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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-22LY03245

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-22LY03245

lundi 6 mars 2023

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-22LY03245
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

Mme A B a demandé au tribunal administratif de Grenoble d'annuler les décisions du 7 avril 2022 par lesquelles le préfet de la Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a ordonné de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays à destination duquel elle serait reconduite d'office, à l'expiration de ce délai.

Par un jugement n° 2203039 du 29 juillet 2022, le tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour

Par une requête enregistrée le 4 novembre 2022, Mme B, représentée par Me Huard, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du 29 juillet 2022 ;

2°) d'annuler les décisions susmentionnées pour excès de pouvoir ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui remettre, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros, au profit de son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Elle soutient que les décisions refusant la délivrance du titre de séjour sollicité et portant obligation de quitter le territoire français :

- ont été prises en violation de son droit d'être entendue avant la prise d'une décision défavorable ;

- sont contraires aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent, () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. Mme B, ressortissante tunisienne née le 18 juin 2001, est entrée en France en octobre 2017, accompagnée de sa sœur cadette, avant d'être prise en charge par les services de l'aide à l'enfance. Scolarisée en CAP au titre de l'année 2020-2021, elle s'est vu délivrer une carte de séjour temporaire en qualité d'étudiante, valable jusqu'au 1er juillet 2021. Le 4 juin 2021, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire ". Par un arrêté du 7 avril 2022, le préfet de la Savoie lui a opposé un refus, assorti de l'obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, et a désigné le pays de renvoi. Mme B fait appel du jugement par lequel le tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces décisions.

3. En premier lieu, Mme B soutient que les décisions contestées ont été prises sans qu'elle ait été préalablement mise en mesure de présenter des observations. Toutefois, il ressort notamment de ses échanges écrits avec les services préfectoraux qu'elle a pu communiquer tout élément utile à l'appréciation de sa situation avant que les décisions contestées soient prises. En particulier, informée de ce que son employeur n'avait pas complété sa demande d'autorisation de travail, elle a affirmé, à plusieurs reprises, que ce dernier avait renoncé à cette démarche. Par suite, la requérante ne peut sérieusement alléguer que son droit d'être entendue avant la prise d'une décision défavorable aurait été méconnu.

4. En second lieu, à la date des décisions en litige, la requérante ne séjournait que depuis trois ans et demi en France, où elle n'avait pas été autorisée à s'installer durablement, mais seulement le temps d'y effectuer sa scolarité. Si elle fait valoir la présence de sa sœur ainsi que de son frère, titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle, il ressort notamment des écrits de la Maison d'enfants à caractère social qu'elle a brièvement été hébergée chez son frère lors de son arrivée en France, avant de devoir être prise en charge par les services départementaux et placée en famille d'accueil avec sa jeune sœur et que ce frère, invité, à plusieurs reprises, à solliciter un droit de visite et d'hébergement, s'en était abstenu. Ainsi, la requérante, ne justifie pas d'attaches familiales caractérisées par leur ancienneté, leur stabilité et leur intensité particulières, de nature à imposer son maintien sur le sol français. Elle n'allègue pas non plus y avoir tissé des liens personnels de nature à lui conférer un droit au séjour et, partant, à faire obstacle à son éloignement du territoire. Si elle déclare être dépourvue de tout lien avec son pays d'origine et avoir rompu toute relation avec sa mère, ces affirmations ne sont toutefois corroborées par aucun élément du dossier. Au demeurant, il ressort des cachets figurant sur son passeport qu'elle a résidé pendant un mois en Tunisie à l'été 2020, puis de nouveau à la fin de la même année. Par ailleurs, s'il est établi qu'elle a réussi un CAP d'employé de vente spécialisé en juin 2020, puis un CAP " service aux personnes en espace rural " en juillet 2021 et qu'elle a travaillé dans une boulangerie dans le cadre d'un contrat à durée déterminée de juillet 2021 à avril 2022, cette activité exercée sur une courte durée et sans autorisation ne saurait être regardée comme constitutive d'une insertion professionnelle particulière en France. Ainsi, rien ne s'oppose à ce que Mme B poursuive sa vie privée et familiale en Tunisie, où elle a vécu l'essentiel de son existence et où elle pourra mettre à profit les formations professionnelles acquises en France. Dès lors, elle n'est pas fondée à soutenir que les décisions contestées portent une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction et de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de la Savoie.

Fait à Lyon, le 6 mars 2023.

Le président,

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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