mardi 10 octobre 2023
| Juridiction | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| Section | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| N° Dossier | CAA69-23LY00506 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre - formation à 3 |
| Avocat requérant | PETIT |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure
M. D a demandé au tribunal administratif de Lyon d'annuler l'arrêté du 18 janvier 2023 par lequel le préfet du Rhône l'a assigné à résidence dans le département du Rhône pour une durée de quarante-cinq jours.
Par un jugement n° 2300425 du 23 janvier 2023, la magistrate désignée du tribunal administratif de Lyon a annulé l'arrêté du 18 janvier 2023 par lequel le préfet du Rhône a assigné à résidence M. B dans le département du Rhône pour une durée de quarante-cinq jours.
Procédure devant la cour
I°) Par une requête, enregistrée le 10 février 2023 sous le n° 23LY00506, la préfète du Rhône demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Lyon du 23 janvier 2023 ;
2°) de rejeter la demande de M. B présentée devant le tribunal administratif.
Elle soutient que :
- c'est à tort que la magistrate désignée du tribunal administratif de Lyon a estimé que l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours du 13 juillet 2022, qui fonde l'assignation à résidence en litige, lui a été irrégulièrement notifiée, dès lors que le pli la contenant a été présenté par les services postaux à la dernière adresse indiquée par M. B et, en l'absence de l'intéressé, a été mis à disposition au bureau de Vénissieux avant de lui être retournée avec la mention " pli avis et non réclamé ", coché le 1er août 2022 soit dix-sept jours après la première présentation ;
- les moyens invoqués à l'encontre de l'arrêté portant assignation à résidence ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mars 2023, M. D, représenté par Me Petit, conclut au rejet de la requête de la préfète du Rhône et à ce que soit mis à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 300 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés et reprend les moyens développés en première instance.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 mars 2023.
II°) Par une requête, enregistrée le 10 février 2023 sous le n° 23LY00507, la préfète du Rhône demande à la cour de surseoir à l'exécution du jugement du tribunal administratif de Lyon du 23 janvier 2023.
Elle soutient que :
- le jugement qui annule sa décision d'assignation à résidence est susceptible d'entraîner des conséquences difficilement réparables, en ce qu'il a pour effet de le priver de toute possibilité de procéder à l'éloignement effectif de l'intéressé qui se maintient irrégulièrement sur le territoire français ;
- il existe des moyens sérieux de nature à justifier le sursis à exécution de ce jugement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mars 2023, M. D, représenté par Me Petit, conclut au rejet de la requête de la préfète du Rhône et à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 300 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 mars 2023.
Vu les autres pièces des dossiers ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des postes et des communications électroniques ;
- la loi n° 97-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'arrêté du 7 février 2007 pris en application de l'article R. 2-1 du code des postes et des communications électroniques et fixant les modalités relatives au dépôt et à la distribution des envois postaux ;
- le code de justice administrative ;
La présidente de la formation de jugement ayant dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Après avoir entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Burnichon, première conseillère ;
Considérant ce qui suit :
1. M. D, né le 25 décembre 1971 à Cabinda (Angola), de nationalité angolaise, est entré irrégulièrement sur le territoire français le 20 juin 2017. Après le rejet de sa demande d'asile il a présenté une demande de titre de séjour auprès du préfet du Rhône. Suite à l'interpellation de l'intéressé, le préfet du Rhône, par un arrêté du 18 janvier 2023, a prononcé à son encontre une assignation à résidence. Par une requête enregistrée sous le n° 23LY00506, la préfète du Rhône relève appel du jugement du 23 janvier 2023 de la magistrate désignée du tribunal administratif de Lyon prononçant l'annulation de cet arrêté du 18 janvier 2023. Par une autre requête, enregistrée sous le n° 23LY00507, la préfète du Rhône demande le sursis à l'exécution de ce jugement.
2. Ces deux requêtes sont dirigées contre un même jugement et présentent à juger des questions communes relatives à la situation administrative d'un même étranger. Il y a lieu de les joindre pour qu'elles fassent l'objet d'un seul arrêt.
Sur la requête n° 23LY00506 :
3. D'une part, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".
4. D'autre part, aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 7 février 2007 pris en application de l'article R. 2-1 du code des postes et des communications électroniques et fixant les modalités relatives au dépôt et à la distribution des envois postaux : " En cas d'absence du destinataire à l'adresse indiquée par l'expéditeur lors du passage de l'employé chargé de la distribution, un avis du prestataire informe le destinataire que l'envoi postal est mis en instance pendant un délai de quinze jours à compter du lendemain de la présentation de l'envoi postal à son domicile ainsi que du lieu où cet envoi peut être retiré./ Au moment du retrait par le destinataire de l'envoi mis en instance, l'employé consigne sur la preuve de distribution les informations suivantes : () - la date de présentation ; / - la date de distribution ;/ La preuve de distribution comporte également la date de présentation de l'envoi. () ". Aux termes de l'article 7 du même arrêté : " A la demande de l'expéditeur, et moyennant rémunération de ce service additionnel fixée dans les conditions générales de vente, le prestataire peut établir un avis de réception attestant de la distribution de l'envoi. Cet avis est retourné à l'expéditeur et comporte les informations suivantes : () - la date de présentation si l'envoi a fait l'objet d'une mise en instance ; - la date de distribution ; () ".
5. Pour annuler l'arrêté du 18 janvier 2023 par lequel le préfet du Rhône a assigné M. B à résidence dans le département du Rhône pour une durée de quarante-cinq jours, la magistrate désignée du tribunal administratif de Lyon a retenu que la notification de l'arrêté du 13 juillet 2022 du préfet du Rhône portant refus de titre de séjour avec obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ne pouvait être regardée comme régulièrement intervenue et en a déduit, en conséquence, que la décision d'assignation à résidence contestée ne pouvait être fondée sur les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. En cas de retour à l'administration, au terme du délai de mise en instance, du pli recommandé contenant la décision, la notification est réputée avoir été régulièrement accomplie à la date à laquelle ce pli a été présenté à l'adresse de l'intéressé, dès lors du moins qu'il résulte soit de mentions précises, claires et concordantes portées sur l'enveloppe, soit, à défaut, d'une attestation du service postal ou d'autres éléments de preuve, que le préposé a, conformément à la réglementation en vigueur, déposé un avis d'instance informant le destinataire que le pli était à sa disposition au bureau de poste. Compte tenu des modalités de présentation des plis recommandés prévues par la réglementation postale, doit être regardé comme portant des mentions précises, claires et concordantes suffisant à constituer la preuve d'une notification régulière le pli recommandé retourné à l'administration auquel est rattaché un volet " avis de réception " sur lequel a été apposée la date de vaine présentation du courrier et qui porte, sur l'enveloppe ou l'avis de réception, l'indication du motif pour lequel il n'a pu être remis.
7. Il ressort des pièces du dossier que le pli recommandé contenant l'arrêté du 13 juillet 2022 du préfet du Rhône portant refus de titre de séjour avec obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours opposé à M. B, expédié à l'adresse exacte de ce dernier, a été retourné le 1er août 2022 à la préfecture du Rhône, accompagné d'un avis de réception comportant la mention : " présenté / avisé le 15/7/22 ". En outre, l'enveloppe du pli recommandé était revêtue d'une étiquette sur laquelle la case " pli avisé et non réclamé ", correspondant au motif de non-distribution était cochée. Par ailleurs, la préfète du Rhône produit la copie d'écran du tableau de suivi fournie par les services postaux à partir de leur application informatique interne de suivi du courrier, mentionnant la date de présentation du pli au 15 juillet 2022 et sa mise en attente au bureau de poste de Vénissieux, confirmant que M. B avait été régulièrement avisé de la possibilité de retirer le pli contenant l'arrêté précité auprès du bureau de poste distributeur dans le délai de quinze jours prévu par la réglementation postale.
8. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 13 juillet 2022 du préfet du Rhône portant refus de titre de séjour avec obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours opposé à M. B est réputé notifié le 15 juillet 2022 et que la préfète du Rhône est fondée à soutenir que c'est à tort que, pour annuler du l'arrêté du 18 janvier 2023 du préfet du Rhône portant assignation à résidence de M. B, la magistrate désignée du tribunal administratif de Lyon a retenu que la notification de l'arrêté du 13 juillet 2022 du préfet du Rhône portant refus de titre de séjour avec obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ne pouvait être regardée comme régulièrement intervenue.
9. Il appartient toutefois à la cour, saisie de l'ensemble du litige par la voie de l'effet dévolutif de l'appel, d'examiner l'autre moyen soulevé par M. B tant en première instance qu'en appel.
10. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 18 janvier 2023 par lequel le préfet du Rhône a assigné M. B à résidence dans le département du Rhône pour une durée de quarante-cinq jours vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et notamment ses articles L. 731-11°), L. 722-3 à L.722-12, les renseignements recueillis sur l'intéressé, la décision portant obligation de quitter le territoire français avec un délai de départ volontaire de trente jours prise le 13 juillet 2022 et réputée notifiée le 15 juillet 2022, les procès-verbaux de saisine et d'audition du 17 janvier 2023 ainsi que les observations formulées par l'intéressé le même jour. Cet arrêté, après avoir repris les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indiqué les éléments de la situation administrative de M. B, précise qu'il ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Il est dès lors suffisamment motivé.
11. Il résulte de ce qui précède que la préfète du Rhône est fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, qui doit être annulé, la magistrate désignée du tribunal administratif de Lyon a fait droit à la demande de M. B.
Sur la requête n° 23LY00507 :
12. Le présent arrêt ayant statué sur la requête du préfet tendant à l'annulation du jugement du 23 janvier 2023, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant à ce qu'il soit sursis à son exécution.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse quelque somme que ce soit à M. B au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la requête n° 23LY00507 de la préfète du Rhône à fin de sursis à exécution.
Article 2 : Le jugement n° 2300425 du 23 janvier 2023 de la magistrate désignée du tribunal administratif de Lyon est annulé.
Article 3 : La demande présentée par M. B devant le tribunal administratif de Lyon tendant à l'annulation de l'arrêté du 18 janvier 2023 par lequel le préfet du Rhône l'a assigné à résidence dans le département du Rhône pour une durée de quarante-cinq jours ainsi que ses conclusions présentées devant la cour administrative d'appel sont rejetées.
Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à M. D et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée à la préfète du Rhône.
Délibéré après l'audience du 19 septembre 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Monique Mehl-Schouder, présidente de chambre,
Mme Camille Vinet, présidente assesseure,
Mme Claire Burnichon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2023.
La rapporteure,
C. Burnichon La présidente,
M. A
La greffière,
F. Prouteau
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Le greffier,
Nos 23LY00506, 23LY00507
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026