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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-22LY02988

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-22LY02988

lundi 13 février 2023

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-22LY02988
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL BS2A - BESCOU & SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

M. A B a demandé au tribunal administratif de Lyon d'annuler les décisions de la préfète de la Loire du 29 avril 2022, lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et désignant le pays à destination duquel il serait reconduit d'office à l'expiration de ce délai.

Par un jugement n° 2204038 du 13 septembre 2022, le tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour

Par une requête enregistrée le 13 octobre 2022, M. B, représenté par la SELARL BS2A Bescou et Sabatier, agissant par Me Bescou, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Lyon du 13 septembre 2022 ;

2°) d'annuler les décisions susmentionnées pour excès de pouvoir ;

3°) d'enjoindre à la préfète de la Loire de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale ", " salarié " ou " travailleur temporaire " ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant du jugement attaqué :

- il méconnaît les stipulations des articles 6, 5) et 7, e) de l'accord franco-algérien ;

S'agissant de la décision portant refus de délivrance de titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- la préfète de la Loire était tenue de statuer sur sa demande d'autorisation de travail avant de refuser de l'admettre au séjour ;

- elle méconnaît les stipulations du e) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle procède d'une erreur de droit ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation dans l'exercice par la préfète de la Loire de son pouvoir général de régularisation ;

- elle procède d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale, du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est illégale, du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale, du fait de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent, () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. B, ressortissant algérien né le 25 septembre 2000, est entré en France le 11 janvier 2018, sous couvert d'un visa de court séjour valable trente jours. Le 19 octobre 2021, il a sollicité son admission au séjour par la délivrance d'un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale ", " salarié " ou " travailleur temporaire ". Par arrêté du 29 avril 2022, la préfète de la Loire lui a opposé un refus, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a désigné le pays de renvoi. M. B fait appel du jugement par lequel le tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces décisions.

Sur le jugement attaqué :

3. M. B soutient que le jugement contesté méconnaît les stipulations des articles 6, 5) et 7, e) de l'accord franco-algérien. Toutefois de tels moyens, qui se rapportent au bien-fondé de la décision juridictionnelle, ne constituent pas des moyens d'irrégularité du jugement dont la présente cour peut connaître.

Sur la décision de refus de délivrance de titre de séjour :

4. En premier lieu, contrairement à ce que soutient M. B, il ressort des mentions de l'arrêté contesté que la préfète de la Loire, qui n'était pas tenue de mentionner de manière exhaustive tous les éléments concernant la situation personnelle du requérant, a procédé à un examen préalable de la situation de l'intéressé et a pris en compte l'ensemble des éléments de sa situation personnelle dont elle avait connaissance à la date de sa décision. Il ressort ainsi des termes de la décision contestée que la préfète de la Loire a tenu compte des éléments présentés par M. B, en particulier sa formation et les caractéristiques du contrat d'alternance qui lui était proposé, pour rejeter son admission exceptionnelle au séjour. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'examen de la situation personnelle de M. B doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il résulte des dispositions combinées des articles R. 5221-3, R. 5221-11, R. 5221-15 et R. 5221-17 du code du travail que la demande d'autorisation de travail présentée par un étranger qui est déjà présent sur le territoire national doit être adressée au préfet par l'employeur. Le préfet, saisi d'une telle demande, présentée sous la forme des imprimés Cerfa, ne peut refuser l'admission au séjour de l'intéressé au motif que ce dernier ne produit pas d'autorisation de travail ou de contrat de travail visé par l'autorité compétente, dès lors qu'il lui appartient de faire instruire la demande d'autorisation de travail par ses services. Toutefois, et contrairement à ce que soutient l'appelant, la seule production d'une promesse d'embauche en contrat d'apprentissage à l'appui d'une demande de titre de séjour, non accompagnée d'une demande d'autorisation de travail d'un salarié étranger émanant d'un employeur, ne peut être assimilée à une telle demande. Ainsi, ni la promesse d'embauche en contrat d'apprentissage, ni la demande de titre de séjour ne peuvent, à eux seuls, être regardés comme valant demande d'autorisation de travail au sens de l'article R. 5221-11 précité du code du travail, alors qu'il n'est pas établi, ni même soutenu, que l'employeur de M. B aurait déposé une demande d'autorisation de travail auprès des services en charge de l'emploi. Par suite, l'appelant n'est pas fondé à soutenir que la préfète de la Loire était tenue de statuer sur une supposée demande d'autorisation de travail avant de refuser de l'admettre au séjour.

6. En troisième lieu, M. B n'établit pas avoir été autorisé à travailler sur le fondement du e) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par suite, il n'est pas fondé à se prévaloir d'une méconnaissance de ces stipulations.

7. En quatrième lieu, le moyen tiré de l'erreur de droit repose sur les mêmes arguments que ceux développés à l'appui des trois moyens écartés aux points précédents. Il ne peut en conséquence qu'être écarté.

8. En cinquième lieu, M. B se prévaut de ses quatre années de séjour en France, de la présence de ses grands-parents, sous l'autorité desquels il a été placé jusqu'à sa majorité par un acte de kafala du 29 avril 2019, ainsi que de son frère et de sa sœur. Toutefois, il est constant que, comme l'ont relevé les premiers juges, le requérant a vécu l'essentiel de son existence dans son pays d'origine, où il conserve des attaches familiales, notamment en la personne de sa mère. En outre, si M. B fait valoir qu'il suit une formation en apprentissage et qu'il possède des perspectives d'insertion professionnelle en France, il n'est ni établi ni même allégué qu'il ne puisse poursuivre sa formation ou s'insérer professionnellement en Algérie. De même, l'appelant ne justifie pas qu'il ait, en raison de ce parcours professionnel, déplacé le centre de ses intérêts privés et familiaux en France. Par suite, c'est à bon droit que les premiers juges ont estimé qu'en l'espèce, en édictant la décision en litige, compte tenu de la durée et des conditions du séjour de M. B, la préfète de la Loire n'a pas porté une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale, eu égard aux buts que cette décision poursuivait. Les moyens tirés de la méconnaissance du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent en conséquence être écartés.

9. En cinquième lieu, d'une part, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que M. B ne justifie pas de motifs exceptionnels pour l'octroi d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". D'autre part, le requérant se prévaut d'une promesse d'embauche en alternance en qualité d'apprenti mécanicien, et fait valoir qu'il s'agit d'un métier en tension. Toutefois ces éléments, alors que l'intéressé a débuté son activité en alternance moins d'un an avant la décision contestée et qu'il n'établit pas ne pas pouvoir poursuivre sa formation dans son pays d'origine, ne peuvent être regardés comme constitutifs de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels de nature à lui ouvrir un droit au séjour. Par suite, le moyen tiré de ce que la préfète aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en n'usant pas de son pouvoir de régularisation doit être écarté.

10. En sixième et dernier lieu, en l'absence de toute argumentation distincte développée à son appui, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision contestée sur la situation de M. B doit être écarté pour les motifs précédemment exposés.

11. Sauf en ce qui concerne les moyens ci-dessus analysés, la requête de M. B se borne à reprendre l'énoncé des moyens invoqués devant les premiers juges. Ces moyens ont été écartés à bon droit par le jugement du tribunal administratif de Lyon. Il y a lieu, dès lors, par adoption des motifs du jugement attaqué, à l'encontre desquels le requérant ne formule aucune critique utile ou pertinente, d'écarter ces autres moyens.

12. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction et de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de la Loire.

Fait à Lyon, le 13 février 2023.

Le président,

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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