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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-22LY02817

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-22LY02817

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-22LY02817
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation4ème chambre - formation à 3
Avocat requérantSCP THEMIS AVOCATS & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

M. B A a demandé au tribunal administratif de Clermont-Ferrand d'annuler la décision par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Lyon a implicitement rejeté le recours administratif préalable obligatoire qu'il avait introduit à l'encontre de la décision du 23 mars 2022 du président de la commission de discipline du centre pénitentiaire de Moulins-Yzeure adoptant une sanction disciplinaire à son égard.

Par ordonnance n° 2201645 du 27 juillet 2022, la magistrate désignée du tribunal a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour

Par requête enregistrée le 22 septembre 2022, M. A, représenté par Me Ciaudo, demande à la cour :

1°) d'annuler cette ordonnance et cette décision ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat et au bénéfice de son conseil la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'ordonnance attaquée est irrégulière dès lors que sa demande n'était pas manifestement irrecevable ;

- la décision du 28 avril 2022 du directeur interrégional des services pénitentiaires de Lyon, qui portait sur une sanction distincte, n'a pu se substituer à la décision implicite de rejet du directeur interrégional des services pénitentiaires de Lyon contestée ;

- l'autorité ayant décidé des poursuites était incompétente ;

- l'autorité ayant signé le rapport d'enquête n'appartient pas au personnel de commandement de l'administration pénitentiaire ;

- la commission de discipline était irrégulièrement composée dès lors que l'assesseur extérieur était absent, que le président ne disposait pas d'une délégation de compétence pour la présider et qu'il n'est pas justifié que le premier assesseur n'était pas lui-même le rédacteur du compte-rendu d'incident ;

- la sanction a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article R. 57-7-16 du code de procédure pénale et en violation des droits de la défense ;

- les faits d'insultes, menaces ou propos outrageants proférés à l'encontre d'un membre du personnel qui lui sont reprochés ne sont pas établis ;

- la sanction est disproportionnée par rapport aux faits qui lui sont reprochés.

Le garde des sceaux, ministre de la justice, a produit un mémoire enregistré le 4 octobre 2024, par lequel il conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête est irrecevable à défaut de recours administratif préalable obligatoire à l'encontre de la sanction disciplinaire et que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que l'arrêt était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence de la magistrate désignée du tribunal administratif de Clermont-Ferrand pour rejeter la demande de M. A par voie d'ordonnance sur le fondement du 4° de l'article R. 221-1 du code de justice administrative alors que sa demande ne pouvait être regardée comme manifestement irrecevable.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Evrard,

- et les conclusions de Mme Psilakis, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a demandé au tribunal administratif de Clermont-Ferrand d'annuler la décision par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Lyon a implicitement rejeté le recours administratif préalable obligatoire qu'il avait introduit le 1er avril 2022 à l'encontre de la décision du 23 mars 2022 du président de la commission de discipline du centre pénitentiaire de Moulins-Yzeure le sanctionnant d'un avertissement. Il demande à la cour d'annuler l'ordonnance par laquelle la magistrate désignée du tribunal a rejeté sa demande.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le garde des sceaux, ministre de la justice :

2. Si le garde des sceaux, ministre de la justice, fait valoir que M. A ne justifie pas l'introduction d'un recours administratif préalable obligatoire à l'encontre de la décision du 23 mars 2022, une telle circonstance est sans incidence sur la recevabilité de la requête d'appel. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir opposée par le garde des sceaux, ministre de la justice, ne peut qu'être rejetée.

Sur la régularité de l'ordonnance attaquée :

3. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les magistrats ayant une ancienneté minimale de deux ans et ayant atteint au moins le grade de premier conseiller désignés à cet effet par le président de leur juridiction peuvent, par ordonnance : () / 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens () ".

4. Aux termes de l'article R. 57-7-32 du code de procédure pénale, dans sa version alors en vigueur : " La personne détenue qui entend contester la sanction prononcée à son encontre par la commission de discipline doit, dans le délai de quinze jours à compter du jour de la notification de la décision, la déférer au directeur interrégional des services pénitentiaires préalablement à tout recours contentieux. Le directeur interrégional dispose d'un délai d'un mois à compter de la réception du recours pour répondre par décision motivée. L'absence de réponse dans ce délai vaut décision de rejet ".

5. Lorsque le silence gardé par l'administration sur une demande dont elle a été saisie a fait naître une décision implicite de rejet, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Dans ce cas, des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.

6. Par l'ordonnance attaquée, la magistrate désignée du tribunal administratif de Clermont-Ferrand, après avoir constaté que s'était substitué, à la décision implicite de rejet initiale, une décision expresse du 28 avril 2022, a rejeté les conclusions de M. A dirigées contre la décision implicite comme manifestement irrecevables sur le fondement du 4° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

7. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et, notamment, du bordereau d'envoi de la télécopie adressée, le 1er avril 2022, par le conseil du requérant au directeur interrégional des services pénitentiaires de Lyon, lequel comporte la mention " validé ", que M. A a valablement exercé, le 1er avril 2022, un recours administratif à l'encontre de la décision du 23 mars 2022 auprès du directeur interrégional, lequel a fait naître une décision implicite de rejet le 15 avril 2022. Il résulte en outre de ce qui a été dit au point 4 que l'intervention d'une décision explicite de rejet ne pouvait avoir pour effet de rendre les conclusions dirigées contre cette décision initiale irrecevables, les conclusions à fin d'annulation de cette première décision devant être regardées comme dirigées contre la seconde. Il s'ensuit que M. A est fondé à soutenir que sa requête ne pouvait être rejetée comme manifestement irrecevable. Dans ces conditions, elle ne pouvait faire l'objet d'un rejet par ordonnance prise sur le fondement des dispositions du 4° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. L'ordonnance attaquée est, par suite, entachée d'incompétence et doit, ainsi, être annulée comme irrégulière.

8. Il y a lieu de renvoyer l'affaire devant le tribunal administratif de Clermont-Ferrand pour qu'il statue à nouveau sur la demande de M. A.

Sur les frais liés à l'instance :

9. La demande d'aide juridictionnelle formée par M. A a été rejetée comme caduque. Par suite, les conclusions présentées par son avocat, tendant à l'application à son bénéfice des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ne peuvent qu'être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : L'ordonnance n° 2201645 du 27 juillet 2022 de la magistrate désignée du tribunal administratif de Clermont-Ferrand est annulée.

Article 2 : L'affaire est renvoyée au tribunal administratif de Clermont-Ferrand.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à M. B A et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Evrard, présidente de la formation de jugement,

M. Savouré, premier conseiller,

Mme Corvellec, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.

La présidente-rapporteure,

A. Evrard

L'assesseur le plus ancien,

B. Savouré

La greffière,

F. Faure

La République mande et ordonne garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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