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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-22LY03589

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-22LY03589

mercredi 11 janvier 2023

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-22LY03589
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

M. B A a demandé au tribunal administratif de Lyon d'annuler les décisions du 16 novembre 2022 par lesquelles la préfète de la Loire lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant un an ; d'enjoindre à la préfète de la Loire de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; de mettre à la charge de l'État au profit de son conseil la somme de 1 500 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle, ainsi que les dépens.

Par un jugement n°2208514 du 21 novembre 2022, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Lyon a annulé les décisions de la préfète de la Loire du 16 novembre 2022 ; a enjoint à la préfète de la Loire de réexaminer la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de cette même date ; a mis à la charge de l'État une somme de 1 000 euros, en application des dispositions de la loi du 10 juillet 1991, à verser au conseil sous réserve que M. A obtienne le bénéfice de l'aide juridictionnelle et que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée.

Procédure devant la cour

Par une requête enregistrée le 9 décembre 2022 sous le n° 22LY03589, la préfète de la Loire, représentée par Me Tomasi et Me Dumoulin, demande à la cour d'ordonner le sursis à exécution du jugement du 21 novembre 2022 de la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Lyon.

Elle soutient que :

- sa demande est présentée sur le fondement de l'article R. 811-15 du code de justice administrative ;

- le jugement attaqué méconnaît l'autorité de la chose jugée, eu égard au jugement du tribunal administratif de Lyon du 28 janvier 2022 ayant confirmé la légalité de la mesure d'éloignement prise à l'encontre de l'intéressé le 23 juillet 2021 et à l'ordonnance du 29 septembre 2022 par laquelle le président de la 3ème chambre de la cour administrative d'appel de Lyon a rejeté, sur le fondement de l'article R. 222-1-7° du code de justice administrative, la requête de M. A tendant notamment à l'annulation de ce jugement ;

- le jugement attaqué est entaché d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation, en ce qu'il a estimé que la décision portant éloignement avait été prise en violation de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- les décisions préfectorales attaquées sont légales, les moyens soulevés à leur encontre n'étant pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 22 décembre 2022, M. A, représenté par Me Galichet, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que les moyens soulevés par la préfète de la Loire ne sont pas fondés, et que les décisions litigieuses méconnaissent en outre l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par une décision du 11 janvier 2023, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu la requête enregistrée sous le n° 22LY03531 par laquelle la préfète de la Loire relève appel du jugement du 21 novembre 2022 et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 11 janvier 2023, le rapport de M. Tallec, président, et les observations de Me Morisson-Cardinaud, représentant la préfète de la Loire.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-25 du code de justice administrative : " Les affaires sont jugées soit par une chambre siégeant en formation de jugement, soit par une formation de chambres réunies, soit par la cour administrative d'appel en formation plénière, qui délibèrent en nombre impair. Par dérogation à l'alinéa précédent, le président de la cour ou le président de chambre statue en audience publique et sans conclusions du rapporteur public sur les demandes de sursis à exécution mentionnées aux articles R. 811-15 à R. 811-17 "

2. Aux termes de l'article R. 811-15 du même code : " " Lorsqu'il est fait appel d'un jugement de tribunal administratif prononçant l'annulation d'une décision administrative, la juridiction d'appel peut, à la demande de l'appelant, ordonner qu'il soit sursis à l'exécution de ce jugement si les moyens invoqués par l'appelant paraissent, en l'état de l'instruction, sérieux et de nature à justifier, outre l'annulation ou la réformation du jugement attaqué, le rejet des conclusions à fin d'annulation accueillies par ce jugement ". En application de ces dispositions, lorsque le juge d'appel est saisi d'une demande de sursis à exécution d'un jugement prononçant l'annulation d'une décision administrative, il lui incombe de statuer au vu de l'argumentation développée devant lui par l'appelant et par le défendeur et en tenant compte, le cas échéant, des moyens qu'il est tenu de soulever d'office. Après avoir analysé dans les visas ou les motifs de sa décision les moyens des parties, il peut se borner à relever qu'aucun des moyens n'est de nature, en l'état de l'instruction, à justifier l'annulation ou la réformation du jugement attaqué et rejeter, pour ce motif, la demande de sursis. Si un moyen lui paraît, en l'état de l'instruction, de nature à justifier l'annulation ou la réformation du jugement attaqué, il lui appartient de vérifier si un moyen est de nature, en l'état de l'instruction, à infirmer ou à confirmer l'annulation de la décision administrative en litige, avant, selon le cas, de faire droit à la demande de sursis ou de la rejeter.

3. M. A, ressortissant marocain né le 12 juillet 1984 à Agadir (Maroc), est entré en France le 1er mars 2016, sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour valide jusqu'au 23 mars 2016. Le 30 octobre 2017, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par arrêté du 23 juillet 2021, la préfète de la Loire a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Par un jugement n° 2108410 du 28 janvier 2022, le tribunal administratif de Lyon a rejeté la requête de M. A tendant notamment à l'annulation de ces décisions préfectorales. Par ordonnance n° 22LY02385 du 29 septembre 2022, le président de la 3ème chambre de la cour administrative d'appel de Lyon a rejeté, sur le fondement des dispositions de l'article R. 222-1-7° du code de justice administrative, la requête de M. A tendant notamment à l'annulation de ce jugement et de ces décisions préfectorales. Par arrêté du 16 novembre 2022, la préfète de la Loire a fait obligation à M. A de quitter sans délai le territoire français et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par jugement n° 2208514 du 21 novembre 2022, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Lyon a annulé les décisions de la préfète de la Loire du 16 novembre 2022, au motif que la mesure d'éloignement méconnaissait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

4. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que le premier juge s'est fondé à tort sur les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant pour annuler les décisions préfectorales du 16 novembre 2022 paraît être de nature à justifier l'annulation du jugement attaqué.

5. Par ailleurs, en l'état de l'instruction, les moyens soulevés par M. A et tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne paraissent pas de nature à entraîner l'annulation de l'arrêté du 16 novembre 2022 par lequel la préfète de la Loire a fait obligation à M. A de quitter sans délai le territoire français et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

6. En conséquence, il y a lieu de faire droit à la requête de la préfète de la Loire tendant à ce qu'il soit sursis à l'exécution du jugement n° 2208514 du 21 novembre 2022 de la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Lyon ayant annulé ses décisions du 16 novembre 2022.

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ". Dès lors que l'Etat n'est pas la partie perdante au présent litige, il ne peut être fait droit aux conclusions de M. A présentées sur le fondement de ces dispositions.

ORDONNE :

Article 1er : Jusqu'à ce qu'il ait été statué sur le fond de l'instance n° 22LY03531, il sera sursis à l'exécution du jugement n° 2208514 du 21 novembre 2022 de la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Lyon ayant annulé les décisions du 16 novembre 2022 de la préfète de la Loire ayant fait obligation à M. A de quitter sans délai le territoire français et ayant prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Article 2 : Les conclusions présentées par M. A au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la préfète de la Loire et à M. B A.

Fait à Lyon, le 11 janvier 2023

Le président de la 3ème chambre,

Jean-Yves Tallec

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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