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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-22LY03129

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-22LY03129

mardi 28 février 2023

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-22LY03129
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

M. B A a demandé au tribunal administratif de Lyon d'annuler les décisions du 31 mars 2022 par lesquelles la préfète de la Loire lui a ordonné de quitter sans délai le territoire français, a désigné le pays à destination duquel il serait reconduit d'office, à l'expiration de ce délai, et a prononcé à son égard une interdiction de retour d'une durée d'un an.

Par un jugement n° 2202481 du 15 avril 2022, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour

Par une requête enregistrée le 20 octobre 2022, M. A, représenté par Me Royon, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du 15 avril 2022 ;

2°) d'annuler les décisions susmentionnées pour excès de pouvoir ;

3°) d'enjoindre à la préfète de la Loire de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " ou " travailleur temporaire ", et dans l'attente, de lui remettre dans le délai de huit jours une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) subsidiairement, d'enjoindre à la préfète de réexaminer sa demande dans le délai de deux mois et, dans l'attente, de lui remettre dans le délai de huit jours une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros, au profit de son conseil, en application des dispositions de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision l'obligeant à quitter le territoire français :

- elle est contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision désignant le pays de retour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est dépourvue de base légale, du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

S'agissant de l'interdiction de retour d'un an :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est dépourvue de base légale, du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent, () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. A, ressortissant de la République démocratique du Congo né le 30 août 1970, est entré irrégulièrement en France le 10 août 2010, selon ses déclarations. Sa demande d'asile a été rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile le 28 février 2012. Les 28 janvier 2013, 21 novembre 2014 et 19 mai 2017, il a fait l'objet de décisions du préfet de la Loire lui refusant l'admission au séjour, assorties de mesures d'éloignement qu'il n'a pas respectées en dépit de leur confirmation par le juge administratif les 6 octobre 2015 et 5 juin 2018. À la suite de son interpellation, la préfète de la Loire, par un arrêté du 31 mars 2021, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, lui a interdit de revenir sur le sol français pendant un an à compter de l'exécution de cette mesure et a désigné le pays de renvoi. Par un second arrêté du même jour, M. A a été assigné à résidence. Il fait appel du jugement par lequel le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces décisions.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. M. A soutient que la mesure d'éloignement prise à son égard porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France. Toutefois, il ne justifie ni de la date et ni des conditions de son entrée sur le territoire français, où il n'allègue pas posséder d'attaches personnelles ou familiales de nature à lui conférer un droit au séjour. En revanche, il est constant qu'il conserve des attaches en République démocratique du Congo, où il a vécu durant quarante ans et où résident en particulier ses quatre enfants, dont plusieurs mineurs, avec lesquels aucun élément probant du dossier n'indique qu'il aurait cessé toute relation. Les pièces produites, qui consistent principalement en des déclarations de ressources et des avis d'imposition ne faisant état d'aucun revenu, à l'exception de l'année 2014 au cours de laquelle il a exercé un emploi de manutentionnaire en intérim, ne sont pas de nature à démontrer sa présence effective et continue sur le sol national depuis 2010, pas plus qu'une insertion socio-professionnelle caractérisée par une ancienneté, une stabilité et une intensité particulières. M. A, qui déclare vivre uniquement de l'aide d'associations caritatives et être logé en hébergement d'urgence, se maintient dans ce pays en grande précarité. S'il fait également valoir qu'il souffre d'asthme, pour lequel il lui est prescrit de la Ventoline, il ne ressort d'aucun des documents produits qu'un défaut de soins pourrait avoir pour sa santé des conséquences d'une exceptionnelle gravité ni, le cas échéant, qu'il ne pourrait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Dès lors, M. A n'est pas fondé à se prévaloir d'une vie privée et familiale ancrée en France, à laquelle la préfète de la Loire aurait porté une atteinte disproportionnée, en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

4. En premier lieu, l'arrêté en litige vise notamment les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique, en particulier, que le requérant, ressortissant de la République démocratique du Congo, n'allègue pas être exposé à des traitements contraires aux stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, la décision contestée est suffisamment motivée en droit et en fait.

5. En second lieu, M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision par laquelle la préfète de la Loire a désigné le pays à destination duquel il pourra être renvoyé.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français pendant un an :

6. En premier lieu, il ressort de l'arrêté contesté que celui-ci mentionne les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à l'étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement auquel aucun délai de départ n'a été accordé. Il indique, en outre, que l'intéressé, célibataire et sans enfant à charge en France, est père de quatre enfants, dont plusieurs mineurs, vivant au Congo, où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de quarante ans, qu'il ne possède pas d'autres attaches familiales en France et ne bénéficie d'aucune intégration sociale ni d'aucune insertion professionnelle particulières, dès lors qu'il vit essentiellement de dons alimentaires d'associations et d'un hébergement d'urgence, mais aussi qu'il a fait l'objet de plusieurs mesures d'éloignement qu'il n'a pas exécutées et ne justifie d'aucune circonstance particulière permettant à l'autorité préfectorale de ne pas prononcer d'interdiction de retour. S'agissant de la durée de cette mesure, l'arrêté expose encore que, compte tenu des circonstances propres au cas d'espèce, une durée d'un an n'apparaît pas excessive, nonobstant celle de sa présence alléguée sur le sol français. Dès lors, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée serait entachée d'insuffisance de motivation.

7. En deuxième lieu, le requérant n'est pas fondé à exciper de l'obligation de quitter le territoire français prise à son égard à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'interdiction de retour sur le territoire français.

8. En troisième lieu, il ressort des éléments du dossier que cette interdiction de retour, d'une durée d'un an, n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de M. A.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction et de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de la Loire.

Fait à Lyon, le 28 février 2023.

Le président,

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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