lundi 6 février 2023
| Juridiction | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| Section | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| N° Dossier | CAA69-22LY01819 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Avocat requérant | BARIOZ |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure
M. E C a demandé au tribunal administratif de Grenoble d'annuler les décisions du préfet de l'Isère du 21 février 2022, l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, désignant le pays à destination duquel il serait reconduit d'office et lui interdisant le retour sur le territoire français durant un an.
Mme A C et M. B D ont demandé au tribunal administratif de Grenoble d'annuler les décisions du préfet de l'Isère du 21 février 2022, les obligeant à quitter le territoire français sans délai, désignant le pays à destination duquel ils seraient reconduits d'office et leur interdisant le retour sur le territoire français durant deux ans.
Par trois ordonnances du 25 février 2022, le président de la 4ème chambre du tribunal administratif de Grenoble a transmis les trois requêtes au tribunal administratif de Lyon, en application des articles R. 776-15 et R. 312-8 du code de justice administrative.
Par un jugement nos 2201462, 2201463, 2201464 du 11 mai 2022, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Lyon a rejeté leur demande.
Procédure devant la cour
I. Par une requête enregistrée le 9 juin 2022 sous le n° 22LY01819, M. E C, représenté par Me Barioz, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement du magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Lyon du 11 mai 2022 ;
2°) d'annuler les décisions susmentionnées pour excès de pouvoir ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer sans délai une autorisation de séjour provisoire avec droit au travail dans l'attente du réexamen de sa situation ;
4°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de s'assurer de l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dont il fait l'objet ;
5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros, au profit de son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
S'agissant du jugement attaqué :
- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur de fait, d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la même convention ;
S'agissant de la décision refusant un délai de départ volontaire :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 612-1 à L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
II. Par une requête enregistrée le 20 octobre 2022 sous le n° 22LY03104, Mme A C, représentée par Me Barioz, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement du magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Lyon du 11 mai 2022 ;
2°) d'annuler les décisions susmentionnées pour excès de pouvoir ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer sans délai une autorisation de séjour provisoire avec droit au travail dans l'attente du réexamen de sa situation ;
4°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de s'assurer de l'effacement du signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen dont elle fait l'objet ;
5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros, au profit de son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision refusant un délai de départ volontaire :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 612-1 à L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
III. Par une requête enregistrée le 20 octobre 2022 sous le n° 22LY03105, M. B D, représenté par Me Barioz, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement du magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Lyon du 11 mai 2022 ;
2°) d'annuler les décisions susmentionnées pour excès de pouvoir ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer sans délai une autorisation de séjour provisoire avec droit au travail dans l'attente du réexamen de sa situation ;
4°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de s'assurer de l'effacement du signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen dont il fait l'objet ;
5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros, au profit de son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Il invoque les mêmes moyens que ceux énoncés ci-dessus, soulevés par son épouse dans sa propre requête.
Par décision du 21 septembre 2022, le bureau d'aide juridictionnelle a rejeté la demande d'aide juridictionnelle présentée par M. C, Mme C et M. D.
Vu les autres pièces des dossiers ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent, () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. Les requêtes susvisées présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour statuer par une seule ordonnance.
3. M. D et Mme C, ressortissants arméniens nés respectivement le 27 mars 1978 et le 25 juin 1977, sont entrés en France le 19 décembre 2013, selon leurs déclarations, accompagnés de leur fils E C, né le 15 mai 1998. Ils ont présenté une demande d'asile, rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile le 26 avril 2016. Les époux ont ensuite fait l'objet d'une première mesure d'éloignement le 5 décembre 2016 dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Lyon. Le 23 décembre 2020, le préfet de l'Ardèche a refusé le séjour aux époux et à leur fils, devenu majeur, et a prononcé à leur encontre une obligation de quitter le territoire français. Ces décisions ont été confirmées par le tribunal administratif de Lyon le 17 mai 2021. À la suite d'une interpellation, le préfet de l'Isère leur a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français, par trois arrêtés du 21 février 2022. M. C, M. D et Mme C font appel du jugement par lequel le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces décisions.
Sur le jugement attaqué :
4. Si M. C fait valoir que le jugement contesté ne comporte pas de motivation propre à sa situation, il ressort de ce jugement que le tribunal administratif a analysé de manière suffisamment précise l'ensemble des moyens qu'il a présentés à l'appui de ses conclusions. Le jugement n'est, dès lors, pas entaché d'irrégularité.
Sur les obligations de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, il ne ressort pas de l'arrêté pris à l'encontre de M. C, qui mentionne l'ensemble des éléments de sa situation sur lesquels il se fonde, que le préfet de l'Isère aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen particulier.
6. En deuxième lieu, M. D et Mme C font valoir qu'ils vivent en France depuis plus de huit ans, que leurs enfants y sont scolarisés, notamment M. C jusqu'en 2017 et qu'ils disposent d'une insertion professionnelle sur le territoire français. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les époux ont fait l'objet d'une première mesure d'éloignement qu'ils n'ont pas exécutée. Ils se sont maintenus irrégulièrement sur le territoire français en dépit des obligations de quitter le territoire français prononcées à leur encontre le 23 décembre 2020, confirmées par le tribunal administratif de Lyon. M. D et Mme C n'établissent pas, par les seules promesses d'embauche produites, qu'ils sont insérés professionnellement. Bien que M. C fasse valoir qu'il a poursuivi sa scolarité en France et qu'il dispose d'une promesse d'embauche pour un poste de plâtrier-peintre, ces éléments ne justifient pas davantage d'une insertion professionnelle particulière sur le territoire français. En outre, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue hors de France, et notamment en Arménie, pays dont tous les membres du foyer ont la nationalité, où les requérants ont vécu la majeure partie de leur existence. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, et notamment des conditions d'entrée et de séjour des requérants en France, et eu égard aux effets d'une mesure d'éloignement, les décisions contestées ne portent pas au droit des intéressés au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elles ont été prises. Elles ne méconnaissent dès lors pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. En troisième lieu, en l'absence de précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé, les moyens tirés de l'erreur de fait, de l'erreur de droit, de l'erreur manifeste d'appréciation et de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
Sur les décisions refusant un délai de départ volontaire :
8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. C, M. D et Mme C ne sont pas fondés à exciper de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français à l'appui de leurs conclusions dirigées contre les refus de délai de départ volontaire.
9. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme C et M. D ont fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement le 5 décembre 2016 et le 23 décembre 2020. M. C a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 23 décembre 2020. Ils n'ont exécuté aucune de ces décisions, se maintenant irrégulièrement sur le territoire français en méconnaissance de mesures de police prises à leur encontre, dont la légalité a été confirmée par la juridiction administrative. Ils ne justifient, en outre, d'aucune circonstance particulière. Dès lors, le préfet pouvait, sans commettre d'erreur d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 612-1 à L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni d'erreur de fait, se fonder sur cette seule circonstance pour refuser de leur accorder un délai de départ volontaire.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. C, M. D et Mme C ne sont pas fondés à exciper de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français à l'appui de leurs conclusions dirigées contre les interdictions de retour sur le territoire français.
11. En deuxième lieu, d'une part, Mme C, M. D et M. C se sont vu refuser tout délai de départ volontaire pour exécuter les obligations de quitter le territoire prises à leur encontre et ne font état d'aucune circonstance humanitaire. Le préfet de l'Isère n'a donc pas commis d'erreur d'appréciation en prononçant des interdictions de retour sur le territoire français à leur encontre. D'autre part, les requérants ont fait l'objet de plusieurs mesures d'éloignement le 5 décembre 2016 et le 23 décembre 2020 qu'ils n'ont pas exécutées. Ils ne justifient pas disposer de liens anciens sur le territoire français. Par suite, le préfet de l'Isère n'a pas commis d'erreur d'appréciation en fixant à un an la durée des interdictions de retour sur le territoire français pour M. C, et à deux ans pour M. D et Mme C.
12. En troisième lieu, les moyens tirés de la violation des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne sont pas assortis de précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, compte tenu de ce qui a été dit plus haut et en l'absence de circonstance particulière, les interdictions de retour sur le territoire français ne méconnaissent pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
13. Il résulte de ce qui précède que les requêtes de M. C, M. D et Mme C sont manifestement dépourvues de fondement. Dès lors, elles doivent être rejetées, y compris en leurs conclusions aux fins d'injonction et de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens.
ORDONNE :
Article 1er : Les requêtes de M. C, M. D et Mme C sont rejetées.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. E C, M. B D et Mme A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.
Fait à Lyon, le 6 février 2023.
Le président,
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Le greffier, - 22LY03104 - 22LY03105
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026