Par une requête enregistrée le 18 mai 2022, Mme C, représentée par Me Goma Mackoundi, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Lyon du 19 avril 2022 ;
2°) d'annuler les décisions susmentionnées pour excès de pouvoir ;
3°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un titre de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 600 euros, au profit de son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 sous réserve que ce dernier renonce à la part contributive de l'État.
Elle soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de délivrance de titre de séjour :
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'une motivation erronée montrant ainsi un défaut d'examen sérieux de sa situation par le préfet ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 611-3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent, () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. Mme C, ressortissante gabonaise née le 20 août 1978, est entrée en France le 8 septembre 2016, sous couvert d'un visa de court séjour. Elle a présenté une première demande d'asile devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), rejetée le 6 septembre 2012. Par un arrêté du 26 novembre 2012, le préfet du Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français. La requérante a exécuté cette mesure. Suite à son retour en France, Mme C a fait une seconde demande d'asile devant l'OFPRA, qui a été rejetée le 9 décembre 2016, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 21 novembre 2017. Le 2 octobre 2018, la requérante a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement, des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur, reprises aujourd'hui à l'article L. 425-9, en invoquant son état de santé. Le préfet du Rhône lui a délivré un titre de séjour mention " vie privée et familiale " pour la période du 15 août 2018 au 14 août 2019, renouvelé pour la période du 11 juin 2020 au 10 juin 2021. Le 26 juillet 2021, la requérante a sollicité le renouvellement de son titre sur le même fondement. Par arrêté du 17 janvier 2022, le préfet du Rhône lui a opposé un refus, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a désigné le pays de renvoi. Mme C fait appel du jugement par lequel le tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces décisions.
Sur la décision de refus de délivrance de titre de séjour :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".
4. Pour refuser le renouvellement du titre de séjour sollicité sur le fondement de l'article L. 425-9, le préfet du Rhône s'est fondé sur l'avis du 11 juin 2020 par lequel le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a considéré que l'état de santé de Mme C nécessitait une prise en charge dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé au Gabon elle pouvait y bénéficier effectivement d'une traitement approprié mais que les soins, en l'état, devaient être poursuivis pendant une durée de six mois. La requérante, quant à elle, soutient qu'elle ne pourra pas bénéficier pas d'un accès effectif aux soins dans son pays en raison de sa situation financière, ni exercer une activité professionnelle et qu'il ne sera pas tenu compte de sa situation de handicap, alors que le préfet n'apporte pas la preuve de la possibilité de l'accès aux soins dans son pays d'origine et que les personnes atteintes de cancers y sont soignées. Toutefois, les deux certificats médicaux, postérieurs à l'arrêté en litige, déjà produits en première instance, en date du 25 janvier et du 22 mars 2022, qui indiquent seulement que sa pathologie nécessite un suivi, ne sont pas de nature à remettre en cause l'appréciation portée par le collège des médecins de l'OFII ni à établir de manière précise et circonstanciée qu'il n'existerait pas de prise en charge adaptée à son état de santé dans son pays. Par suite, en refusant de renouveler le titre de séjour sollicité, le préfet du Rhône, qui n'avait en tout état de cause pas à rechercher si les soins dans le pays d'origine étaient équivalents à ceux dont elle a bénéficié en France, n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. En deuxième lieu, Mme C soutient qu'elle justifie d'une insertion familiale, personnelle et professionnelle sur le territoire français, qui aurait dû conduire le préfet à lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, que la requérante est entrée récemment en France, qu'elle est hébergée dans un dispositif d'urgence financé par l'État, que les membres de sa famille, nonobstant sa sœur, sont également en situation irrégulière sur le territoire français. Dès lors, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue au Gabon, où elle a vécu la majorité de sa vie et où il n'est pas démontré que les membres de sa famille ne pourraient pas la suivre. Par ailleurs, si elle fait valoir qu'elle a suivi différentes formations et qu'elle est titulaire d'un contrat de travail à durée déterminée de trois ans en qualité d'auxiliaire de vie scolaire, ces seuls éléments ne sauraient démontrer une insertion d'une particulière intensité sur le territoire français de nature à justifier la délivrance d'un titre de séjour de plein droit. Enfin, comme il a été démontré au point 4, l'état de santé de la requérante ne faisait pas obstacle à ce que le préfet refuse son admission au séjour. Par conséquent, la décision attaquée n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que prévu par les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. En troisième lieu et pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5, la décision contestée ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.
7. En dernier lieu, la requérante ne peut utilement invoquer la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle n'a pas déposé de demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de cet article.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. ". La décision contestée, qui comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée. Si le préfet aurait, à tort, relevé que Mme C conserve des attaches au Gabon, cette circonstance est sans incidence sur la motivation de cette décision.
9. En deuxième lieu, comme il a été dit au point 4, les éléments produits par Mme C ne remettent pas en cause l'appréciation portée par le collège des médecins de l'OFII. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 de ce code doit être écarté.
10. Le moyen tiré de l'atteinte disproportionnée portée au droit au respect de la vie privée et familiale de la requérante dont serait entachée l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté pour les motifs énoncés au point 5.
11. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme C est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction et de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée à la préfète du Rhône.
Fait à Lyon, le 10 juin 2024.
Le président,
Gilles Hermitte
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Le greffier,
N° 22LY001565
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026