lundi 9 octobre 2023
| Juridiction | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| Section | COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON |
| N° Dossier | CAA69-23LY00760 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure
M. F E a demandé au tribunal administratif de Lyon d'annuler les décisions du 22 janvier 2023 par lesquelles le préfet de l'Ardèche lui a ordonné de quitter le territoire français sans délai et a désigné le pays à destination duquel il serait reconduit d'office.
Par un jugement n° 2300530 du 26 janvier 2023, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour
Par une requête enregistrée le 24 février 2023, M. E, représenté par la SELARL Bescou et Sabatier avocats associés, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement du 26 janvier 2023 ;
2°) d'annuler les décisions susmentionnées pour excès de pouvoir ;
3°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros, au profit de son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
S'agissant de la décision l'obligeant à quitter le territoire français :
- elle n'a pas été précédée d'un examen réel de sa situation ;
- elle est entachée d'erreur de droit, d'erreur de fait et d'erreur d'appréciation dans l'application des dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, quant à l'existence d'une menace grave pour l'ordre public ;
- elle est entachée d'erreur de droit, dès lors que sa qualité de conjoint d'une Française lui donne vocation à se voir délivrer, de plein droit, un titre de séjour en application des dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
S'agissant de la décision lui refusant un délai de départ volontaire :
- elle est illégale, du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation dans l'application des articles L. 612-2, L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
S'agissant de la désignation du pays de destination :
- elle est illégale, du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français de deux ans :
- elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.
La caducité de la demande d'aide juridictionnelle présentée par M. E a été constatée par une décision du 14 juin 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention franco-camerounaise du 24 janvier 1994 relative à la circulation et au séjour des personnes ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel (), peuvent, () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. M. A, ressortissant camerounais né le 8 juin 1999, est entré en France le 5 août 2017, sous couvert d'un visa de court séjour, accompagné de ses deux plus jeunes sœurs, mineures. Par un jugement du 22 mars 2018, il a fait l'objet d'une adoption simple par sa tante, Mme D, veuve C, de nationalité française. Le 27 décembre suivant, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour auprès de la préfecture de l'Isère, mais s'est vu opposer un refus, le 25 août 2020, assorti d'une mesure d'éloignement, décisions confirmées par le juge administratif. Le 13 octobre 2021, le préfet de l'Isère lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et lui a interdit de revenir en France pendant deux ans, décisions confirmées le 22 octobre 2021 par le tribunal administratif de Grenoble auxquelles l'intéressé s'est également soustrait. Entre février 2020 et janvier 2022, M. E a fait l'objet de sept signalements relatifs à divers délits. Le 18 février 2022, il a conclu un pacte civil de solidarité avec une ressortissante française, qu'il a épousée le 20 août 2022. Le 21 janvier 2023, il a été interpellé pour conduite sans assurance et sous l'emprise de stupéfiants et détention de stupéfiants. Par un arrêté du 22 janvier 2023, le préfet de l'Ardèche lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et a désigné le pays de renvoi, avant de le placer en rétention administrative. M. E fait appel du jugement par lequel la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces décisions.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré (), s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ".
4. Il ressort du dossier que M. E a fait l'objet de multiples signalements, en particulier pour des faits de conduite sous l'emprise de stupéfiants, vente de stupéfiants, port d'arme blanche illicite, ainsi que de vol avec violence et de violences avec usage d'une arme ayant occasionné à leurs victimes des incapacités de travail. Compte tenu de la gravité de ces faits, dont il a reconnu la réalité, et de leur caractère récent, le requérant, alors même qu'il n'aurait pas été condamné, doit être regardé comme représentant une menace actuelle pour l'ordre public. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.
5. En second lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 () ". Aux termes de l'article L. 423-2 du même code : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".
6. Le requérant soutient qu'il remplit les conditions pour obtenir de plein droit la délivrance d'un titre de séjour, circonstance faisant obstacle à ce qu'il soit éloigné du territoire français. Toutefois, comme qu'il a été dit précédemment, par son comportement, M. E représente une menace pour l'ordre public. Ainsi, il n'est pas susceptible de se voir délivrer un titre de séjour de plein droit, notamment en qualité de conjoint d'une Française, en application des dispositions précitées de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement prise à son égard serait entachée d'erreur de droit.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
7. Il ne ressort pas du dossier que le requérant possède une vie privée et familiale ancrée dans la durée en France, où il ne manifeste, par son comportement, aucune adhésion réelle aux valeurs de la République, dont le respect des lois et des institutions est une des composantes, ni aucune intégration sociale, y compris sur le plan professionnel. L'intéressé ne justifie pas non plus qu'il disposerait de ressources légales lui permettant de subvenir à ses besoins en France, alors que, selon l'attestation de la caisse d'allocations familiales, son épouse ne percevrait que le revenu de solidarité active. S'il se prévaut de sa communauté de vie avec Mme B, il ne justifie pas de façon probante de l'ancienneté particulière de leur relation. En particulier, leur pacte civil de solidarité n'avait été enregistré que depuis onze mois à la date de la décision en litige et leur mariage, célébré depuis cinq mois seulement, alors que le couple ne pouvait ignorer que M. E était sous le coup d'une décision d'éloignement assortie d'une interdiction de retour de deux ans prise par le préfet de l'Isère le 13 octobre 2021. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'interdiction prise par le préfet de l'Ardèche porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et qu'elle serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.
8. En dernier lieu, M. E se borne à reprendre, par ailleurs, l'énoncé des moyens déjà invoqués devant la première juge. Ces moyens ont été écartés à bon droit par le jugement du tribunal administratif de Lyon. Dès lors, il y a lieu d'écarter ces autres moyens par adoption des motifs du jugement attaqué, à l'encontre desquels le requérant ne formule aucune critique utile ou pertinente.
9. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. E est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction et de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. F E et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de l'Ardèche.
Fait à Lyon, le 9 octobre 2023.
Le président,
Gilles Hermitte
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Le greffier,
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026