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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-22LY01805

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-22LY01805

lundi 19 février 2024

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-22LY01805
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation4ème chambre - formation à 3
Avocat requérantFABRE & ASSOCIES AVOCATS, SOCIETE D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Dijon d'annuler d'une part, la décision du 23 septembre 2021 par laquelle le président du conseil d'administration du service départemental d'incendie et de secours de la Nièvre l'a suspendu de ses fonctions de sergent-chef de sapeurs-pompiers volontaires à compter du 16 septembre 2021, et d'autre part, d'annuler la décision du même jour par laquelle le président du conseil d'administration du service d'incendie et de secours de la Nièvre l'a suspendu de ses fonctions de sergent-chef de sapeurs-pompiers professionnels à compter de la même date, jusqu'à la production d'un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination contre la Covid-19.

Par un jugement n° 2102663-2102665 du 5 mai 2022, le tribunal a, après les avoir jointes, rejeté ses demandes.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 16 juin 2022, M. B, représenté par Me Benages, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler les décisions du 23 septembre 2021 ;

3°) d'enjoindre au service départemental d'incendie et de secours de la Nièvre de lui verser l'intégralité de son salaire depuis la date de suspension ;

4°) de mettre à la charge du service départemental d'incendie et de secours de la Nièvre une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'a pas bénéficié d'une information adéquate sur la mesure de suspension dont il a fait l'objet et le SDIS n'apporte pas la preuve de sa convocation à un entretien concernant la régularisation de sa situation après sa suspension de fonctions ; les décisions de suspension sont des décisions conditionnelles créant un droit à se voir réintégré dans ses fonctions, dès lors que cette formalité n'a pas été remplie par son employeur ;

- les mesures de suspension de fonctions sans limite de temps dont il fait l'objet méconnaissent l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983, lequel prévoit un délai maximal de quatre mois pour régler la situation d'un agent public ;

- les décisions litigieuses constituent des sanctions déguisées illicites qui emportent impossibilité de travailler et une suppression de sa rémunération ;

- les décisions en litige sont entachées d'erreur d'appréciation.

Par mémoires en défense enregistrés le 12 septembre 2022 et le 26 octobre 2023, le service départemental d'incendie et de secours de la Nièvre, représenté par la Selarl Fabre et Associées, conclut au rejet de la requête et demande à la cour de mettre à la charge de M. B une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- M. B a été suffisamment informé de l'obligation vaccinale et des conséquences en l'absence des justificatifs exigés par la loi du 5 août 2021, conformément aux dispositions de l'article 14 de la loi du 5 août 2021 ; ;

- M. B ne peut utilement se prévaloir des dispositions de la loi du 13 juillet 1983, dès lors que la suspension dont il a fait l'objet n'a pas été prise sur le fondement de ce texte mais sur celui de la loi du 5 août 2021 ; la suspension prend fin dès que l'agent produit les justificatifs requis quant à l'obligation vaccinale ;

- M. B n'ayant pas produit les justificatifs sollicités, sa suspension devait être prononcée ; cette suspension n'est ni une sanction déguisée, ni disproportionnée ;

- les autres moyens soulevés ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 12 décembre 2023 par ordonnance du même jour prise en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Psilakis,

- les conclusions de M. Savouré, rapporteur public,

- et les observations de Me El Boustani pour M. B ;

Considérant ce qui suit :

1. Par deux décisions du 23 septembre 2021 du président du conseil d'administration du service départemental d'incendie et de secours (SDIS) de la Nièvre, M. B, en sa double qualité de sergent-chef de sapeurs-pompiers volontaire et de sergent-chef de sapeurs-pompiers professionnels depuis le 11 mars 2016, a été suspendu de ses fonctions à compter du 16 septembre 2021, jusqu'à la production d'un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination contre la Covid-19. Il relève appel du jugement du 5 mai 2022 par lequel le tribunal administratif de Dijon a rejeté sa demande d'annulation de ces décisions.

2. Aux termes de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire : " I. Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : / 6° Les sapeurs-pompiers et les marins-pompiers des services d'incendie et de secours, (). " Aux termes de l'article 13 de la même loi : " I. -Les personnes mentionnées au I de l'article 12 établissent : / 1° Satisfaire à l'obligation de vaccination en présentant le certificat de statut vaccinal prévu au second alinéa du II du même article 12. / Par dérogation au premier alinéa du présent 1°, peut être présenté, pour sa durée de validité, le certificat de rétablissement prévu au second alinéa du II de l'article 12. () / () / 2° Ne pas être soumises à cette obligation en présentant un certificat médical de contre-indication. Ce certificat peut, le cas échéant, comprendre une date de validité. / (). " Aux termes de l'article 14 de cette loi : " I. / () / B. - A compter du 15 septembre 2021, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12. / () / III. - Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. A défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail. / La suspension mentionnée au premier alinéa du présent III, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent public remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I. / Elle ne peut être assimilée à une période de travail effectif pour la détermination de la durée des congés payés ainsi que pour les droits acquis par l'agent public au titre de son ancienneté. Pendant cette suspension, l'agent public conserve le bénéfice des garanties de protection sociale complémentaire auxquelles il a souscrit. / (). "

3. En premier lieu, M. B réitère en appel sans y ajouter de nouveau développement son moyen tiré de ce que les mesures de suspension de fonctions sans limite de temps dont il a fait l'objet méconnaissent l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983, lequel prévoit un délai maximal de quatre mois pour régler la situation d'un agent public. Il convient de l'écarter par adoption des motifs circonstanciés retenus à bon droit par le tribunal.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a été reçu en entretien le 6 septembre 2021 afin de se voir expliquer les conséquences d'une absence de vaccination à compter du 15 septembre 2021, qu'il a été destinataire de deux courriels des 15 et 17 septembre 2021 lui rappelant les notes de service diffusées à l'ensemble des personnels du SDIS de la Nièvre, lesquelles comportaient l'information requise par les dispositions précitées de l'article 14 de la loi du 5 août 2021 et, que, au surplus, l'intéressé a été reçu par ses supérieurs le 14 octobre 2021, pendant sa suspension, afin de faire le point sur sa situation administrative et son refus de vaccination, bien qu'aucune disposition législative ni règlementaire ne l'imposait. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'il n'a pas bénéficié d'une information personnelle et adéquate des conséquences du non-respect de l'obligation vaccinale sur sa situation administrative, ni, en tout état de cause, que les décisions en cause sont illégales faute pour lui d'avoir été entendu, une fois suspendu, sur la possibilité de régulariser de sa situation.

5. En dernier lieu, alors que l'intéressé a été privé de sa rémunération en vertu d'une stricte application par le SDIS de la Nièvre des dispositions de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 précitées, qui imposent une obligation vaccinale pour l'ensemble des sapeurs-pompiers des services d'incendie et de secours, et en l'absence de tout élément au dossier de nature à établir l'existence d'une quelconque intention disciplinaire, M. B, dont l'argumentaire se borne à contester le bien-fondé des mesures prophylactiques introduites par cette même loi, n'est pas fondé à soutenir que sa suspension aurait le caractère d'une sanction déguisée illicite, ni qu'elle serait entachée d'erreur d'appréciation.

6. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal a rejeté sa demande.

7. M. B, qui est la partie perdante, n'est pas fondé à demander la condamnation du SDIS de la Nièvre au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre une somme à sa charge au titre des frais exposés par le SDIS de la Nièvre à l'occasion du présent litige.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le SDIS de la Nièvre au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. A B et au service départemental d'incendie et de secours de la Nièvre.

Délibéré après l'audience du 25 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Evrard, présidente de la formation de jugement,

Mme Psilakis, première conseillère,

Mme Corvellec, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 février 2024.

La rapporteure,

C. PsilakisLa présidente,

A. Evrard

La greffière,

F. Faure

La République mande et ordonne au ministre du travail, de la santé et des las solidarités en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

22LY01805

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