jeudi 7 mars 2024
| Juridiction | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| Section | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| N° Dossier | CAA69-22LY03057 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 4ème chambre - formation à 3 |
| Avocat requérant | SCP COUDERC - ZOUINE |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure
M. B a demandé au tribunal administratif de Lyon d'annuler les décisions du 26 janvier 2022 par lesquelles le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de quatre-vingt-dix jours, a désigné le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois.
Par un jugement n° 2204664 du 16 septembre 2022, le tribunal administratif de Lyon a rejeté cette demande.
Procédure devant la cour
Par une requête enregistrée le 18 octobre 2022, M. B, représenté par la SCP Couderc-Zouine, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du 16 septembre 2022 et les décisions du préfet du Rhône du 26 janvier 2022 ;
2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " artisan " dans le délai de deux mois, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans ce même délai, après délivrance d'une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le refus de titre de séjour n'est pas suffisamment motivé ;
- il repose sur un défaut de visa de long séjour, en méconnaissance de l'accord franco-algérien ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation professionnelle ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, l'article 6 5° de l'accord franco-algérien et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- les fixations du délai de départ volontaire et du pays de destination sont illégales en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français méconnaît l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans qu'il y ait lieu de procéder à une substitution de base légale.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative ;
Le président de la formation de jugement ayant dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Après avoir entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Sophie Corvellec ;
Considérant ce qui suit :
1. M. B relève appel du jugement du 16 septembre 2022 par lequel le tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande tendant à l'annulation des décisions du préfet du Rhône du 26 janvier 2022 rejetant sa demande de titre de séjour, lui faisant obligation de quitter le territoire français dans le délai de quatre-vingt-dix jours, fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois.
Sur le refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, le préfet du Rhône, qui n'était pas tenu de reprendre l'ensemble des éléments avancés par M. B à l'appui de sa demande, a énoncé les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de sa décision. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse n'est pas suffisamment motivée.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 5 de l'accord franco-algérien : " Les ressortissants algériens s'établissant en France pour exercer une activité professionnelle autre que salariée reçoivent () selon le cas, qu'ils sont inscrits au registre du commerce ou au registre des métiers ou à un ordre professionnel, un certificat de résidence dans les conditions fixées aux articles 7 et 7 bis ". Aux termes du c) de l'article 7 de ce même accord : " Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent, s'ils justifient l'avoir obtenue, un certificat de résidence valable un an renouvelable et portant la mention de cette activité ". Enfin, aux termes de l'article 9 de cet accord : " Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7 () du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour () ".
4. Il résulte de ces stipulations que le préfet du Rhône était en droit de rejeter, au seul motif du défaut de visa de long séjour, la demande présentée par M. B sur le fondement de l'article 5 de l'accord franco-algérien. Par ailleurs, il ne ressort nullement des termes de sa décision, qui fait notamment état d'un examen particulier de la situation de l'intéressé, examine sa situation privée et familiale et indique qu'aucune mesure dérogatoire n'a paru justifiée, que le préfet se serait estimé, à tort, tenu de rejeter sa demande pour ce motif. Par suite, et indépendamment du visa erroné de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point précédent doit être écarté.
5. En troisième lieu, M. B ne contestant pas ne pas avoir présenté de demande de certificat de résidence sur le fondement du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien, qui n'a pas été examiné d'office par le préfet du Rhône, il ne peut utilement se prévaloir de ces stipulations pour contester la décision litigieuse.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui () ".
7. M. B, ressortissant algérien né en 1985, est entré en France, en dernier lieu, au mois de juillet 2018. Il est ainsi constant qu'à la date de la décision litigieuse, il résidait depuis moins de quatre ans sur le territoire français, où il ne se prévaut d'aucune attache privée ou familiale, à l'exception de sa compagne, compatriote également en situation irrégulière. S'il fait valoir que leur enfant y est née en 2021, il n'invoque aucune circonstance qui ferait obstacle à ce que leur cellule familiale se reconstitue en Algérie, où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-deux ans et où demeurent, d'après la fiche de renseignements complétée par ses soins le 9 avril 2021, sa mère et sa fratrie. Enfin, par sa seule déclaration de bénéfices réalisés au titre de l'année 2020, il ne démontre pas la réalité de l'activité professionnelle dont il se prévaut. Dans ces circonstances, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet du Rhône a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnu les stipulations citées au point 6.
8. En cinquième lieu, comme indiqué ci-dessus, si l'enfant de M. B est née en France en 2021, le requérant n'invoque aucune circonstance qui ferait obstacle à ce que sa cellule familiale se reconstitue en Algérie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
9. En dernier lieu, et pour ces mêmes motifs, le préfet du Rhône n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en s'abstenant de faire usage de son pouvoir de régularisation dérogatoire, au titre de la situation professionnelle de M. B comme au titre de sa situation privée et familiale.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
10. Pour les mêmes motifs que ceux figurant aux points 7 et 8, M. B, qui n'a pas développé d'autres arguments, n'est pas fondé à soutenir que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Sur les décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination :
11. Il résulte ce qui précède que M. B n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre les décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
12. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
13. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision litigieuse, M. B avait déjà fait l'objet, le 1er avril 2019, d'une première mesure d'éloignement, non assortie d'un délai de départ volontaire, qu'il n'avait pas exécutée. Il résidait depuis moins de quatre années en France où il ne justifiait d'aucune réelle attache privée ou familiale, sa compagne s'y trouvant également en situation irrégulière. Dans ces circonstances, et alors même que sa présence ne constituerait pas une menace pour l'ordre public, le préfet du Rhône n'a pas méconnu les dispositions précitées en prononçant sur leur fondement, et sans qu'il y ait lieu de leur substituer une autre base légale, une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois.
14. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande.
15. Le présent arrêt rejetant les conclusions à fin d'annulation de M. B et n'appelant, dès lors, aucune mesure d'exécution, ses conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.
16. Enfin, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par M. B.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Copie en sera adressée à la préfète du Rhône.
Délibéré après l'audience du 8 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Philippe Arbarétaz, président de chambre,
Mme Christine Psilakis, première conseillère,
Mme Sophie Corvellec, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2024.
La rapporteure,
S. CorvellecLe président,
Ph. Arbarétaz
La greffière,
F. Faure
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026