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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-23LY01142

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-23LY01142

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-23LY01142
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation4ème chambre - formation à 3
Avocat requérantDEMARS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

M. B A a demandé au tribunal administratif de Clermont-Ferrand d'annuler les décisions du 25 janvier 2023 par lesquelles la préfète de l'Allier lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé tout délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois.

Par jugement n° 2300170 du 2 mars 2023, la présidente du tribunal a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 mars 2023 et le 3 avril 2024, M. A, représenté par Me Demars, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler ces décisions ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier de procéder à la suppression de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, dans un délai de quinze jours suivant la notification de l'arrêt et sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la requête n'est pas dépourvue d'objet dès lors qu'il n'a pas exécuté la mesure d'éloignement ;

- le jugement attaqué est irrégulier dès lors qu'il ne mentionne pas la présence du greffier à l'audience publique, que la présidente du tribunal a omis de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, a omis de viser et de répondre aux moyens tirés de ce que la pièce n°1 jointe au mémoire en défense était irrecevable et de ce que l'arrêté contesté était entaché d'un défaut d'examen de sa situation en tant qu'il était dirigé contre l'obligation de quitter le territoire français et l'interdiction de retour sur le territoire français, que ce jugement est insuffisamment motivé quant aux réponses à sa demande de communication de son dossier administratif et aux moyens tirés du défaut d'examen, de l'erreur de fait, l'erreur de droit, l'erreur d'appréciation et la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et qu'il a statué sur sa demande d'aide juridictionnelle alors que ces conclusions n'avaient pas été reprises dans son dernier mémoire ;

- la pièce n°1 jointe au mémoire en défense de la préfète de l'Allier en première instance est irrecevable ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'un vice de procédure et méconnaît le principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu ;

- elle est entachée d'une erreur matérielle, dès lors que la préfète de l'Allier a retenu à tort que son épouse était en situation irrégulière sur le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation ;

- le refus de délai de départ volontaire est illégal par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- il est entaché d'un vice de procédure et méconnaît le principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il est entaché d'erreur d'appréciation ;

- il n'a pas été procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;

- la fixation du pays de destination est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure et méconnaît le principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation et disproportionnée ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il n'a pas été procédé à un examen particulier de sa situation personnelle.

Par mémoires enregistrés le 8 mars 2024 et le 10 septembre 2024, la préfète de l'Allier demande à la cour de constater qu'il n'y a plus lieu de statuer sur la requête.

Elle soutient que dès lors qu'il a sollicité la délivrance d'un visa de long séjour auprès de l'ambassade de France en Albanie, M. A doit être regardé comme ayant exécuté la mesure d'éloignement.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Evrard,

- et les conclusions de Mme Psilakis, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant albanais né le 3 mai 1989, est entré en France en 2018, selon ses déclarations, accompagné de son épouse et de leurs deux enfants mineurs, et a sollicité la reconnaissance de la qualité de réfugié. Sa demande a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 17 août 2018, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 26 juin 2019. Le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours par un arrêté du 12 juillet 2019, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et l'a assigné à résidence par des arrêtés du 3 octobre 2019. Le 24 janvier 2023, il a fait l'objet d'une retenue pour vérification de son droit au séjour en France et par un arrêté du 25 janvier 2023, la préfète de l'Allier lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé tout délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois. M. A relève appel du jugement du 2 mars 2023 par lequel la présidente du tribunal administratif de Clermont-Ferrand a rejeté sa demande d'annulation de ces décisions.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. S'il ressort des pièces du dossier que, postérieurement à l'introduction de la requête, M. A a sollicité la délivrance d'un visa de long séjour auprès de l'ambassade de France en Albanie, cette circonstance ne prive pas d'objet sa requête tendant à l'annulation du jugement qui a rejeté sa demande d'annulation de la mesure d'éloignement et des décisions subséquentes prises à son encontre. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer opposée par la préfète de l'Allier doit être écartée.

Sur la régularité du jugement attaqué :

3. En premier lieu, la présidente du tribunal a statué, au point 5 de son jugement, sur les conclusions de M. A tendant à l'annulation du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, qu'elle a rejetées comme irrecevables. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité du jugement attaqué pour omission à statuer sur ces conclusions doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que la plainte déposée à son encontre par l'épouse de M. A le 24 septembre 2019 a été classée sans suite le 3 octobre 2019. Dans ces conditions, sa communication par la préfète de l'Allier au greffe du tribunal administratif de Clermont-Ferrand, le 24 février 2023, n'était, en tout état de cause, pas de nature à porter atteinte au secret de l'instruction. Par suite, à supposer même que, comme il le soutient sans toutefois l'établir par les seules attestations qu'il produit, M. A ait demandé à l'audience que le procès-verbal de cette plainte soit écarté des débats, la présidente du tribunal, en ne statuant pas sur ces conclusions, n'a entaché son jugement d'aucune irrégularité.

5. En troisième lieu, la présidente du tribunal a répondu, au point 8 de son jugement, au moyen tiré de ce que la préfète de l'Allier n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation avant de prononcer à l'encontre de M. A une obligation de quitter le territoire français. Par ailleurs, et dès lors que le requérant n'avait pas soutenu que la préfète de l'Allier n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation avant de prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français, le jugement attaqué n'est entaché d'aucune irrégularité pour ne pas avoir répondu à un tel moyen.

6. En quatrième lieu, en indiquant, après avoir examiné l'ensemble des moyens soulevés, qu'il n'était pas nécessaire d'enjoindre à la préfète de l'Allier de communiquer son dossier administratif au requérant, la présidente du tribunal a suffisamment motivé sa réponse à la demande de ce dernier. Par ailleurs, en mentionnant, au point 8 du jugement, que l'épouse du requérant, qui a seulement sollicité son admission exceptionnelle au séjour, est en situation irrégulière, la première juge a suffisamment répondu au moyen tiré de l'erreur de fait quant à la situation administrative de l'intéressée. Enfin, en écartant les moyens tirés de la méconnaissance des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'erreur d'appréciation après avoir fait état de la brève durée du séjour en France des intéressés, de la situation irrégulière de l'épouse de M. A, de l'impossibilité pour l'intéressé de se prévaloir d'une autorisation de travail délivrée postérieurement aux décisions en litige et de l'absence de liens personnels et familiaux stables, anciens et intenses en France ou d'une quelconque insertion dans la société française, et compte tenu de l'argumentation soulevée par le requérant, la présidente a suffisamment motivé son jugement.

7. En cinquième lieu, si M. A soutient que le jugement attaqué serait entaché d'irrégularité au motif qu'il ne mentionne pas la présence du greffier lors de l'audience publique, une telle mention n'est pas au nombre de celles exigées par les dispositions de l'article R. 741-2 du code de justice administrative et n'est prévue par aucune autre disposition.

8. En dernier lieu, M. A a sollicité dans sa requête son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Dans ces conditions, et dès lors qu'il n'a pas expressément abandonné ces conclusions par la suite, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en faisant droit à cette demande, la présidente du tribunal a statué ultra petita.

Sur le moyen commun tiré de l'irrecevabilité de la pièce produite par la préfète de l'Allier :

9. Si M. A soutient que la préfète de l'Allier ne pouvait produire à l'instance devant le tribunal le procès-verbal de la plainte déposée à son encontre par son épouse, il ressort des pièces du dossier que cette plainte a été, antérieurement à sa communication à l'instance, classée sans suite, si bien que le secret de l'instruction n'était pas opposable en l'espèce. Les conclusions de M. A tendant à ce que cette pièce soit écartée des débats ne peuvent, par voie de conséquence, et en tout état de cause, qu'être rejetées.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. En outre, ainsi que la Cour de justice l'a jugé dans ses arrêts C-166/13 et C-249/13 des 5 novembre et 11 décembre 2014, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.

11. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier du procès-verbal d'audition du 25 janvier 2023, que M. A a été entendu, lors de son placement en retenue administrative, par les services de police sur sa situation administrative et familiale et qu'il a pu faire état, notamment, de la présence de son épouse et de ses enfants en France, des études entreprises par son épouse et des conditions de vie de la famille, ainsi que de ce qu'il venait de déposer une demande d'autorisation de travail. Si le requérant fait valoir que, n'ayant pas été averti de l'éventualité de l'adoption d'une mesure d'éloignement, il n'a pu présenter utilement ses observations, il n'apporte aucune précision sur les éléments dont il aurait à cette occasion pu faire état et qui auraient pu avoir une influence sur la décision en litige. Par conséquent, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

12. En deuxième lieu, en mentionnant que son épouse est en situation irrégulière, la préfète de l'Allier n'a entaché sa décision d'aucune erreur matérielle, alors même que l'intéressée aurait par ailleurs sollicité son admission au séjour. Le requérant n'est par suite par fondé à soutenir que la décision en litige serait entachée d'une erreur quant à la situation administrative de son épouse.

13. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision en litige, ni d'aucune pièce du dossier, que la préfète de l'Allier n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A avant de l'obliger à quitter le territoire français.

14. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales () " Et aux termes du paragraphe 1er de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

15. M. A fait valoir qu'il résidait en France depuis près de cinq ans en compagnie de son épouse, qui a sollicité son admission au séjour et qui est étudiante en sociologie, et de ses enfants qui sont scolarisés. Toutefois, le requérant n'a jamais été admis au séjour, à l'exception de la période durant laquelle sa demande d'asile a été examinée, et a fait l'objet d'une première mesure d'éloignement qu'il n'a pas exécutée. Il ne peut utilement se prévaloir de l'autorisation de travail délivrée à la société Arta postérieurement à la décision en litige et qui est au demeurant relative à un résidant hors de France. En outre, il ne fait état d'aucun élément faisant obstacle à ce qu'il poursuive sa vie privée et familiale avec son épouse et ses enfants, qui ne seront pas séparés de leurs parents, en Albanie, pays où lui-même a vécu jusqu'à l'âge de vingt-neuf ans, dont l'ensemble des membres de la famille a la nationalité, où il conserve des attaches privées et familiales et où ses enfants pourront poursuivre leur scolarité. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, l'obligation de quitter le territoire français en litige ne porte pas au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a pas méconnu l'intérêt supérieur de ses enfants. Dès lors, elle n'a méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, et n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle du requérant.

Sur le refus de délai de départ volontaire :

16. En premier lieu, eu égard à ce qui précède, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant tout délai de départ volontaire serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

17. En deuxième lieu, pour les motifs exposés au point 11, et alors qu'il ne fait état d'aucun élément qu'il aurait pu porter à la connaissance de la préfète de l'Allier et qui aurait fait obstacle à ce qu'aucun délai de départ volontaire ne lui soit accordé, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige aurait été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu.

18. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision en litige, ni d'aucune pièce du dossier, que la préfète de l'Allier n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A avant de lui refuser tout délai de départ volontaire.

19. En dernier lieu, et pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 15, M. A n'est pas fondé à soutenir que le refus de délai de départ volontaire méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ni qu'il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur la fixation du pays de destination :

20. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que la fixation du pays de destination serait illégale en conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

21. En premier lieu, eu égard à ce qui précède, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

22. En deuxième lieu, pour les motifs exposés au point 11, et alors qu'il ne fait état d'aucun élément qu'il aurait pu porter à la connaissance de la préfète de l'Allier et qui aurait fait obstacle à ce que la préfète prononce une interdiction de retour sur le territoire français à son encontre, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige aurait été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu.

23. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision en litige, ni d'aucune pièce du dossier, que la préfète de l'Allier n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A avant de lui faire interdiction de retour sur le territoire français.

24. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

25. Il incombe à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

26. La décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois opposée à M. A vise les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, après avoir rappelé que l'intéressé déclarait être présent en France depuis deux ans, indique qu'il n'a fait aucune démarche pour régulariser sa situation, que son épouse réside également en situation irrégulière, qu'il ne justifie pas de liens personnels et familiaux en France suffisamment stables, anciens et intenses, qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public et qu'il ne justifiait d'aucune circonstance humanitaire. Ainsi, cette décision, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée.

27. Les éléments invoqués par M. A, et, notamment, la durée de son séjour en France et la présence en France de son épouse et de ses enfants ainsi que la délivrance à la société Arta d'une autorisation de travail, postérieurement à l'arrêté attaqué, ne constituent pas une circonstance humanitaire justifiant que l'autorité administrative s'abstienne de prononcer une interdiction de retour sur le territoire français. La préfète de l'Allier n'a donc pas commis d'erreur d'appréciation en prononçant une telle interdiction.

28. En dernier lieu, et pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 15, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ni qu'elle serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

29. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, la présidente du tribunal administratif de Clermont-Ferrand a rejeté sa demande.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

30. Le présent arrêt rejetant les conclusions à fin d'annulation de M. A et n'appelant, dès lors, aucune mesure d'exécution, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent également être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

31. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par M. A.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Arbarétaz, président,

Mme Evrard, présidente assesseure,

Mme Corvellec, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.

La rapporteure,

A. EvrardLe président,

Ph. Arbarétaz

La greffière,

F. Faure

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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