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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-23LY00232

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-23LY00232

lundi 17 juin 2024

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-23LY00232
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantARGON-POLETTE-NOURANI- APPAIX AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

Mme A B a demandé au tribunal administratif de Dijon d'annuler les décisions du préfet de la Côte-d'Or du 18 mai 2022, l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et désignant le pays à destination duquel elle serait reconduite d'office à l'expiration de ce délai.

Par un jugement n° 2201407 du 29 septembre 2022, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Dijon a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour

Par une requête enregistrée le 16 janvier 2023, Mme B, représentée par Me Nourani, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du 29 septembre 2022 de la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Dijon ;

2°) d'annuler les décisions susmentionnées pour excès de pouvoir ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour conformément aux dispositions de l'article L. 512-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, sur le fondement des dispositions de l'article L. 911-2 du code de la justice administrative, de procéder à un nouvel examen de sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros, au profit de son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle dès lors que le préfet n'a pas fait usage de son pouvoir de régularisation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier ;

- elle est illégale, du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale, du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet de la Côte-d'Or s'est estimé à tort lié par la décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation familiale.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent, () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. Mme B, ressortissante géorgienne née le 13 janvier 1988, déclare être entrée en France le 7 novembre 2021. Elle a formulé une demande d'asile rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 31 mars 2022, rejet confirmé par la Cour nationale du droit d'asile le 26 juillet 2022. Par arrêté du 18 mai 2022, le préfet de la Côte-d'Or lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a désigné le pays de renvoi. Mme B fait appel du jugement par lequel la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Dijon a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces décisions.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français, prise sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables à Mme B, est suffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Côte-d'Or a omis de procéder à un examen particulier de la situation de l'intéressée avant de prendre sa décision portant obligation de quitter le territoire.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Côte-d'Or aurait commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir de régularisation, en considérant que la situation de Mme B n'est caractérisée par aucune considération exceptionnelle ou motif humanitaire de nature à justifier une dérogation. La requérante n'est pas d'avantage fondée à soutenir que la décision en litige serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation.

6. Enfin, Mme B fait valoir qu'elle a fixé le centre de ses intérêts en France et qu'elle y est intégrée, mais aussi qu'elle accompagne au quotidien sa sœur, qui bénéficie d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade. Il ressort toutefois des pièces du dossier que sa présence n'est due qu'au temps nécessaire à l'examen de sa demande d'asile. Par ailleurs, si la requérante se prévaut de l'assistance apportée à sa sœur, elle n'établit ni disposer sur le territoire français d'attaches personnelles intenses, anciennes et stables, ni être dépourvue d'attaches privées et familiales en Géorgie, où elle a vécu la majorité de sa vie. Si Mme B fait valoir son intégration sur le territoire français, elle n'en justifie pas. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, en particulier de la durée et des conditions de séjour de la requérante en France, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne porte pas au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été édictée. Elle ne méconnaît pas, dès lors, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision fixant un délai de départ volontaire :

7. En premier lieu, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose au préfet de motiver spécifiquement l'octroi du délai de départ volontaire quand celui-ci correspond à la durée légale de trente jours et que l'étranger n'a présenté aucune demande afin d'obtenir un délai supérieur. Le moyen tiré du défaut de motivation de la décision fixant le délai de départ volontaire ne peut, dès lors, qu'être écarté.

8. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Côte-d'Or a omis de procéder à un examen particulier de la situation de Mme B pour prendre sa décision fixant à trente jours le délai de départ volontaire.

9. En troisième lieu, il résulte de l'examen de la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, que Mme B n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant à trente jours le délai de départ volontaire.

10. En quatrième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'adresse, non pas aux États membres, mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de sa violation par une autorité d'un État membre est inopérant.

11. En quatrième lieu, si les dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui ont remplacé celles de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000, prévoient que l'intéressée doit être préalablement mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales, la décision en litige, au demeurant consécutive à une demande de Mme B, est régie par les dispositions particulières du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ont été régulièrement mises en œuvre.

12. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point 6, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

Sur la décision désignant le pays de destination :

13. En premier lieu, la décision par laquelle le préfet de la Côte-d'Or a désigné le pays à destination duquel Mme B pourrait être éloignée d'office est motivée en droit par le visa des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur. Cette décision doit être regardée comme suffisamment motivée en fait par l'indication que Mme B est de nationalité géorgienne et qu'elle pourra être reconduite d'office à la frontière du pays dont elle a la nationalité ou de tout autre pays où elle serait légalement admissible.

14. En deuxième lieu, il résulte de l'examen de la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, que Mme B n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi.

15. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; () 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

16. Mme B, qui soutient que sa vie est menacée en Géorgie, où elle indique n'être pas certaine de bénéficier d'une protection de la part des autorités, a vu sa demande de protection internationale rejetée par les organismes compétents. Dans la présente instance, elle ne produit aucun élément nouveau de nature à établir qu'elle serait exposée, de façon personnelle et actuelle, à des risques sérieux pour sa vie, sa liberté ou sa sécurité en cas de retour dans son pays d'origine. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

17. En quatrième lieu, si l'appréciation portée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides sur les faits allégués ne lie pas l'autorité compétente, rien ne l'oblige à s'en écarter. Le préfet de la Côte-d'Or n'a pas méconnu l'étendue de sa compétence en s'en appropriant les motifs et en précisant que la requérante ne produit aucun élément probant à l'appui de ses allégations.

18. En dernier lieu, pour les mêmes motifs évoqués aux points 6 et 16, le préfet de la Côte-d'Or, en désignant le pays de renvoi, n'a pas davantage méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.

19. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction et de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Copie en sera adressée au préfet de la Côte-d'Or.

Fait à Lyon, le 17 juin 2024.

Le président,

Gilles Hermitte

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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