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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-22LY03846

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-22LY03846

jeudi 20 juillet 2023

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-22LY03846
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantSGUAGLIA EMILIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

Mme C B, épouse A, a demandé au tribunal administratif de Lyon d'annuler les décisions du préfet du Rhône, du 12 avril 2022, lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de quatre-vingt-dix jours et désignant le pays à destination duquel elle serait reconduite d'office à l'expiration de ce délai.

Par un jugement n° 2206314-2206384 du 2 décembre 2022, le tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour

Par une requête enregistrée le 27 décembre 2022, Mme A, représentée par Me Sguaglia, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Lyon du 2 décembre 2022 ;

2°) d'annuler les décisions susmentionnées pour excès de pouvoir ;

3°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui accorder un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ou " salarié " et, à tout le moins, de réexaminer sa demande, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai d'un mois suivant la décision à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros, au profit de son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant de l'arrêté :

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'absence d'examen sérieux de sa situation ;

S'agissant de la décision portant refus de délivrance de titre de séjour :

- elle est entachée d'erreur de droit au regard des stipulations du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation concernant sa situation personnelle ;

- elle justifie de considérations humanitaires ;

- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale, du fait de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation concernant sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale, du fait de l'illégalité des décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation concernant sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision portant refus de départ volontaire :

- elle est illégale, du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire national :

- elle est illégale, du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée.

M. et Mme A ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel (), peuvent, () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. Mme A, ressortissante algérienne née le 29 janvier 1974, est entrée régulièrement en France le 31 janvier 2017, sous couvert d'un visa de court séjour. Le 30 juillet 2021, elle a présenté une demande de titre sur le fondement du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par arrêté du 12 avril 2022, le préfet du Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de quatre-vingt-dix jours sur le fondement des dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a désigné le pays de renvoi. Mme A fait appel du jugement par lequel le tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces décisions. Plus récemment, par arrêté du 27 avril 2023, la préfète du Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a désigné le pays de renvoi, lui a interdit le retour sur le territoire français durant un an et l'a assignée à résidence. La légalité de cette décision a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Lyon du 15 mai 2023.

Sur l'arrêté dans son ensemble :

3. En premier lieu, l'arrêté du 12 avril 2022, par lequel le préfet du Rhône a notamment refusé la délivrance d'un titre de séjour à Mme A, vise notamment les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Après avoir exposé l'ensemble de la situation administrative de l'intéressée, il précise que sa demande a fait l'objet d'un examen attentif qui n'a pas conduit à estimer que sa situation répondait à des considérations humanitaires ou à des motifs exceptionnels. Il ressort des termes mêmes de cet arrêté que la vie privée et familiale de la requérante ainsi que la présence de ses enfants ont été prises en considération. Par suite, la décision contestée portant refus de titre de séjour est suffisamment motivée. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

4. En second lieu, il ressort des mentions mêmes de l'arrêté en litige que le préfet du Rhône a procédé à un examen complet et particulier de la situation de Mme A et a pris en compte l'ensemble des éléments de sa situation personnelle dont il avait connaissance à la date de sa décision. La circonstance que les décisions contestées ne mentionnent pas la scolarisation des enfants de Mme A n'est pas de nature à établir un défaut d'examen de sa situation, le préfet n'étant pas tenu de mentionner dans sa décision tous les éléments caractérisant la vie privée et familiale de la requérante. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'examen de la situation personnelle de Mme A doit être écarté.

Sur la décision de refus de délivrance de titre de séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

6. Mme A fait valoir qu'elle séjourne en France depuis moins de cinq ans, où résident également son époux et leurs enfants, qui y sont scolarisés. Il ressort toutefois des pièces du dossier que Mme A est retournée en Algérie en 2018 afin de se faire délivrer un nouveau passeport puis qu'elle a fait l'objet de trois refus de visas de court séjour sur place. Elle n'établit pas bénéficier d'une insertion sociale et professionnelle particulière sur le territoire français. Si elle se prévaut de l'insertion professionnelle de son mari, son poste d'agent de tri pour une grande plateforme de commerce en ligne, les missions d'intérim et la promesse d'embauche produite ne sont pas de nature à établir une insertion particulière. Il ressort également des pièces du dossier qu'à son arrivée en France, l'époux de Mme A avait fait état de sa vie maritale avec une ressortissante française. Par ailleurs, son époux ne dispose pas d'un droit au séjour en France et fait également l'objet d'une mesure d'éloignement et rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue hors de France, et notamment en Algérie, pays dont tous les membres du foyer ont la nationalité et où la requérante a vécu la majorité de son existence. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, la décision de refus de délivrance de titre de séjour contestée n'a pas porté au droit de cette dernière au respect de sa vie privée et familiale, une atteinte disproportionnée par rapport aux motifs du refus. En outre, si elle soutient que son état de santé s'est dégradé, elle ne produit aucune pièce de nature à établir ses allégations. Par suite, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien doit être écarté. Pour les mêmes motifs, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la mesure d'éloignement prise à son égard est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

7. En deuxième lieu, si Mme A soutient qu'elle dispose de considérations humanitaires qui auraient dû conduire le préfet du Rhône à faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, il ressort des pièces du dossier et ainsi qu'il a été énoncé au point précédent, qu'elle n'établit nullement ses allégations. Par suite, ce moyen doit être écarté.

8. En dernier lieu, la décision portant refus de délivrance de titre de séjour opposée à Mme A n'a ni pour objet, ni pour effet de la séparer de ses enfants. En outre, rien ne s'oppose à ce que ses enfants puissent poursuivre leur scolarité hors de France. Par suite, le préfet du Rhône n'a pas méconnu l'intérêt supérieur de ces enfants, tel que protégé par les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision de refus de délivrance de titre de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre.

10. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6, les moyens tirés de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés comme non fondés.

11. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que rien ne s'oppose à ce que les enfants de la requérante repartent avec leurs parents dans leur pays d'origine, où leur scolarité pourra être poursuivie. Dès lors, l'obligation de quitter le territoire français contestée, qui n'emporte notamment pas séparation des enfants de l'un de ses deux parents, n'a pas porté une atteinte à l'intérêt supérieur de ces enfants mineurs au sens des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant.

Sur la décision fixant un délai de départ volontaire :

12. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant un délai de départ volontaire prise à son encontre.

Sur la décision désignant le pays de destination :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision désignant le pays de renvoi. Cette dernière décision n'ayant été prise ni en application ni sur le fondement de la décision de refus de délivrance de titre de séjour, Mme A ne saurait utilement exciper de l'illégalité de ce refus de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi.

14. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 6 et 8, les moyens tirés de ce que la décision de fixation du pays de renvoi méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés comme non fondés.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

15. Il ne ressort pas de l'arrêté contesté, de ses motifs ou de ses dispositions, qu'il comporte une interdiction de retour à l'égard de Mme A, laquelle doit nécessairement avoir une durée déterminée en vertu des dispositions précitées de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et une motivation propre en vertu de l'article L. 613-2 de ce code. En l'absence d'interdiction de retour, les demandes de Mme A tendant à l'annulation de la décision portant interdiction de retour sont dépourvues d'objet et, par suite, irrecevables.

16. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction et de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B épouse A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée à la préfète du Rhône.

Fait à Lyon, le 20 juillet 2023.

Le président,

Gilles Hermitte

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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