vendredi 13 octobre 2023
| Juridiction | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| Section | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| N° Dossier | CAA69-22LY01594 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre - formation à 3 |
| Avocat requérant | BORGES DE DEUS CORREIA |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure
Mme A B a demandé au tribunal administratif de Grenoble :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 août 2021 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a désigné le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre audit préfet, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande après délivrance d'une autorisation provisoire de séjour, le tout dès notification du jugement et sous une astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Par un jugement n° 2201079 du 19 mai 2022, le tribunal administratif de Grenoble a annulé l'arrêté du préfet de l'Isère du 6 août 2021, a enjoint à celui-ci de délivrer un titre de séjour à Mme D B dans un délai de trois mois et de la mettre dans l'attente en possession d'une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours, et a mis à la charge de l'Etat une somme de 900 euros à verser à l'avocat de Mme B en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Procédure devant la cour
Par une requête enregistrée le 23 mai 2022, le préfet de l'Isère demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du 19 mai 2022 du tribunal administratif de Grenoble ;
2°) de rejeter la demande présentée par Mme D B devant le tribunal administratif de Grenoble.
Il soutient que :
- le jugement lui ayant été notifié le 19 mai 2022, sa requête est recevable ;
- contrairement à ce qu'ont estimé les premiers juges, son arrêté ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- cet arrêté n'est par ailleurs entaché d'aucune illégalité externe ou interne.
Par deux mémoires en défense enregistrés le 21 juin 2022 et le 21 mars 2023, Mme B, représentée par Me Borges de Deus Correia, avocat, conclut au rejet de la requête et demande en outre à la cour de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle expose que le moyen soulevé n'est pas fondé.
Par une ordonnance du 10 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 7 avril 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative ;
Le président de la formation de jugement ayant dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Après avoir entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Arnould, premier conseiller ;
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet de l'Isère relève appel du jugement du 19 mai 2022 par lequel le tribunal administratif de Grenoble a annulé son arrêté du 6 août 2021 rejetant la demande de titre de séjour présentée par Mme D B, lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement.
Sur le motif d'annulation retenu par le jugement attaqué :
2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
3. Mme D B, ressortissante marocaine née le 20 novembre 2002, déclare être entrée en France en 2017, peu avant l'âge de 15 ans, après avoir fugué du domicile de ses parents, avec lesquels les relations étaient extrêmement mauvaises, et où elle vivait en état de souffrance. Après que ses parents ont consenti à la confier à une tante maternelle résidant en France et à l'époux de celle-ci, par un acte de kafala du 8 décembre 2017, le tribunal de grande instance de Grenoble, par un jugement rendu le 5 mars 2018, a délégué l'exercice total de l'autorité parentale la concernant à sa tante, qui déclare avec son époux la considérer désormais comme leur propre fille. Mme D B est demeurée vivre auprès de ses oncle et tante et de ses trois cousins en France. Elle y a été scolarisée, et après avoir obtenu le baccalauréat technologique en série " sciences et technologies du management et de la gestion ", elle a été admise dans une formation en alternance, qu'elle n'a toutefois pas pu poursuivre faute d'être autorisée à travailler. Toutefois, la requérante n'est pas dépourvue d'attaches au Maroc, où elle a vécu jusqu'à l'âge de quinze ans, et où résident son père, sa mère, sa sœur et son frère. La délégation de l'autorité parentale, qui a perdu son objet lorsqu'elle a atteint sa majorité, n'a pas affecté ses liens de filiation avec ses parents. Alors qu'il ne ressort pas des termes du jugement du tribunal de grande instance de Grenoble du 5 mars 2018 que la délégation de l'autorité parentale aurait été justifiée par la maltraitance subie par la requérante, celle-ci ne justifie pas, par la production d'une seule attestation non circonstanciée de ses oncle et tante, établie le 5 février 2022, qu'elle aurait subi des mauvais traitements de la part de ses parents et n'aurait plus de contact effectif avec sa famille au Maroc, où elle a séjourné à quatre reprises depuis 2017, soit du 17 juin au 24 août 2018, du 20 décembre 2018 au 7 janvier 2019, du 3 juillet au 7 septembre 2019 et du 28 janvier au 4 février 2020. Dans ces circonstances, le refus du préfet de l'Isère de délivrer une carte de séjour à Mme D B n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
4. Il résulte de ce qui précède que le préfet de l'Isère est fondé à soutenir que c'est à tort que le tribunal administratif de Grenoble a, pour annuler le refus de titre de séjour litigieux et, par voie de conséquence, les décisions dont il est assorti, retenu le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
5. Il appartient à la cour, saisie de l'ensemble du litige par l'effet dévolutif de l'appel, d'examiner les autres moyens soulevés par les parties tant devant le tribunal administratif de Grenoble que devant la cour.
Sur la légalité du refus de titre de séjour :
6. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par la secrétaire générale adjointe de la préfecture de l'Isère, qui avait régulièrement reçu délégation à cette fin par arrêté du préfet de l'Isère du 7 juin 2021, acte réglementaire publié le jour même au recueil des actes administratifs de la préfecture. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de l'arrêté attaqué doit dès lors être écarté.
7. En deuxième lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de l'Isère a rejeté la demande de délivrance d'un titre de séjour dont Mme D B l'avait saisi après avoir procédé à un examen de sa situation personnelle, et notamment les circonstances qu'elle vit en France depuis août 2017, et y a été confiée à sa tante jusqu'à sa majorité.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
9. Il résulte de ce qui a été indiqué au point 3 que le refus d'autoriser le séjour de Mme B en France ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré par la requérante de la violation de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut être accueilli. Pour les mêmes motifs, la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour n'est entachée d'aucune erreur manifeste d'appréciation.
10. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer () la carte de séjour temporaire prévue aux articles () L. 423-23 () à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ".
11. Il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de saisir la commission du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues notamment à l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions. Ainsi qu'il vient d'être dit, Mme D B ne remplissait pas les conditions posées par les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le préfet de l'Isère n'était pas tenu de soumettre son cas à la commission du titre de séjour avant de lui refuser la délivrance d'un titre de séjour sur ce fondement.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
12. Pour les mêmes motifs que ceux ci-dessus mentionnés, Mme D B n'est pas fondée à soutenir que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français aurait été prise par une autorité incompétente, sans examen de sa situation personnelle ni qu'elle méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
13. Il résulte de ce qui précède que le préfet de l'Isère est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Grenoble a annulé son arrêté du 6 août 2021 refusant de délivrer un titre de séjour à Mme D B, lui faisant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement, et à demander l'annulation de ce jugement
14. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par Mme D B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
DÉCIDE :
Article 1er : Le jugement du tribunal administratif de Grenoble n° 2201079 du 19 mai 2022 est annulé.
Article 2 : La demande présentée par Mme D B devant le tribunal administratif de Grenoble et ses conclusions présentées en appel sont rejetées.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à Mme A D B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Jean-Yves Tallec, président de chambre,
Mme Emilie Felmy, présidente-assesseure,
M. Joël Arnould, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2023.
Le rapporteur,
Joël ArnouldLe président,
Jean-Yves TallecLa greffière,
Sandra Bertrand
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026