lundi 6 mars 2023
| Juridiction | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| Section | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| N° Dossier | CAA69-22LY03161 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Avocat requérant | FRERY |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure
Mme A B, épouse C, a demandé au tribunal administratif de Lyon d'annuler les décisions du 10 décembre 2021 par lesquelles le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a ordonné de quitter le territoire français dans le délai de quatre-vingt-dix jours, a désigné le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois.
Par un jugement n° 2201599 du 16 juin 2022, le tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour
Par une requête enregistrée le 24 octobre 2022, Mme C, représentée par Me Fréry, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement du 16 juin 2022 ;
2°) d'annuler les décisions susmentionnées pour excès de pouvoir ;
3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter de cette notification et, dans les deux cas, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros, au profit de son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
S'agissant de la décision refusant la délivrance du titre de séjour sollicité :
- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en France, compte tenu notamment de la durée de sa présence, de son intégration et des problèmes médicaux de son époux ;
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français dans le délai de quatre-vingt-dix jours :
- elle est illégale, du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
- elle est contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
S'agissant de la désignation du pays de renvoi :
- elle est illégale, du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français et doit être annulée en conséquence de l'annulation de cette décision ;
S'agissant de l'interdiction de retour durant six mois :
- elle est illégale, du fait de l'illégalité des décisions qui précèdent ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sa situation relevant de circonstances humanitaires.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent, () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. Mme C, ressortissante arménienne née le 13 mars 1972, déclare être entrée en France le 6 janvier 2013, où elle a rejoint son mari, accompagnée de sa fille majeure. Les demandes d'asile présentées par le couple ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 30 avril 2013 et par la Cour nationale du droit d'asile le 1er juillet 2015. L'intéressée s'est vu refuser l'admission au séjour par des décisions du 4 mars 2015 et du 22 avril 2016, assorties de mesures d'éloignement qui ont été annulées par le juge administratif. Le 17 septembre 2018, elle s'est vu opposer un nouveau refus, avec obligation de quitter le territoire français, décisions confirmées par la présente cour le 9 janvier 2020. S'étant maintenus sur le territoire français, les époux C ont de nouveau sollicité la délivrance de cartes de séjour, sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par deux arrêtés du 10 décembre 2021, le préfet du Rhône leur a refusé la délivrance de ces titres, leur a fait obligation de quitter le territoire dans le délai de quatre-vingt-dix jours, a désigné leur pays de destination et leur a interdit de revenir sur le sol français pendant six mois. Le tribunal administratif de Lyon, par un jugement du 16 juin 2022, a annulé ces décisions en ce qui concerne l'époux de la requérante. Mme C fait appel de ce jugement en ce qu'il a, par ailleurs, rejeté sa propre demande tendant à l'annulation des mêmes décisions.
Sur le refus de séjour :
3. La requête de Mme C se borne, s'agissant du refus de séjour, à reprendre des moyens déjà soulevés devant le tribunal administratif de Lyon. Ces moyens ont été écartés, à bon droit, par les premiers juges. Dès lors, il y a lieu de les écarter en appel par adoption des motifs du jugement attaqué, à l'encontre desquels la requérante ne formule aucune critique utile ou pertinente.
Sur l'obligation de quitter le territoire français dans le délai de quatre-vingt-dix jours :
4. Le refus de séjour n'étant pas illégal, Mme C n'est pas fondée à invoquer cette illégalité, par voie d'exception, à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français qu'elle conteste.
5. Mme C soutient que la mesure d'éloignement prise à son égard porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale. Toutefois, il ne ressort pas du dossier qu'elle dispose en France d'attaches personnelles ou familiales particulièrement stables et anciennes susceptibles de faire obstacle à cet éloignement, dès lors que son époux ne détient aucun droit au séjour dans ce pays, de même que ses enfants majeurs qui, à la date de la décision en litige, étaient visés eux aussi par une obligation de quitter le territoire national. En outre, le tribunal administratif ayant enjoint au préfet de réexaminer la situation de M. C dans le délai de deux mois, la mesure d'éloignement concernant la requérante, assortie d'un délai de quatre-vingt-dix jours, n'implique pas en elle-même la séparation du couple. Par ailleurs, si la requérante se prévaut de la situation médicale de son conjoint, atteint de calculs rénaux et d'infections urinaires chroniques nécessitant un traitement médicamenteux et des hospitalisations assez fréquentes, aucun élément circonstancié et ayant valeur probante ne permet de considérer que ces pathologies ne peuvent être prises en charge de façon appropriée que sur le territoire français. Mme C, qui est logée depuis plusieurs années avec son époux et son fils majeur dans un centre d'hébergement et qui justifie de très faibles revenus provenant d'un emploi de maison, exercé au demeurant sans autorisation, ne bénéficie pas d'une insertion professionnelle stable et ancrée dans la durée en France. Elle ne justifie pas davantage de ressources personnelles suffisantes pour subvenir aux besoins de sa cellule familiale et ne pas constituer une charge injustifiée pour le système social français. Par suite, en l'obligeant à quitter le sol français, le préfet du Rhône n'a pas porté au respect de sa vie privée et familiale, garanti notamment par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte excessive au regard des buts d'intérêt général poursuivis. Pour les mêmes motifs, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Sur les décisions portant désignation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français :
6. En premier lieu, la décision par laquelle le préfet du Rhône a obligé la requérante à quitter le territoire français n'étant pas illégale, au regard de l'ensemble des moyens soulevés à son encontre, la requérante n'est pas fondée à exciper de son illégalité à l'appui de ses conclusions dirigées contre les décisions lui interdisant de revenir sur le territoire français pendant six mois et fixant le pays de renvoi. Par ailleurs, cette interdiction de retour n'ayant pas pour fondement le refus de délivrance d'un titre de séjour, l'octroi d'un délai de départ volontaire et la désignation du pays de renvoi, Mme C ne peut utilement invoquer à son encontre, par voie d'exception, l'illégalité de ces décisions.
7. En second lieu, aux termes de l'article L.612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
8. Il ressort de l'arrêté en litige que Mme C s'est vu accorder un délai de départ volontaire de quatre-vingt-dix jours et que l'interdiction de revenir sur le territoire français prise à son égard l'a été concomitamment à l'obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde. Ainsi, elle se trouvait dans le cas prévu à l'article L. 612-8 précité, où le préfet peut assortir cette mesure d'éloignement d'une interdiction de retour d'une durée maximale de deux ans. En l'espèce, si elle se prévaut de la pathologie rénale et urologique de son époux, il n'apparaît pas qu'en édictant une telle interdiction et en fixant sa durée à six mois, le préfet du Rhône aurait entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme C est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction et de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, épouse C, et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet du Rhône.
Fait à Lyon, le 6 mars 2023.
Le président,
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Le greffier,
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026