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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-22LY02228

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-22LY02228

lundi 19 décembre 2022

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-22LY02228
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

Mme A C épouse B a demandé au tribunal administratif de Grenoble d'annuler les décisions du préfet de l'Isère du 3 décembre 2021, lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et désignant le pays à destination duquel elle serait reconduite d'office à l'expiration de ce délai.

Par un jugement n° 2200003 du 28 février 2022, le tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour

Par une requête enregistrée le 18 juillet 2022, Mme B, représentée par Me Huard, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Grenoble du 28 février 2022 ;

2°) d'annuler les décisions susmentionnées pour excès de pouvoir ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa demande dans le délai d'un mois et, dans l'attente, de lui délivrer sous huitaine une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros, au profit de son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant du jugement attaqué :

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de son état de santé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen quant à la possibilité effective d'accéder à un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine ;

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation familiale ;

S'agissant de l'arrêté contesté :

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur de fait ;

- il procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il est entaché d'un défaut d'examen ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- pour le surplus, elle entend reprendre ses moyens de première instance, tirés :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- de son insuffisance de motivation ;

- du vice de procédure, faute de recueil de l'avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), celui-ci étant de surcroît obsolète ;

- de l'erreur de droit, le préfet s'étant cru, à tort, lié par l'avis rendu par le collège de médecins de l'OFII ;

- de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- de l'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- de l'exception d'illégalité ;

- de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- de l'erreur manifeste d'appréciation.

Mme C épouse B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent, () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. Mme C épouse B, ressortissante albanaise née le 19 mars 1960, déclare être entrée en France le 1er décembre 2018. Le 22 juillet 2019, elle a sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable à la date de sa demande. Un titre de séjour portant la mention " étranger malade " lui a été délivré pour la période du 16 décembre 2019 jusqu'au 15 décembre 2020. Le 19 novembre 2020, Mme B a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par arrêté du 3 décembre 2021, le préfet de l'Isère lui a opposé un refus, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a désigné le pays de renvoi. Mme B fait appel du jugement par lequel le tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces décisions.

Sur le jugement attaqué :

3. Hormis le cas où les juges de première instance ont méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s'imposaient à eux et ont ainsi entaché leur jugement d'une irrégularité, il appartient au juge d'appel, non d'apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels les juges de première instance se sont prononcés sur les moyens qui leur étaient soumis, mais de se prononcer directement sur les moyens dirigés contre la décision administrative contestée dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel. La requérante ne peut donc utilement se prévaloir d'erreurs manifestes dans l'appréciation de sa situation ou d'un défaut d'examen qu'aurait commis le tribunal pour demander l'annulation du jugement attaqué au motif qu'il serait entaché d'irrégularité.

Sur l'arrêté contesté :

3. Il ressort des pièces du dossier que, par un avis du 30 juin 2021, le collège des médecins de l'OFII a indiqué que si l'état de santé de Mme B nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut était susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé albanais, l'intéressée pouvait bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine et voyager pour s'y rendre sans risque médical.

4. Si la requérante conteste cette appréciation et fait valoir qu'elle ne pourrait faire l'objet en Albanie des traitements et du suivi multidisciplinaire dont elle bénéficie en France, elle ne l'établit toutefois pas par la production d'un certificat d'un médecin généraliste du 1er février 2022 se bornant à rappeler ses antécédents médicaux et chirurgicaux et indiquant, sans aucune précision ou justification, que " son état de santé nécessite son maintien en France ". De même, le certificat du diabétologue de la requérante, s'il mentionne que son traitement ne doit pas être interrompu, ne démontre pas que celui-ci ne puisse être poursuivi à l'étranger, pas davantage que la documentation rédigée par les services de l'Organisation mondiale de la santé produite en appel, qui présente un caractère général et dont il ne peut être déduit que Mme B ne pourrait accéder personnellement dans son pays d'origine aux traitements qui lui sont nécessaires. De surcroît, l'appelante n'établit par aucune pièce versée au dossier que la technologie dite de " Freestyle libre " dont elle bénéficie en France serait indisponible en Albanie, alors même qu'aucun élément n'indique que ce dispositif d'auto surveillance du taux de glucose ne pourrait être remplacé par d'autres méthodes de suivi sans entraîner des risques pour sa santé. Enfin, l'intéressée ne justifie pas de ses déclarations selon lesquelles le coût des traitements nécessaires à son état de santé serait trop élevé pour qu'elle y ait accès.

5. Par suite, les éléments versés au dossier sont insuffisants à remettre en cause l'avis émis par l'OFII. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.

6. En deuxième lieu, les moyens tirés de l'erreur de fait, ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation et du défaut d'examen de la situation de Mme B reposent sur les mêmes arguments que ceux invoqués à l'appui de la méconnaissance alléguée de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ils doivent donc être écartés pour les mêmes motifs qu'énoncés aux points 3, 4 et 5.

7. En troisième lieu, Mme B soutient que l'arrêté contesté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois il est constant, ainsi que l'a rappelé le tribunal administratif, que l'intéressée a vécu cinquante-huit ans dans son pays d'origine, où elle conserve d'importantes attaches familiales en la personne de son époux, de ses parents, de ses deux frères et de sa sœur. Si la requérante fait valoir que les premiers juges n'ont pas indiqué que deux de ses enfants résidaient en France, il ressort des pièces du dossier que la fille de Mme B fait également l'objet d'une mesure d'éloignement et que l'appelante ne justifie ni même n'allègue que son fils réside régulièrement sur le territoire national. La cellule familiale de la requérante pourra donc se reconstituer en Albanie, son pays d'origine, où rien n'indique qu'elle ne pourrait mener une vie privée et familiale normale. En outre, le fait que Mme B bénéficie du versement d'une allocation adulte handicapé en France n'est pas de nature à lui ouvrir un droit au séjour ou à faire obstacle à son départ du territoire. Enfin, il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 5 que l'appelante peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Par suite, c'est à bon droit que le tribunal administratif de Grenoble a jugé qu'en édictant l'arrêté en litige, le préfet de l'Isère n'avait pas porté une atteinte disproportionnée au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit par conséquent être écarté.

8. En quatrième et dernier lieu, la requête de Mme B se borne, pour le surplus, à reprendre l'énoncé des moyens invoqués devant les premiers juges. Ces moyens ont été écartés à bon droit par le tribunal administratif de Grenoble. Il y a lieu, dès lors, par adoption des motifs du jugement attaqué à l'encontre desquels la requérante ne formule aucune critique utile ou pertinente, d'écarter ces moyens.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction et de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C épouse B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Fait à Lyon, le 19 décembre 2022.

Le président,

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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