lundi 6 février 2023
| Juridiction | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| Section | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| N° Dossier | CAA69-22LY02423 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Avocat requérant | MORLAT |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure
Mme B A a demandé au tribunal administratif de Grenoble d'annuler les décisions du 17 décembre 2021 par lesquelles le préfet de la Savoie lui a ordonné de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a désigné le pays à destination duquel elle serait reconduite d'office à l'expiration de ce délai, et a prononcé à son égard une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
Par un jugement n° 2200078 du 10 février 2022, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour
Par une requête enregistrée le 26 juillet 2022, Mme A, représentée par Me Morlat, demande à la cour :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler le jugement du 10 février 2022 ;
3°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté susmentionné ;
4°) d'enjoindre au préfet d'enregistrer sa demande d'asile dans le délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir et de lui remettre une autorisation provisoire de séjour pour le temps nécessaire à l'examen de sa demande par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
5°) subsidiairement, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation, sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
6°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros hors taxes, au profit de son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 7 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant et porte atteinte au principe général du droit protégeant l'unité familiale ;
- elle porte atteinte au droit constitutionnel de l'asile ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de la décision désignant le pays de renvoi :
- elle a été prise en violation des stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative ;
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent, () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. Mme A, ressortissante albanaise née le 1er septembre 1987, est entrée en France le 11 février 2020, selon ses déclarations, accompagnée de ses enfants mineurs. Elle a sollicité le bénéfice de la protection internationale pour elle-même et ses deux fils le 24 février 2020 et le 30 octobre suivant, pour le compte de son troisième enfant, né en France le 1er mai 2020, demandes rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 18 juin 2021. Par un arrêté du 17 décembre 2021, le préfet de la Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a désigné le pays de renvoi et lui a interdit de revenir en France pendant un an à compter de l'exécution de cette mesure d'éloignement. Mme A fait appel du jugement par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces décisions.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, la requérante ne peut sérieusement soutenir que la réalité de la délégation de signature accordée à la directrice de la citoyenneté et de la légalité par un arrêté du préfet de la Savoie en date du 30 août 2021, publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture, n'est pas établie, cette pièce ayant déjà été produite en première instance. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.
4. En deuxième lieu, la décision contestée comportant les considérations de droit et les circonstances de fait tenant à la situation de l'intéressée sur lesquelles le préfet a fondé sa décision, Mme A n'est pas fondée à soutenir qu'elle est insuffisamment motivée.
5. En troisième lieu, la requérante soutient que la mesure d'éloignement prise à son encontre porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Toutefois, il ressort du dossier qu'à la date où elle a été décidée, Mme A, entrée à l'âge de trente-deux ans, ne séjournait que depuis un an et dix mois sur le territoire français, où elle n'établit pas posséder d'attaches familiales autres que ses enfants mineurs qui ont vocation à l'accompagner, alors que, selon ses déclarations, ses deux parents et deux de ses frères et sœurs, ainsi que son époux et ses beaux-parents résident en Albanie, quatre autres frères et sœur vivant en Angleterre et en Suède. Mme A, qui occupait dans son pays d'origine un emploi de repasseuse dans une entreprise de confection et aurait également travaillé dans un salon de coiffure, ne justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle particulière en France, dont elle ne comprend pas la langue. Il ne ressort pas non plus du dossier qu'elle serait exposée à des menaces graves en Albanie, l'empêchant d'y mener une vie privée et familiale normale, avec ou sans son époux dont elle a déclaré vouloir divorcer à son insu, en raison de sa violence. Ainsi, rien ne fait obstacle à ce qu'elle se réinsère dans ce pays, où elle a vécu l'essentiel de son existence. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la mesure d'éloignement contestée méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 7 la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, de même que le principe de protection de l'unité familiale.
6. En quatrième lieu, Mme A fait valoir que la mesure d'éloignement en litige porte atteinte à l'intérêt supérieur de ses fils nés en 2008, 2011 et 2020. Toutefois, cette décision n'a pas pour effet de la séparer de ses enfants, qui ont vocation à l'accompagner, conformément au principe de respect de l'unité familiale. En outre, il n'apparaît pas que ces enfants seraient privés de scolarité hors de France, et notamment en Albanie, où les deux aînés ont vécu jusqu'à l'âge de neuf et onze ans et où ils conservent de surcroît de fortes attaches familiales. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". Les dispositions de l'article L. 542-2 du même code prévoient quant à elles que : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 () ". Le 1° de ce dernier article concerne, en particulier, le cas où l'OFPRA statue en procédure accélérée au motif que l'intéressé provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 531-25 du même code.
8. En l'espèce, la requérante, qui n'a pas contesté les décisions de l'OFPRA concernant ses deux fils aînés et elle-même, a introduit un recours auprès de la Cour nationale du droit d'asile le 20 août 2021 à l'encontre du rejet de la demande d'asile de son fils né en 2020. Toutefois, il ressort du dossier que les décisions de l'OFPRA ont été rendues en application du 1° de l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mentionné ci-dessus et qu'ainsi, l'ensemble des membres de la cellule familiale ne disposait plus du droit de se maintenir sur le sol français. Il résulte de ce qui précède que la mesure d'éloignement ne méconnaît pas le droit constitutionnel de l'asile, qui s'exerce selon les modalités prévues par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne ressort pas non plus du dossier que cette décision du 26 juillet 2022 ait empêché Mme A de déposer une demande de protection internationale.
9. En sixième lieu, il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Sur la désignation du pays de destination :
10. Si elle soutient que la décision contestée méconnaît les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, Mme A, qui s'est vu refuser tout régime de protection par l'organisme national compétent, n'établit pas, au-delà de tout doute raisonnable, qu'elle et ses enfants seraient actuellement et personnellement exposés à des risques sérieux pour leur vie, leur liberté et leur sécurité en Albanie. Par suite, ces moyens doivent être écartés.
11. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction et de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de la Savoie.
Fait à Lyon, le 6 février 2023.
Le président,
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Le greffier,
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026