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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-22LY01590

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-22LY01590

jeudi 30 novembre 2023

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-22LY01590
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

Mme A B a demandé au tribunal administratif de Grenoble d'annuler l'arrêté du 14 octobre 2021 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Par un jugement n° 2107513 du 9 février 2022, le tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour

Par une requête enregistrée le 24 mai 2022, Mme A B, représentée par Me Huard, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Isère du 14 octobre 2021 ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour :

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision d'admission au séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale dès lors que la décision portant refus de titre de séjour est illégale ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de justice administrative ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement ".

2. Selon ses déclarations, Mme B, ressortissante de la République démocratique du Congo, née en 1984, est entrée sur le territoire français le 21 octobre 2015 et s'y maintenue depuis lors. La demande de protection internationale qu'elle a présentée ayant été rejetée, elle a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français par arrêté préfectoral du 24 décembre 2018. Le 6 juillet 2020, Mme B a déposé une demande d'admission au séjour sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu l'article L. 423-23 du code. Par un arrêté du 14 octobre 2021, le préfet de l'Isère a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a désigné le pays de destination. Mme B relève appel du jugement du 9 février 2022 par lequel le tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté.

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes enfin de l'article 3, paragraphe 1, de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

4. Si Mme B invoque la durée de son séjour en France, la présence de son frère, la qualité de son intégration et la scolarisation à Grenoble de son fils de neuf ans, il est constant qu'elle séjourne irrégulièrement en France depuis le rejet de sa demande d'asile et qu'elle ne doit son maintien sur le territoire français qu'à l'inexécution de la mesure d'éloignement dont elle a été l'objet en 2018. Il ne résulte pas du seul fait qu'elle s'est investie bénévolement dans diverses associations à caractère social, qu'elle maîtrise la langue française, qu'elle s'est impliquée dans l'éducation de son fils et qu'elle bénéficie d'une promesse d'embauche en qualité d'aide à domicile que la requérante, qui ne fait état d'aucune insertion professionnelle particulière ni d'aucune attache familiale en France autre que son frère, aurait créé des liens particulièrement intenses et pérennes sur le territoire français, la circonstance qu'elle ait noué des relations amicales avec une famille établie en France et qu'elle dispose d'un logement n'étant pas suffisante. Il ressort des pièces du dossier que Mme B dispose d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses trois autres enfants dont deux sont mineurs, de même que ses parents et ses trois sœurs, et où elle a, elle-même, vécu la plus grande partie de son existence. Elle explique également que son mari vit en Angola avec le plus jeune de leur fils. Dans ces conditions, eu égard aux conditions de son entrée et de son séjour en France et alors qu'elle ne fait état d'aucun élément particulier susceptible de faire obstacle à la poursuite de la scolarité de son fils en République démocratique du Congo, Mme B n'est pas fondée à soutenir qu'en refusant de lui délivrer le titre de séjour sollicité, le préfet a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise et qu'il a ainsi méconnu le 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il résulte de ce qui vient d'être dit que le préfet n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qu'il n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences d'un refus d'admission au séjour sur sa situation personnelle en refusant de faire droit à sa demande.

5. En deuxième lieu, il ne ressort aucunement des pièces du dossier que le préfet de l'Isère n'a pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation personnelle et familiale de Mme B. Il résulte au contraire de l'examen de l'arrêté en litige que le préfet, a indiqué que la décision de refus n'avait ni pour effet, ni pour objet de la séparer de son fils mineur et que rien ne faisait obstacle à la poursuite de scolarité dans son pays d'origine. Le moyen de l'erreur de droit doit par suite, être écarté.

6. En troisième lieu, à l'appui de ses conclusions dirigées contre le refus d'admission au séjour et l'obligation de quitter le territoire français dont elle est l'objet, Mme B reprend en appel les moyens qu'elle avait invoqués en première instance. Il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par le tribunal administratif de Grenoble.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction et de mise à la charge de l'Etat des frais exposés non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au préfet de l'Isère.

Fait à Lyon, le 30 novembre 2023.

Le président de la 2ème chambre,

Dominique Pruvost

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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