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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-23LY00994

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-23LY00994

lundi 23 octobre 2023

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-23LY00994
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

M. A B a demandé au tribunal administratif de Grenoble d'annuler les décisions du préfet de l'Isère, du 23 septembre 2022, lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et désignant le pays à destination duquel il serait reconduit d'office à l'expiration de ce délai.

Par un jugement n° 2206365 du 29 décembre 2022, le tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour

Par une requête enregistrée le 17 mars 2023, M. B, représenté par Me Schürmann, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Grenoble du 29 décembre 2022 ;

2°) d'annuler les décisions susmentionnées pour excès de pouvoir ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour avec autorisation de travail, dans l'attente de lui délivrer un titre de séjour " conjoint de français " ou " vie privée, vie familiale " ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros, au profit de son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que l'arrêté contesté :

- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent, () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. B, ressortissant bosnien né le 26 septembre 1977, est entré en France en avril 2019, selon ses déclarations. Il a obtenu un titre de séjour en qualité de conjoint de ressortissant français. Le 30 mars 2021, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par arrêté du 23 septembre 2022, le préfet de l'Isère lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays de renvoi. M. B fait appel du jugement par lequel le tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces décisions.

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". Aux termes de l'article L. 423-3 du même code : " Lorsque la rupture du lien conjugal ou la rupture de la vie commune est constatée au cours de la durée de validité de la carte de séjour prévue aux articles L. 423-1 ou L. 423-2, cette dernière peut être retirée. Le renouvellement de la carte est subordonné au maintien du lien conjugal et de la communauté de vie avec le conjoint qui doit avoir conservé la nationalité française. ".

4. Pour rejeter la demande de M. B de renouvellement de son titre de séjour, le préfet de l'Isère s'est fondé sur la rupture de communauté de vie effective entre les époux, dans la mesure où l'épouse du requérant a indiqué dans un procès-verbal daté du 8 juillet 2021 qu'elle avait fui le domicile conjugal en raison des craintes qu'elle éprouvait à l'égard de son époux ainsi que de violences conjugales dont elle était victime. De surcroît, il ressort d'un courriel datant du 11 juin 2022 qu'elle avait à nouveau fui le domicile conjugal. Si, comme le soutient le requérant, la communauté de vie a été rétablie depuis, il est constant qu'elle a effectivement été interrompue sur une période. En tout état de cause, il n'établit nullement que leur communauté de vie était toujours effective à la date de l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance par le préfet du Rhône de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

5. En second lieu, M. B soutient qu'il est entré sur le territoire français deux ans avant la décision en litige, qu'il y a ancré le centre de ses intérêts privés et familiaux et qu'il y est inséré professionnellement. Toutefois, au regard des circonstances de l'espèce et dans les conditions qui viennent d'être rappelées, la séparation d'avec son épouse n'apparaît pas comme portant atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par ailleurs, il n'allègue pas disposer d'autres attaches familiales en France, alors qu'il n'établit pas en être dépourvu en Bosnie-Herzégovine, où il a vécu la majorité de son existence. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, la décision contestée n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale, une atteinte disproportionnée par rapport aux motifs du refus. Dès lors, elle ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction et de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.

Fait à Lyon, le 23 octobre 2023.

Le président,

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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